Négociations sur le Sahara : ce que confirment les sources… et ce qui reste entièrement flou
Depuis la réunion de Madrid, le dossier du Sahara est entré dans une zone grise : beaucoup de rumeurs, peu de paroles officielles, et quelques signaux qui méritent d’être décryptés. Entre le silence des parties, les fuites plus ou moins crédibles et certaines formulations plus ou moins inhabituelles du côté de l’Algérie et du polisario, personne ne semble en mesure de dire jusqu’où les discussions engagées ont réellement fait bouger les lignes. Voici ce que, pour l'heure, on peut avancer avec prudence, et ce qui mérite encore vérification.
Depuis la tenue, les dimanche 8 et lundi 9 février 2026 à Madrid, du nouveau round de négociations sur le Sahara, les spéculations vont bon train dans les médias.
Comme l'a déjà indiqué Médias24, et ce, en s'appuyant sur des sources informées, seules les certitudes suivantes émergent pour l'instant :
- Qu'il s'agit de tractations menées sous la double ombrelle des États-Unis et des Nations unies, à titre officiel de "facilitateurs".
- Que leur base, c'est la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité, et qui avait donné la prééminence au plan d'autonomie marocain du 11 avril 2007 comme fondement pour les futurs pourparlers.
- Que les discussions ont justement démarré sur la base de ce plan, mais dans sa nouvelle version, augmentée à 40 pages et conçue à la suite des consultations nationales auxquelles les partis politiques représentés au Parlement avaient été associés au cœur de l'automne 2025.
- Que l'Algérie et, guidé par elle, le mouvement séparatiste du polisario ont initialement fait de la résistance, notamment sur la notion d'autodétermination de la population du Sahara, qui selon eux ne peut s'interpréter qu'à l'aune exclusive d'un soi-disant référendum, bien que le Conseil de sécurité ne fasse lui-même plus mention de cette option depuis la résolution 1359 du 29 juin 2001. Mais selon nos sources, le duo aurait, du moins au cours de la réunion, abandonné la partie à la suite du coup de pression insistant mis par les responsables américains présents (Massad Boulos, haut conseiller du président Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, et Mike Waltz, représentant permanent des États-Unis auprès des Nations unies à New York).
- Qu'un accord-cadre politique est d'ores et déjà dans le pipe, requérant toutefois la mise à contribution d'experts juridiques constitués au sein d'un Comité ad hoc, afin de préciser la teneur technique du texte, notamment sur les volets fiscalité, justice et sécurité locale.
Beaucoup d'éléments circulent, certains sont potentiellement vrais. Mais tant que Médias24 n'en détient pas lui-même la copie ou, dans une moindre mesure, qu'il n'a pas été briefé par des sources sûres, il se refuse pour l'instant à épiloguer.
Sur un plan formel, aucune des parties prenantes, à savoir le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie ainsi que le polisario, n'avait par ailleurs, à ce jour (jeudi 12 février), réagi.
Côté algérien et polisarien : des signaux à bas bruit
Tout sur l'Algérie (TSA), porte-voix connu de diplomatie algérienne, a relayé une "source officielle", mais celle-ci s'attarde exclusivement sur la forme : en gros, elle accuse "la manière dont les relais médiatiques marocains s’échinent à présenter les négociations directes" à Madrid, insiste sur le fait qu'Alger n'aurait été présente dans la capitale espagnole que dans un "rôle d’observateur", et assure, enfin, que "la véritable démarche et la véritable approche ont fini par prévaloir", que "la solution à ce conflit sera inévitablement le fait des parties qu’il oppose", c'est-à-dire le Maroc et le polisario seulement selon sa rhétorique, et qu'"elle sera le résultat de négociations directes, comme celles qui se déroulent actuellement".
Quand on connaît la façon de raisonner du régime algérien, on peut dire qu'il n'y a rien de bien neuf sous le soleil, en l'occurrence.
Mais ces signaux restent tout de même intéressants à relever et peuvent même, jusqu'à un certain point, renseigner sur l'état d'esprit actuel du camp algéro-polisarien et sur l'idée qu'il se fait, a posteriori, de la réunion de Madrid.
Autre point marquant : ce mardi 10 février 2026, le président de l'Assemblée populaire nationale algérienne, qui est la première chambre du parlement en Algérie, recevait l'ambassadeur du polisario à Alger. Un entretien suivi, comme il est de rigueur, d'un communiqué, et ce qui est intrigant dans ce dernier, c'est que tout en "réaffirm[ant] la position constante de l’Algérie en faveur du droit du peuple sahraoui (sic) à l’autodétermination, conformément à la légalité internationale et aux résolutions pertinentes des Nations unies", il ne fait aucun cas du référendum comme c'était généralement usuel dans la bouche des responsables du voisin de l'Est.
Un oubli volontaire ? La question se pose, en tout état de cause.
S'agissant, en outre, des relais du polisario, on peut notamment signaler la couverture effectuée par le site ECSaharaoui, actif depuis juin 2019 à partir de Madrid, mais ses soi-disant "exclusivités" semblent s'être grandement appuyées sur les fuites marocaines : les mêmes éléments sont repris, à ceci près que le média, et ce, à l'instar de nombreuses pages pro-séparatistes, a remis en avant le plan Baker II.
Ce dernier, pour ceux qui ne le connaissent pas, est dû, comme l'indique son nom, à l'ancien envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies au Sahara (mars 1997-juin 2004), James Baker. Son idée force est qu'il prévoyait une autonomie des provinces du Sud sous souveraineté marocaine... mais pour une période initiale de cinq ans seulement, suivie d'un référendum soit entérinant, de façon définitive, la récupération du territoire par le Maroc, soit susceptible d'activer la sécession.
C'est que dans la nébuleuse polisarienne, on semble tenir coûte que coûte à l'organisation, à un moment du processus, d'une consultation référendaire reconnaissant la possibilité de la séparation, seul moyen visiblement pour le polisario (et, sous le boisseau, l'Algérie) de sauvegarder la face, après plus de cinquante ans à y appeler. Le chef du polisario Brahim Ghali ne disait lui-même pas moins dans sa lettre du 21 octobre 2025 au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, préalable à la résolution 2797.
Une donnée qui crédibilise aussi, par ailleurs, les affirmations de notre confrère Yabiladi, qui, citant un "document" auquel il dit avoir eu accès, a indiqué qu'à Madrid, le Polisario "n’a pas formellement rejeté la proposition marocaine d’autonomie", mais qu'"il a (...) conditionné toute avancée à l’organisation d’un référendum, à l’issue d’une période transitoire d’autonomie".
Yabiladi a ajouté qu'aurait également été "réclamée", dans le même sillage, l'amnistie en faveur des détenus séparatistes au Maroc – on peut penser, essentiellement, aux activistes condamnés pour leurs actions criminelles en octobre 2010 dans le camp de Gdeim Izik, où onze éléments des forces de l'ordre avaient été sauvagement assassinés –, ainsi que le retour des populations séquestrées dans les camps de Tindouf, en Algérie.
Mais ces points, de toute façon, les alinéas 30 et 31 du plan de 2007 s'y attardaient déjà en disposant respectivement ceci : "Le Royaume du Maroc prendra toutes les mesures nécessaires afin d’assurer aux personnes qui seront rapatriées une réinsertion complète au sein de la collectivité nationale, dans des conditions garantissant leur dignité, leur sécurité et la protection de leurs biens", et "à cette fin, le Royaume adoptera notamment une amnistie générale excluant toutes poursuites, arrestation, détention, emprisonnement ou intimidation de quelque nature que ce soit, fondées sur des faits objet de l’amnistie".
Enfin, pour citer encore Yabiladi, le polisario aurait proposé à Washington un accord commercial favorable. Un argument qui n'est pas sans rappeler celui avancé, mais de façon différente dans la forme, par une autrice et conseillère en politiques publiques américaine connue pour avoir ses entrées à Tindouf dans une tribune publiée le 4 mars 2025 sur la plateforme électronique du bimestriel US Foreign Affairs ; mais cette dernière l'avait intégré dans le cadre d'un scénario de partition du Sahara suggéré quelques mois avant elle par l'émissaire onusien Staffan de Mistura.
Une séquence encore officieuse
En somme, le mieux est de rester, pour l'heure, vigilant par rapport aux informations reprises ici et là ; elles ne sont pas nécessairement fausses, ni forcément diffusées de façon mal intentionnée, mais elles demeurent officieuses. Et surtout, non-définitives, car comme on l'a dit, le plan marocain actuel, aussi abouti qu'il puisse être, n'est qu'un point de départ, dont Rabat aspire bien sûr à faire aussi, de la façon la plus fidèle qui soit, le point d'arrivée.
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