Sahara. À Madrid, les Américains actent l’autonomie marocaine comme “seul document sur la table”
Sous l’égide de Washington, une rencontre inédite a réuni dans la capitale espagnole Marocains, Algériens, Mauritaniens et représentants du polisario autour d’une nouvelle mouture étoffée du plan d'autonomie du 11 avril 2007. Entre avancées diplomatiques et résistances algériennes, cette séquence pourrait ouvrir la voie à un accord-cadre politique appelé à être formalisé dans à peine trois mois.
Ces dimanche-lundi 8 et 9 février 2026, l'ambassade des États-Unis à Madrid réunissait les quatre parties au différend autour du Sahara, à savoir le Maroc, l'Algérie, le mouvement séparatiste du polisario et la Mauritanie. Avec comme objectif de s'accorder sur "une solution politique définitive et mutuellement acceptable", conformément à la résolution 2797 votée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité. Laquelle résolution avait surtout, on le rappelle, pour la première fois appuyé des négociations se fondant sur le plan d'autonomie marocain.
Et selon des informations révélées au cours de la nuit par notre confrère Yabiladi, et confirmées par Médias24 auprès de sources informées, c'est bel et bien ce plan qui a été au centre des discussions dans la capitale espagnole, nos interlocuteurs nous assurant aussi qu'il y a eu accord sur le fait que la proposition marocaine constitue, désormais, "le seul document sur la table".
Toujours d'après ces sources, il s'agit d'une version augmentée du plan du 11 avril 2007, dans la mesure où la nouvelle mouture présentée fait 40 pages, à la suite notamment des consultations nationales auxquelles le Roi avait associé les partis politiques au milieu de l'automne 2025.
Selon des informations non officielles, la réunion à l'ambassade américaine de Madrid, au sujet du règlement du dossier du Sahara, s'est poursuivie ce lundi matin 9 février, à la demande des États-Unis.
Ce qu'inclut exactement le nouveau plan marocain n'a pas encore été rendu public et pourrait l'être dans un "communiqué final unilatéral" que le département d'État américain ou carrément la Maison-Blanche pourraient diffuser incessamment. De son côté, la représentation permanente des États-Unis auprès des Nations unies, contactée par nos soins, s'est contentée de nous confirmer que "des délégations de haut niveau des États-Unis et des Nations unies ont facilité, à Madrid (Espagne), des discussions avec le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie concernant la mise en œuvre de la résolution 2797". Mais si l'on en croit nos informations, il devrait de toute façon encore y avoir des discussions techniques, menées par un "Comité technique permanent" ad hoc, pour en préciser certaines "modalités concrètes" : fiscalité, justice et sécurité locale, essentiellement.
Ce comité serait constitué d'experts juridiques dont les nationalités ne nous ont pas été précisées - des Marocains, des Algériens et des Mauritaniens, selon Yabiladi -, et son rôle devrait s'avérer notamment fondamental en vue de la potentielle signature, en mai 2026 à Washington, d'une feuille de route intitulée "Madrid 2026", en référence au lieu de la tenue des premiers pourparlers : il doit s'agir, concrètement, de l'accord-cadre politique qui doit enfin pouvoir mettre fin à cette dispute territoriale de plus d'un demi-siècle entre le Maroc et l'Algérie, par polisario interposé.
Le voisin de l'Est, naturellement, ne devrait justement pas être ravi de telles évolutions, lui dont le président, Abdelmadjid Tebboune, remettait encore sur le tapis, le 30 décembre 2025 dans un discours au parlement, la possibilité d'une "indépendance" du Sahara.
Des indications dont Médias24 a eu connaissance, portent par exemple sur le refus du ministre des Affaires étrangères algérien, Ahmed Attaf, de prendre une photo de groupe avec son homologue marocain, Nasser Bourita, ainsi que le haut conseiller du président américain pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos (en sus, éventuellement, de l'envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies, Staffan de Mistura, également présent à Madrid).
L'idée est "qu'un tel geste pourrait être interprété comme une normalisation politique avant un règlement final", en plus de la "volonté" manifeste d'Alger "de maintenir sa participation dans un rôle d’"observateur", malgré son implication dans les discussions techniques".
Sur le fond, par ailleurs, la délégation algérienne a également fait de la résistance par rapport à la définition à donner à l'expression "autodétermination". Pour le Maroc, et cela Nasser Bourita l'avait très bien expliqué le 1er novembre 2025, au lendemain de l'adoption de la résolution 2797, sur la chaîne 2M, on peut s'autodéterminer via des organes législatifs, exécutif et judiciaire dotés de compétences exclusives, tels ceux que met justement en avant le plan marocain.
Mais l'Algérie ne l'entend pas exactement de la même oreille,... du moins, cela avait été le cas jusqu'à cette "Conférence de Madrid", où "la pression américaine a (...) penché en faveur de la position marocaine", nous indique-t-on.
"La réunion a été plus difficile que prévu. Le Maroc se montre serein quant à l’évolution des discussions techniques, tandis que l’Algérie fait face à la plus forte pression diplomatique de son histoire dans la gestion de ce dossier", résume-t-on.
Quoi qu'il en soit, il faut dire que la seule présence de Attaf à Madrid constitue, en soi, un désaveu énorme pour l'Algérie, dans la mesure où depuis octobre 2021, elle refusait de prendre part à toute discussion diplomatique relative au Sahara au prétexte d'une soi-disant "instrumentalisation éhontée par la partie marocaine de la participation de l’Algérie aux précédentes tables rondes pour présenter fallacieusement notre pays comme étant partie à un conflit”, avait alors justifié l'envoyé spécial algérien chargé du Sahara et du Maghreb”, Amar Belani.
Alger n'a d'ailleurs pas communiqué outre-mesure sur le déplacement de son chef de la diplomatie sur la péninsule ibérique, dont elle semble vouloir faire une affaire strictement bilatérale, à la lumière des entretiens que Attaf et le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, ont eus à la veille de la rencontre à l'ambassade américaine.
عقد وزير الدولة، وزير الشؤون الخارجية والجالية الوطنية بالخارج والشؤون الإفريقية، السيد @AhmedAttaf_Dz اليوم بالعاصمة الإسبانية مدريد، جلسة عمل مع نظيره الإسباني @SpainMFA ، السيد @jmalbares
🇩🇿 🇪🇸 pic.twitter.com/aaAZz0FC42
— وزارة الشؤون الخارجية| MFA-Algeria (@Algeria_MFA) February 7, 2026
Selon des informations publiques, Albares devrait également recevoir Bourita ce lundi 9 février 2026 à 18h au siège de son département à Madrid, consécutivement à des échanges, également programmés, avec de Mistura.
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