Il y a 180 millions d’années, la vie du fin fond des océans s’écrivait dans le Haut Atlas
Des chercheurs ont repéré, dans le bassin atlasique, des structures fossiles formées grâce à la chimiosynthèse à plus de 200 mètres de profondeur. Cette découverte remet en question les explications classiques et montre que, dès le Jurassique, les écosystèmes des grands fonds influençaient déjà fortement les dépôts marins.
Une étude internationale publiée dans la revue Geology vient de transformer notre compréhension des écosystèmes marins profonds.
En analysant les formations sédimentaires du Toarcien inférieur (environ 183 millions d'années) dans le bassin du Haut Atlas central, des chercheurs ont identifié des structures biologiques qui remettent en question les modèles établis sur la préservation de la vie primitive.

Les "structures ridées" (ou wrinkle structures) sont des micro-reliefs centimétriques bien connus des géologues, souvent comparés à une "peau d’éléphant".
Jusqu’alors, la communauté scientifique s'accordait à dire que ces empreintes étaient le produit de tapis microbiens photosynthétiques, caractéristiques des eaux très peu profondes où la lumière du soleil est abondante.

Cependant, la découverte réalisée dans la Formation de Tagoudite, près de Boumrdoul, bouscule ce dogme.
Les analyses sédimentologiques indiquent que ces structures se sont formées à une paléoprofondeur minimale de 200 mètres, bien en dessous de la zone photique où la photosynthèse est possible.
Dans cet environnement prodeltaïque obscur, la présence de tels tapis microbiens suggère l'existence d'une dynamique biologique alternative à celle de la lumière solaire.
Le nouveau paradigme de la chimiosynthèse
Pour expliquer cette présence à des profondeurs abyssales, l’équipe de recherche, incluant des scientifiques de l’Université Moulay Ismaïl, propose un modèle fondé sur la chimiosynthèse.
Contrairement aux organismes dépendant du soleil, ces communautés microbiennes puisaient leur énergie de réactions chimiques au sein des sédiments.

Le contexte géologique de la région montre que le bassin recevait d'importants dépôts de débris organiques et ligneux, transportés par des courants de turbidité. La décomposition de ces matières par des micro-organismes au sein du sédiment générait des composés réduits, notamment du sulfure d'hydrogène.
Des bactéries spécialisées, probablement des Beggiatoaceae ou des Thioploca, utilisaient ces flux chimiques pour proliférer en vastes tapis. Ces derniers stabilisaient les fonds marins sablonneux, créant les ridules fossiles aujourd'hui observées dans les roches atlasiques.
Une fenêtre de préservation exceptionnelle
L’intérêt majeur de cette découverte réside également dans l’état de conservation de ces empreintes. En temps normal, l'activité des animaux fouisseurs et des prédateurs (la bioturbation) détruit les tapis microbiens avant qu'ils ne puissent se fossiliser.
Les conditions spécifiques du bassin atlasique au Toarcien ont permis d'ouvrir une "fenêtre taphonomique" rare : la toxicité des émanations chimiques issues de la décomposition organique, combinée à une sédimentation rapide, a exclu les organismes consommateurs de microbes. Cette absence de perturbation a permis la lithification des structures ridées, figeant pour l'éternité un instantané de la vie profonde.
Implications pour la géologie et l'exobiologie
Cette avancée scientifique dépasse largement le cadre de la géologie régionale. Elle démontre d'abord que les écosystèmes chimiosynthétiques profonds étaient déjà des acteurs majeurs de la sédimentation marine au Jurassique, une réalité souvent sous-estimée dans les archives fossiles.
De plus, elle impose une révision des critères d'interprétation des paléoprofondeurs : la présence de rides microbiennes ne peut plus être systématiquement associée à des lagunes ensoleillées.
Enfin, ces résultats offrent de nouvelles perspectives pour l'étude des périodes de récupération après les grandes extinctions de masse. En comprenant comment ces oasis de vie chimique ont prospéré dans des environnements hostiles, les scientifiques peuvent mieux appréhender la résilience de la biosphère.
Ce travail souligne la richesse exceptionnelle des formations sédimentaires du territoire, qui continuent de fournir les clés nécessaires pour déchiffrer les mécanismes fondamentaux de l'évolution biologique à travers les temps géologiques.
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