A Nouaceur, Safran verrouille un nouveau segment critique avec une usine de trains d’atterrissage
En quelques mois, le Maroc a franchi deux caps décisifs dans l'industrie aéronautique. D'abord, les moteurs d'avions, puis les trains d'atterrissage, deux composants sensibles et importants dans l'aviation civile. Pour installer ses unités de fabrication à Nouaceur, Safran investira plus de 6,4 MMDH.
Six mois seulement après la confirmation de son complexe industriel autour des moteurs, le français Safran officialise un nouveau projet stratégique au Maroc. Il signe devant le Roi Mohammed VI le protocole d'accord visant à la mise en place d'une usine de production de trains d’atterrissage à Nouaceur (Midparc).
Portée par Safran Landing Systems, cette usine est présentée comme l'une des plus grandes au monde.
280 M€ d’investissement, 500 emplois, démarrage prévu en 2029
Le futur site représente plus de 3 milliards de dirhams d’investissement et doit créer 500 emplois qualifiés à terme. L’usine, d’une superficie de 26.000 m² sur un foncier de 7 hectares, est annoncée opérationnelle en 2029.
Safran indique que le site sera dédié aux systèmes d’atterrissage des avions court et moyen-courriers et regroupera deux volets : fabrication de composants et modules de trains d’atterrissage et équipements hydrauliques dédiés.
Autre point mis en avant : l’usine sera alimentée à 100% en électricité décarbonée, dans le cadre d’un accord signé en 2025 garantissant l’accès à une énergie renouvelable pour les sites Safran au Maroc.
Le projet est aussi calibré pour répondre à une contrainte industrielle relative à la montée en cadence de la famille Airbus A320 et à la préparation de la prochaine génération d’avions court et moyen-courriers.
Safran met en avant un schéma de production plus “court” et plus réactif, en s’appuyant sur la proximité géographique avec ses sites d’assemblage et les lignes européennes d’Airbus.
Pourquoi le Maroc ? “Infrastructures, stabilité, talents”
Le président du conseil d’administration, Ross McInnes, résume le choix du Maroc en trois arguments : infrastructures, stabilité macroéconomique et talents.
Il rappelle surtout que l’implantation marocaine est de plus en plus centrale dans l’organisation du groupe. Safran compte une dizaine de sites dans le Royaume, couvrant plusieurs activités (maintenance moteurs, câblage, nacelles, assemblage moteurs, trains d’atterrissage).
Safran revendique également une présence de 26 ans au Maroc, avec environ 5.000 employés répartis sur 10 sites.
En accueillant une usine de fabrication de moteurs, le Maroc a intégré un cercle fermé et restreint de pays assembleurs de moteurs. Les trains d'atterrissage ne sont pas moins techniques et complexes. Ces pièces font partie des composants les plus sensibles de l'aviation civile.
Ce nouveau projet intervient après l’annonce, en octobre 2025, d’un complexe industriel moteurs de 3,4 milliards de dirhams adossé à deux unités :
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Assemblage et test : 2,1 MMDH, capacité de 350 moteurs/an, soit près de 30% de la production mondiale du moteur LEAP (selon l’entretien) ;
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Maintenance et réparation : 1,3 MMDH, objectif de 150 moteurs/an ;
Le calendrier annoncé dans l’entretien prévoit une mise en service progressive : atelier de maintenance achevé mi-2026 avec un premier moteur en réparation visé juillet 2026, puis démarrage de la chaîne d’assemblage en 2027 avant montée en cadence.
Montée en gamme : usinage de précision, procédés spéciaux, essais, certification
Côté marocain, le projet “trains d’atterrissage” est présenté comme un pas supplémentaire vers des métiers plus complexes : usinage de précision, procédés spéciaux, assemblage de haute technicité, essais, certification, maintenance avancée.
Portée par la vision royale, l'industrie aéronautique marocaine, "forte de ses talents, ne se contente plus de participer à l'aviation mondiale. Elle contribue aujourd’hui à la structurer, à la sécuriser et à l'accompagner dans sa dynamique", a soutenu M. Mezzour dans une allocution prononcée lors de la cérémonie de présentation et de lancement du projet, présidée, vendredi, par le Roi Mohammed VI, au Palais Royal de Casablanca.
"Une dynamique soutenue par des politiques industrielles pilotées par le Roi Mohammed VI et bâties autour d’un écosystème où se conjuguent stabilité politique et économique, modernité des infrastructures, formation de compétences de haut niveau et audace dans la prise de décision", a-t-il précisé.
"Fabriquer au Maroc les systèmes de trains d’atterrissage, c'est maîtriser des technologies complexes et consolider l’intégration industrielle du Royaume dans les chaînes de valeur mondiales de l'aéronautique", a-t-il souligné, affirmant que l’usine de Nouaceur, qui préfigure l'aviation du futur (plus propre, plus résiliente, plus performante), intègre les standards les plus élaborés en matière de durabilité, de digitalisation et d'efficacité énergétique.
Karim Zidane, pour sa part, relie la dynamique à un objectif industriel plus ambitieux : avancer vers l’idée d’un “avion 100% Made in Morocco”.
Safran insiste sur l’effet d’entraînement attendu : le projet doit attirer de nouveaux fournisseurs dans l’écosystème local. Le groupe annonce également un programme de formation en partenariat avec des acteurs locaux, pour accompagner la montée en puissance du site.
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