Maroc-Égypte. Où en est la relation entre les deux pays ?
Reportée à la dernière minute sur fond de remaniement attendu au Caire, la réunion de la Haute Commission mixte maroco-égyptienne illustre à la fois la volonté des deux capitales de relancer une relation en demi-teinte et les dossiers sensibles qui en brident encore l’élan. Décryptage des faits, du calendrier envisagé et des points de friction qui pèsent sur la relation bilatérale.
Le 27 janvier 2026, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères marocain, et son homologue égyptien Badr Abdelatty, se félicitaient de "l'évolution positive des relations égypto-marocaines".
C'était à l'occasion d'un échange téléphonique, le deuxième que les deux responsables ont eu au cours des dernières semaines après celui du 28 décembre 2025. Une marque des tentatives de rapprochement qui, dans les coulisses, semble se faire entre Rabat et Le Caire, deux capitales arabes emblématiques, mais dont la coordination sur le terrain paraît bien en deçà du potentiel auquel elles peuvent aspirer.
Et justement, ce mois de février 2026 devait, en principe, leur donner l'occasion de mieux accorder leurs violons.
En effet, de sources politiques concordantes, Médias24 a appris qu'une Haute Commission mixte bilatérale devait se tenir aussi tôt que ce mardi 10 février 2026 au Caire, avant d'être ajournée pour cause de remaniement ministériel imminent au pays d'Abdel Fattah al-Sissi.
L'événement, dont l'organisation "prochaine" avait été annoncée par Bourita et Abdelatty eux-mêmes lors de leur dernier entretien, devait connaître la présence du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et du président du conseil des ministres d'Égypte, Moustafa Madbouli, en plus de responsables gouvernementaux des deux pays.
Au lundi 9 février 2026, trois ministres marocains, sur huit programmés, avaient déjà confirmé leur présence : Azzedine El Midaoui, ministre de l'Enseignement supérieur ; Leila Benali, ministre de la Transition énergétique ; et Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse.
Pour sa part, Bourita, présent actuellement à Madrid pour les négociations sur le différend autour de la région du Sahara, semblait encore privilégier sa participation à la 48e session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine (UA), prévue ces 11 et 12 février 2026 à Addis-Abeba.
Quant aux accords, une vingtaine étaient sur la table, dont beaucoup qui, à J-1, étaient encore en cours de finalisation. Pour l'instant, c'est, au final, à l'après-Ramadan qu'ont été reportés les travaux de la Haute Commission mixte.
"Cela nous donne aussi plus de temps. À vrai dire, nous étions un peu dans le rush", reconnaît-on.
Et l’une de nos sources de nous indiquer, dans le même sens, que ce n'est que "très fraîchement" que la Haute Commission mixte avait été programmée. Il faut dire aussi que les deux pays semblent pressés d'insuffler un nouvel élan à leur relation bilatérale.
Du côté égyptien, un livre blanc avait été publié le 17 décembre 2025 par le ministère des Affaires étrangères, consacrant la nouvelle politique d'"équilibre stratégique" mise en place par al-Sissi au cours de la décennie écoulée. Et il se trouve qu'on peut y lire, dans la section "Relations égyptiennes avec les pays du Maghreb arabe", tout un paragraphe consacré au Maroc.
En gros, il y est expliqué que depuis la tenue, en janvier 2014 à Marrakech, de la 3e session du mécanisme de coordination et de dialogue stratégique au niveau des ministres des Affaires étrangères des deux pays, "les relations égypto-marocaines ont connu (...) une évolution notable".
De par sa nature, le document ne dit bien sûr pas tout et élude par exemple la crise, ouverte, qui avait opposé Marocains et Égyptiens en janvier 2015 à la suite de l'acharnement médiatique subi de longs mois durant par le Maroc depuis les rives du Nil. Mais celle-ci avait, de toute façon, été rapidement dépassée, à la suite de contacts pris et entrepris par les responsables des deux côtés.
Mais il existe tout de même de nombreuses anicroches qui empêchent un dynamisme véritable. Au cours de l'année 2025, la chronique bilatérale a surtout été dominée par les questions d'ordre commercial, l'Égypte profitant largement de l'accord d'Agadir pour accentuer la balance des échanges en sa faveur, mais c'est une pomme de discorde autrement centrale du point de vue du Maroc qui continue de faire du surplace : le Sahara.
En mai 2022, on s'en souvient, le ministre des Affaires étrangères égyptien de l'époque, Sameh Choukri, avait défrayé la chronique régionale en prenant fait et cause, lors d'un déplacement à Rabat, pour le plan d'autonomie marocain du 11 avril 2007.
Or, comme on a pu le voir dans les communiqués ayant ponctué les deux dernières discussions entre Bourita et Abdelatty, la question de l'intégrité territoriale du Maroc n'y figure pas. Une absence visiblement loin d'être involontaire : de l'avis de nombreuses sources, elle s'inscrit, de toute évidence, dans une séquence où Le Caire reprocherait au Maroc son rapprochement militaire avec l'Éthiopie, ennemi déclaré de l'Égypte depuis que l'ancien empire est-africain s'était lancé dans son immense projet de Grand barrage de la Renaissance sur le Nil bleu, et par la même occasion, il s'était mis à menacer l'approvisionnement hydrique égyptien, en aval du fleuve.
À cet égard, Rabat et Addis-Abeba avaient procédé, le 17 juin 2025, à la signature d’un accord inédit de coopération dans le domaine de la défense, suivi plus récemment, les 13 et 14 janvier 2026, par la tenue de la toute première commission mixte militaire maroco-éthiopienne.
Et c'est cette donne qui expliquerait aussi la mobilisation égyptienne en faveur de la candidature de l'Algérienne Selma Malika Haddadi lors des élections de février 2025 pour la vice-présidence de l'UA, et ce face à la Marocaine Latifa Akharbach.
L'Algérie, justement, a d'ailleurs beaucoup cherché au cours de la dernière année à se rapprocher de l'Égypte sur le dos du Maroc.
On l'a vu, son président, Abdelmadjid Tebboune, n'a pas manqué de mettre à profit son passage sur la télévision publique algérienne du samedi 7 février 2026 pour rappeler la participation des Forces armées égyptiennes aux côtés du voisin de l'Est dans sa guerre des sables contre le Maroc.
Bien évidemment, c'est davantage la réponse, le lendemain sur les réseaux sociaux, d'al-Sissi qui a fait jaser, dans la mesure où le président égyptien a "salué" les déclarations du locataire d'El-Mouradia.
"Ce qui unit les deux pays témoigne d’un parcours jalonné de luttes et de coopération face aux défis communs, et confirme que la solidarité entre peuples frères est la véritable garantie de la préservation des intérêts de nos peuples et du renforcement de la stabilité de nos patries", a-t-il notamment écrit.
أُرحب بتصريحات أخي فخامة الرئيس عبدالمجيد تبون عن جمهورية مصر العربية التي تعكس عمق الروابط التاريخية بين مصر والجزائر.
إن ما يجمع البلدين يعبر عن مسيرة حافلة بالنضال والتعاون في مواجهة التحديات المشتركة، ويؤكد أن التضامن بين الأشقاء هو الضمانة الحقيقية لصون مصالح شعوبنا وتعزيز…— Abdelfattah Elsisi (@AlsisiOfficial) February 8, 2026
Mais si cette sortie peut effectivement faire grincer des dents, d'autant que son auteur n'était pas sans savoir qu'une rencontre de haut niveau allait réunir son pays avec le Maroc deux jours plus tard, il n'en reste pas moins que les cercles diplomatiques intéressés la minimisent.
"C'est leur façon de couper la poire en deux", commente-t-on, en mettant aussi en avant la visite d'État de ce 9 février 2026 d'al-Sissi aux Émirats arabes unis, pourtant taxés, lors de la même intervention cathodique, de "micro-État" par Tebboune, sur fond d'opposition frontale entre les deux pays depuis plus d'un an.
À lui seul, ce séjour émirati du président égyptien aurait en effet dû suffire pour le pousser à prendre davantage de précautions verbales, mais il a choisi de ne pas le faire. Tout comme le Maroc se garde clairement, de son côté, de souffler sur les braises.
En attendant la Haute Commission mixte, l'heure n'est, quoi qu'il en soit, pas à la surenchère.
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