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DIPLOMATIE

France-Maroc : la page des visas est tournée (Christophe Lecourtier)

En nette hausse depuis deux ans, les délivrances de visas français aux Marocains traduisent, selon l’ambassadeur de France au Maroc, le signe d'une coopération bilatérale exemplaire. Mobilité étudiante, flux professionnels, lutte contre l’irrégularité et accessibilité consulaire, Christophe Lecourtier revient sur les équilibres actuels et sur les perspectives.

Christophe Lecourtier, Ambassadeur de France au Maroc
Christophe Lecourtier, Ambassadeur de France au Maroc
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Le 6 février 2026 à 17h05 | Modifié 6 février 2026 à 17h45

Dans un contexte européen marqué par une forte sensibilité aux enjeux migratoires, la relation franco-marocaine fait figure d’exception par sa stabilité et son pragmatisme, estime l’ambassadeur de France au Maroc.

Dans cet entretien avec Médias24, Christophe Lecourtier dresse un état des lieux actualisé des visas délivrés aux ressortissants marocains, revient sur les avancées enregistrées en matière de mobilité légale et détaille les priorités communes pour les prochaines années.

S’inscrivant dans l’actualité, il évoque aussi l’impact politique de la récente visite à Rabat des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat français, ainsi que celle du ministre de la Justice, Gérard Darmanin.Des délivrances en hausse et un taux de refus en nette baisse

Médias24 : Quels sont les chiffres de délivrance et de rejet des demandes de visas français aux Marocains pour 2025 ?

Christophe Lecourtier : Les flux ont beaucoup évolué ces dernières années, dans le bon sens, en qualité et en quantité. Ainsi en 2024, l’ensemble des pays de l’Union européenne ont délivré plus de 606.000 visas à des citoyens marocains, avec un taux de refus global d’environ 20%, un niveau considéré comme moyen au regard des normes européennes.

À elle seule, la France en a délivré près de la moitié ! En 2025, la dynamique des deux dernières années s’est poursuivie, puisque la France a accordé plus de 300.000 visas à des ressortissants marocains, soit une hausse d’environ 6% par rapport à l’année précédente, avec un taux de refus de seulement 10%.

- Comment analysez-vous leur évolution depuis 2020 ?

- Pour résumer, ces chiffres sont l’expression de la qualité des dossiers présentés, de la vitalité et de la dimension humaine unique de notre relation.

Les flux prioritaires de la mobilité légale

- Sachant que le Maroc figure parmi les principales nationalités bénéficiaires de visas avec un taux d’octroi en hausse, quelles sont les mesures pour maintenir ou renforcer cette dynamique à l’avenir ?

- Il faut d’abord rendre hommage au travail réalisé en matière d’accueil par notre prestataire et en matière de vitesse de traitement des demandes par les équipes de nos consulats, qui ont permis de nettes améliorations.

Pour maintenir cette dynamique, il est essentiel de poursuivre notre effort selon plusieurs axes, à savoir une collaboration étroite entre les services consulaires et les autorités marocaines, l’amélioration de la préparation des dossiers par les demandeurs, et une gestion plus proactive des flux dans les catégories prioritaires telles que les étudiants, les échanges professionnels et les voyages familiaux.

À titre d’exemple, les équipes de Campus France effectuent un travail de terrain pour renforcer l’accompagnement des projets d’études en France, ce qui permet aux dossiers présentés par les étudiants marocains d’être de très bonne qualité.

De plus, l’amélioration récente des statistiques montre que, lorsque les conditions de coopération sont bonnes et que la qualité des dossiers l’est aussi, les taux d’octroi progressent.

C’est indéniablement le cas du Maroc par rapport à d’autres pays.

Vers une mobilité encadrée et prévisible

- Comment la France conçoit-elle l’évolution de sa politique de visas avec le Maroc en 2026 ?

- Pour 2026, la politique de visas entre la France et le Maroc continuera d’être fondée sur les mêmes principes : favoriser des flux légaux et structurés, particulièrement pour les étudiants, les familles et les professionnels, tout en coopérant étroitement sur les enjeux de sécurité et d’immigration irrégulière.

En effet, nous travaillons au quotidien à organiser une mobilité apaisée et prévisible, respectueuse des règles, et contribuant ainsi à la dynamique de la relation franco-marocaine.

- La visite récente des présidents des deux chambres parlementaires françaises a-t-elle donné lieu à des discussions sur les mobilités ?

- Cette visite, et la tenue de cette 5e édition de notre Forum interparlementaire, a témoigné du rôle clef joué par les parlements français et marocains dans la relation bilatérale.

C’est une nouvelle démonstration que les liens franco-marocains ne sauraient se limiter aux contacts entre gouvernements, et sont éminemment entretenus par ceux qui représentent nos deux peuples, dans toute leur diversité politique et sociale.

Les relations entre nos parlements sont au demeurant anciennes, et chacun sait que la relation franco-marocaine leur doit beaucoup. C’est sans doute la raison pour laquelle le Maroc est le premier pays à accueillir une visite des deux présidents des assemblées françaises en même temps.

La visite des présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale à Rabat, la semaine dernière, s’est ainsi inscrite dans une volonté politique forte de renforcer le dialogue institutionnel entre la France et le Maroc, y compris sur les questions de mobilité.

Le message politique a été clair : les deux pays souhaitent une relation fluide et plus prévisible en matière de visas, dans le respect des cadres juridiques en vigueur, avec une réelle volonté commune de réduire les frictions bureaucratiques et de valoriser les échanges humains et professionnels entre nos sociétés.

Migration marocaine et opinion publique en France

- Dans un contexte français où la question migratoire est devenue centrale, quel message cette visite envoie-t-elle aux citoyens marocains qui souhaitent s’installer, étudier ou travailler en France ?

- Si la question migratoire est devenue sensible dans tous les pays, notre message ne varie pas, car la France et le Maroc ont ainsi besoin d’organiser de manière intelligente et équilibrée les mobilités entre nos sociétés, au service de la relation bilatérale.

D’une part, nous coopérons de manière efficace pour lutter contre l’immigration illégale et augmenter les réadmissions des personnes sans titre de séjour. D’autre part, nous répondons aux aspirations des Marocains, qu’il s’agisse d’étudier, de travailler ou de se rendre en France pour des motifs familiaux ou touristiques, et dont les mobilités s’inscrivent dans le cadre des règles françaises et européennes.

Nos parlementaires sont très attentifs à ces questions et entendent veiller à l’efficacité et au caractère "gagnant-gagnant" de notre politique en la matière.

Les discussions que nous avons eues ont par conséquent, et en tout cas, confirmé la volonté de traiter ces questions de manière partenariale, dans la transparence et le respect des personnes et du droit.

- L’ouverture récente d’un centre de dépôt de demandes de visas à Laâyoune augure-t-elle leur multiplication dans d’autres villes des provinces du Sud ?

- Lors de la visite d’État du Président Emmanuel Macron à Rabat en octobre 2024, nous avions annoncé que nous comptions accroître nos activités consulaires dans cette région, au bénéfice de tous ses habitants.

Laâyoune : un premier pas vers une présence consulaire renforcée dans le Sud

Sachant que c’est ce que nous avons fait à Laâyoune en 2025, cela traduit notre volonté d’agir sur le terrain, au plus près des populations locales, pour apporter de nouveaux services et de nouvelles opportunités.

Si la décision de créer d’autres centres dépendra de l’évaluation des volumes de demandes et de l’efficacité du centre actuel, notre objectif est clairement d’améliorer l’accessibilité aux services consulaires tout en garantissant la qualité des procédures.

- Comment a évolué en 2025 la question des reconduites à la frontière des OQTF ?

- Sur la question des obligations de quitter le territoire français (OQTF) et des reconduites, un travail de fond a été réalisé conjointement et a permis des améliorations notables.

À ce sujet, la coopération franco-marocaine est jugée de part et d’autre fluide et efficace. Nos ministres de l’Intérieur ont d’ailleurs eu l’occasion d’en parler il y a quelques semaines, et je me dois de rappeler que, pour la France, le seul objectif est l’application du droit dans une matière difficile et sensible.

Reconduites à la frontière : des progrès reconnus dans la coopération opérationnelle

- Quelle est votre appréciation de la coopération marocaine par rapport à d’autres pays ?

- La coopération marocaine est l’une des plus satisfaisantes que la France entretienne sur ces sujets.

Cela se voit dans la qualité des échanges, dans l’efficacité des mécanismes opérationnels et la capacité à faire avancer des dossiers complexes, avec confiance et transparence.

En effet, notre partenariat ne se limite pas aux visas, mais couvre un spectre plus large : sécurité, justice, mobilité des étudiants, reconnaissance des qualifications, etc.

Cette coopération structurée est un atout fort du partenariat d'exception renforcé entre nos deux pays et une référence pour notre politique étrangère.

- Le renforcement de la coopération judiciaire signé récemment par les deux ministres de la Justice s’inscrit-il dans une volonté commune de développer les reconduites et les extraditions ?

- Bien évidemment, les questions de reconduites et d’extraditions sont couvertes dans ce cadre, mais elles ne sont pas l’unique objectif.

Cette coopération judiciaire permet, via des mécanismes clairs et efficaces, de traiter des dossiers complexes dans le respect des normes internationales et de renforcer la sécurité de nos concitoyens des deux côtés de la Méditerranée, et dans de nombreux domaines où nous avons des intérêts communs.

Chacun comprendra par conséquent que sans une coopération internationale efficace, il sera impossible de remporter la guerre contre la criminalité organisée, le terrorisme ou la cybercriminalité, qui menacent les bases mêmes de nos sociétés.

Cela implique, comme nous le faisons avec détermination, d’organiser et de renforcer notre coopération judiciaire, pour que nos juges puissent travailler ensemble sans aucun obstacle ou lenteur et, c’est donc le message que le Garde des Sceaux est venu porter à Rabat en début de semaine.

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Le 6 février 2026 à 17h05

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