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AGRICULTURE

Intempéries du Gharb : agrumes et fruits rouges confrontés à de lourdes pertes

Crues, vents violents et pluies intenses ont fragilisé les cultures d’agrumes et de fruits rouges dans le Gharb, entraînant pertes de production et blocages à l’export. Si ces précipitations apportent un répit hydrique après des années de sécheresse, les professionnels alertent sur des impacts économiques immédiats et des risques durables pour certaines exploitations.

Intempéries du Gharb : agrumes et fruits rouges confrontés à de lourdes pertes
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Le 19 février 2026 à 15h52 | Modifié 20 février 2026 à 13h20

Les intempéries qui ont touché récemment le Gharb et le Loukkos ont laissé des dégâts significatifs dans deux filières emblématiques de ces régions : les agrumes et les fruits rouges.

Entre crues localisées, précipitations intenses et vents violents, les producteurs décrivent une situation contrastée : des pertes importantes sur les zones les plus exposées, mais aussi une pluviométrie perçue comme une "lueur d’espoir" dans d’autres régions, après plusieurs années de sécheresse.

Agrumes : des pertes sur la récolte et un risque durable pour les vergers

Pour Kacem Bennani Smires, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc Citrus), les premiers constats de terrain font état de pertes significatives chez de nombreux producteurs. "L’intensité des précipitations, les débordements d’oueds et les vents violents ont entraîné d’importantes chutes de fruits, notamment pour certaines variétés d’oranges", explique-t-il.

Au-delà de la perte de fruits à court terme, la filière redoute également des impacts matériels et organisationnels. Plusieurs exploitations auraient perdu la totalité de leurs stocks d’intrants, ainsi qu’une partie du matériel agricole, ce qui pourrait compliquer la relance de l’activité et affecter directement les recettes des producteurs.

Mais le point le plus sensible, souligne Maroc Citrus, concerne le risque à long terme. Lorsque des parcelles restent inondées, "les racines s’asphyxient et l’arbre peut mourir", prévient Kacem Bennani Smires. Dans ce cas, la conséquence dépasse la saison en cours : elle peut remettre en cause la pérennité même des vergers.

Le Gharb et le Loukkos, rappelle-t-il, sont des régions stratégiques pour la production d’agrumes, et particulièrement pour l’orange. Ce qui en fait, pour la profession, un point de vigilance majeur.

Une filière déjà fragilisée par la sécheresse

Cette alerte intervient dans un contexte où la filière sort à peine d’une longue période de stress hydrique. Kacem Bennani Smires rappelle qu’après sept années de sécheresse, le secteur a déjà perdu une partie importante de son potentiel. "On a perdu près de 30.000 hectares de superficies de plantation à cause de la sécheresse".

Pour la profession, l’enjeu est double : éviter que les intempéries n’aggravent les pertes déjà enregistrées et préserver un investissement agricole lourd, puisque "lorsqu’on perd un hectare, on le perd pour toujours". Il faut repartir à zéro en replantant, et des années sont nécessaires avant le retour à une pleine production.

Tout en décrivant la gravité des dégâts sur les zones touchées, le président de Maroc Citrus tient à nuancer. "On n’est pas en train de dire que tout est catastrophique". Dans d’autres régions, ces pluies sont perçues comme une amélioration après la sécheresse, redonnant espoir aux agriculteurs et contribuant à la recharge hydrique.

Face à l’ampleur des pertes, Maroc Citrus exprime le souhait d’un appui des pouvoirs publics. "On aimerait pouvoir avoir un soutien (…) pour aider les gens sinistrés à dépasser ce problème", indique Kacem Bennani Smires, évoquant des cas de producteurs confrontés à une récolte perdue, mais aussi à d’éventuelles replantations à engager, avec des coûts lourds.

Fruits rouges : production en baisse, floraison touchée et logistique perturbée

Dans la filière des fruits rouges, les dégâts se manifestent à la fois sur la production, l’organisation du travail et la chaîne logistique. Amine Bennani, président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges, explique que la culture est souvent conduite sous structures métalliques et films plastiques, ce qui a permis à une partie des installations de résister. Mais l’essentiel des pertes se situe ailleurs. "Les gros dégâts, c’est surtout sur la production, la floraison. On démarre le cycle. Donc on va perdre une partie de notre production annuelle".

L’alerte est d’autant plus forte que le secteur accuse déjà un recul à l’export. "Aujourd’hui, on est à 60% de moins que l’année dernière à l’export", affirme-t-il, donnant une indication sur la fragilité du marché en amont même de l’épisode.

Les dégâts concernent l’ensemble des principales productions : fraises, framboises et myrtilles. Et ils ne proviennent pas uniquement des inondations. Dans le Nord, explique Amine Bennani, l’impact majeur est lié aux vents forts et aux pluies soutenues, avec des cumuls importants.

De Kénitra à Larache : près de la moitié de la production marocaine

Les zones les plus touchées se situent dans le Nord, qui représente, selon lui, "presque la moitié de la production marocaine", sur un périmètre allant de Kénitra jusqu’à Larache. Cette concentration géographique rend la filière particulièrement sensible : lorsque cette zone subit des perturbations, c’est l’ensemble du volume national destiné au marché qui est affecté.

Autre facteur aggravant : la raréfaction de la main-d’œuvre durant près de deux semaines. Selon Amine Bennani, des travailleurs provenant de Ksar El Kébir sont devenus inaccessibles en raison des inondations et des évacuations, laissant certaines exploitations sans ressources humaines pour réparer, récolter ou gérer les urgences.

Dans une filière où la récolte et le tri exigent une intervention rapide, cette absence de main-d’œuvre amplifie mécaniquement les pertes et fragilise la capacité à maintenir la qualité export.

Tanger Med : quand la météo bloque la chaîne logistique

Le choc a également été d'ordre logistique. Selon Amine Bennani, la fermeture du port de Tanger Med pendant trois à quatre jours a entraîné de longs retards dans l’acheminement des camions. "Au lieu de prendre quatre ou cinq jours, ils ont pris une semaine, dix jours".

Résultat : une partie des marchandises s’est dégradée, et certains volumes sont devenus invendables sur les marchés européens. "La qualité était très basse, ils n'étaient plus commercialisables", affirme-t-il, pointant un maillon clé : même quand la production est récoltée, la météo peut désorganiser l’export.

Deux filières face au même défi

Agrumes et fruits rouges illustrent deux visages d’un même phénomène : des épisodes climatiques intenses qui génèrent à la fois des pertes immédiates (chutes de fruits, floraison touchée, récoltes compromises), des risques structurels (mortalité des arbres, pertes d’intrants et de matériel, désorganisation durable), et des perturbations logistiques qui pèsent sur l’export.

Si une partie du secteur agricole voit dans les pluies une amélioration après des années de sécheresse, les producteurs du Gharb et du Loukkos soulignent la nécessité d’outils de gestion de crise et de soutien ciblé, afin que l’impact des intempéries ne se traduise pas par des pertes durables de la capacité de production.

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