“Un malaise profond” : plus que jamais, les parents d’élèves mettent en question l’enseignement français au Maroc
Entre hausse des frais, gouvernance contestée et inquiétudes sur la qualité pédagogique, des représentants de parents d’élèves alertent sur "les fragilités croissantes du réseau d’enseignement français au Maroc", qu’ils estiment confronté à un tournant décisif.
Alors que les hausses annoncées des frais de scolarité dans les établissements français au Maroc pour la rentrée 2026-2027 continuent de mobiliser, certains représentants de parents d’élèves livrent leur analyse d’une situation qu’ils jugent préoccupante.
Contacté par Médias24, Othman Ouannane, parent élu et président de l’Association des parents d’élèves de l’école Albert-Camus à Rabat, estime que les évolutions en cours traduisent "un malaise plus profond" touchant à la fois le financement, la gouvernance et la qualité du système.
Selon lui, les familles devraient faire face, dès la prochaine rentrée, à des augmentations répétées des frais de scolarité, auxquelles s’ajouterait l’instauration de frais d’inscription annuels, une première dans ce réseau éducatif.
Toujours selon Othman Ouannane, ces nouvelles contributions seraient liées au contexte budgétaire de l’État français, notamment au financement des retraites et avantages des enseignants expatriés ou détachés. Il affirme que les montants collectés ne seraient pas réinvestis dans les établissements locaux. Ceci alimente, d’après lui, l’incompréhension des familles.
Le représentant des parents évoque par ailleurs une décision prise sans réelle concertation locale, estimant que la mobilisation concerne plusieurs villes du Royaume, dont Rabat et Marrakech.
Gouvernance et projets structurants au cœur des critiques
Au-delà de la question tarifaire, Othman Ouannane met en avant des difficultés liées à la gestion de certains projets et à la gouvernance du réseau.
Il cite notamment le cas du collège Saint-Exupéry de Rabat, dont le coût de reconstruction serait passé d’environ 6 millions à 18 millions d’euros sans démarrage effectif des travaux, alors qu’une partie du financement proviendrait déjà d’augmentations successives supportées par les parents.
Une continuité scolaire difficile à remettre en cause
Othman Ouannane souligne également la difficulté, pour de nombreuses familles, d’envisager une sortie du système d’enseignement français. Selon lui, le choix de scolariser un enfant dans ce réseau s’inscrit dans une logique de long terme, qui dépasse largement une année scolaire ou un cycle précis.
Il explique que cette continuité vise à préparer progressivement l’après-baccalauréat et l’orientation future des élèves. Dans ce contexte, l’incertitude actuelle fragilise, selon lui, un projet éducatif construit sur plusieurs années, rendant toute réorientation vers un autre système scolaire particulièrement complexe pour les familles.
Un enjeu plus large pour l’enseignement français à l’étranger
Pour Othman Ouannane, la question dépasse la seule augmentation des frais et renvoie à l’avenir du modèle d’enseignement français à l’étranger, historiquement fondé sur l’excellence académique et le rayonnement culturel.
Les tensions financières s’accompagnent d’interrogations sur la qualité éducative. Absences prolongées d’enseignants non remplacés, formations organisées pendant les heures de cours, fermetures d’options ou regroupements de classes figurent parmi les préoccupations remontées par les familles.
Notre interlocuteur évoque également une hausse de la taille des classes, ainsi que des inquiétudes concernant le niveau de certaines disciplines, notamment l’enseignement de la langue arabe. Parallèlement, les effectifs reculeraient progressivement, d’environ 3% par an, avec des fermetures de classes et la possible disparition de certains établissements.
Le représentant des parents souligne que la situation observée au Maroc pourrait constituer un signal d’alerte plus global concernant l’équilibre entre financement, gouvernance et qualité pédagogique. Sans évolution structurelle ni dialogue renforcé avec les familles, le réseau risquerait, selon lui, de perdre progressivement en attractivité.
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