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Ich, ksar d'une nouvelle discorde maroco-algérienne ?

Une opération de bornage menée par l’armée algérienne aux abords de ce hameau de la province de Figuig a suffi à embraser les réseaux sociaux et à raviver les craintes d’une nouvelle montée de tensions entre Rabat et Alger. Dans un bref échange avec Médias24, un responsable a regretté un "agissement gratuit". Mais au-delà de l’incident et des rumeurs qu’il charrie, l’épisode d’Ich illustre parfaitement une stratégie algérienne patente de “grignotage” et de mise sous pression, s'appuyant sur les imprécisions et les zones grises autour de la question des frontières bilatérales dans l’espoir de susciter une réaction marocaine qui, pour l'instant, se veut tout en retenue.

Ich, ksar d'une nouvelle discorde maroco-algérienne ?
Palmeraie de Figuig, dans l'Oriental. Avec Ich, un des deux ksours reconnus comme marocains dans le traité de Lalla Maghnia.
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Le 6 février 2026 à 17h26 | Modifié 10 février 2026 à 17h06

Sis dans la province de Figuig, à la lisière même de la frontière avec l’Algérie, le ksar d’Ich, à peine une centaine d’âmes, n’a pas vraiment vocation à faire les grands titres.

Et pourtant, depuis la journée du jeudi 5 février 2026, c’est bien lui qui domine plusieurs trends sur les réseaux sociaux. Raison de cet intérêt soudain pour ce hameau paisible dont la population vit chichement de la culture des dattes : une opération de bornage menée de façon impromptue par des éléments de l’Armée nationale populaire (ANP) algérienne. L'objectif présumé étant la préparation de la construction d'un futur grand mur de séparation algéro-marocain, similaire à celui que le président américain Donald Trump avait naguère projeté de mettre en place entre son pays et le Mexique.

Les raisons d'un bad buzz

Tout a commencé par la diffusion d’une vidéo, rapidement devenue virale, d’un riverain filmant les soldats algériens en train d’appliquer, au loin, ce qui ressemble à de la peinture blanche, et ce le long des reliefs pierreux qui surplombent les palmeraies d’Ich.

Mais plus encore, c’est l’idée que lesdits reliefs puissent être marocains qui allait le plus mettre le feu aux poudres. Un bruit non vérifié mais suffisant, dans le climat électrique actuel entre les deux pays, à dresser les uns contre les autres internautes marocains et algériens, à grand renfort d'invectives et d'échanges d'"amabilités" cocardières.

Sur un plan officiel, une source haut placée consultée par nos soins, sans confirmer la marocanité du site où l’ANP a opéré, a regretté “un agissement gratuit”. “C’est ajouter, inutilement, de l’huile sur le feu”, nous a-t-on indiqué. 

Mais il faut dire aussi que la partie algérienne n’en est pas à son premier fait d’armes, en la matière. D’aucuns se souviennent encore de la manière cavalière dont la même ANP s’était emparée en mars 2021 de la palmeraie d’El Arja, également située dans la province de Figuig, et dont les autorités marocaines, en l’espèce du ministère de l’Intérieur, n’avaient pas voulu mettre en question l’algérianité, en excipant d’une “décision temporaire et conjoncturelle prise par les autorités algériennes”.

Une politique persistante dans la durée

Mais il y a plus : le même mois que l’“annexion” d’El Arja, Alger signait par ailleurs, par le truchement de l’Entreprise nationale algérienne de fer et d’acier (FERAAL), un protocole d’accord avec le consortium chinois “CME”, composé de China International Water & Electric Corporation (CWE), China Metallurgical Group Corporation (MCC) et Heyday Solar, avec comme finalité d’exploiter les fameuses mines de fer de Gara Jebilet.

Or, ces dernières font depuis juin 1972 l’objet d’une convention de coopération conclue entre l'Algérie et le Maroc à Rabat, à la suite d'une dizaine d'années de tensions sur leur devenir : c’est qu’historiquement parlant, les mines de Gara Jebilet sont bien marocaines, dans la mesure où elle relèvent de la wilaya de Tindouf, rattachée à l’Algérie française pas plus tôt qu’octobre 1952 (décret n° 52-1155, publié au Journal officiel du 17 octobre 1952).

Et c'est pour couper la poire en deux qu'il avait été décidé de mettre en place, au titre de la convention de coopération citée plus haut et ce à un moment de relatif réchauffement bilatéral, une “Société algéro-marocaine pour la mise en valeur de la mine de Gara Jebilet”. 

En vain : plus que jamais, le pouvoir algérien semble décidé à faire cavalier seul au niveau de Gara Jebilet, comme illustré par le lancement, le 1ᵉʳ février 2026 par le président Abdelmadjid Tebboune lui-même, de la nouvelle ligne ferroviaire devant relier les mines au port d’Oran, sur la Méditerranée. Une initiative qui, soit dit en passant, ne passe clairement pas non plus comme une lettre à la poste du côté de Rabat, malgré le silence officiel entretenu. "On est dans de la pure provocation", regrette-t-on.

Le diable est dans le détail

Pour revenir au cas du ksar d'Ich, ce qu'il faut dire est qu'il est un des deux seuls ksours de l'actuel Oriental marocain, avec celui de Figuig, à figurer nommément dans le traité de Lalla Maghnia du 18 mars 1845, délimitant la frontière entre l'Empire chérifien et l'autorité coloniale française en Algérie jusqu'au col de Teniet Sassi, à l'orée de ce que l'on appelait jadis les "confins algéro-marocains". À ce titre, son appartenance au Maroc ne fait pas l'ombre d'un doute, d'autant que le traité de Lalla Maghnia n'a jamais été remis en question ni par Rabat ni par Alger au lendemain de l'indépendance algérienne en juillet 1962.

Cependant, c'est dans les limites du ksar que, si l'on peut dire, se niche le diable : selon la convention relative au tracé de la frontière d'État établie entre le Royaume du Maroc et la République algérienne démocratique et populaire - entérinée, pour l'anecdote, le même jour que la convention de Gara Jebilet, et donc symboliquement corrélée à elle -, Ich se voit contourné à l’Est par un tracé qui suit une ligne de crêtes avant de poursuivre son chemin ("À partir de Ras Béni Smir, la frontière suit la ligne de crêtes de Djebel Abiène en passant par les côtes ,1762, 1735, 1704, contournant Ich par l'Est, elle se dirige, en ligne droite vers le Nord-Ouest, en passant à 800 mètres à l'Est de Hassi El Mekhareg, jusqu'au point de coordonnées: 04o 01' Ouest 36o 33' Nord", détaille la convention).

En somme, une succession de points de repères naturels qui, sur le terrain, peut, néanmoins, devenir problématique à déterminer exactement... surtout dans le contexte politique et diplomatique maroco-algérien actuel. Et par conséquent, c'est une sorte de "loophole" qui prend forme, et dont le régime militaire algérien, en l'occurrence, s'accommode bien pour tenter de chercher noise à son voisin occidental.

Une lecture anxiogène des événements d'autant plus pertinente à faire qu'elle s'ajoute aux déclarations belliqueuses qui s'accumulent depuis un certain nombre d'années de la part des dirigeants algériens, qui semblent de plus en plus décidés à prendre leur revanche après la défaite humiliante face au Maroc à la guerre des sables fin 1963.

"L’Algérie est prête à faire la guerre au Maroc, s’il le faut", soufflait même un dignitaire, en novembre 2021, au quotidien français "L'Opinion", connu pour avoir ses entrées dans le cénacle algérois (Abdelmadjid Tebboune en personne lui avait accordé une interview fleuve en février 2025).

Et pour couronner le tout, l'ANP a défrayé la chronique, le 29 janvier 2026, en tuant trois ressortissants marocains au niveau de la localité de Ghenama, dans la wilaya algérienne de Béchar, au prétexte qu'il se serait agi de "trafiquants", comme s'en targuait le ministère de la Défense nationale algérien dans un communiqué. Une surréaction éloquente au regard des faits dont il est question.

Retenue marocaine

Rien qui n'augure d'une remise à plat des relations bilatérales, dans un contexte où l'État marocain, en la personne du roi Mohammed VI, maintient sa main tendue à l'adresse d'Abdelmadjid Tebboune, comme il l'a réitéré dans son discours du 31 octobre 2025, et où Washington œuvre pour une paix des braves entre les deux voisins maghrébins.

"Nous ne voulons pas insulter l'avenir. En réponse à l'agressivité, nous ne nous laisserons pas aller à la précipitation", nous assure-t-on.

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Le 6 février 2026 à 17h26

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