En réinventant la formation de ses footballeurs en herbe, le Maroc devient un modèle africain
Le Programme national de formation des jeunes talents, initié par la FRMF et piloté par Evosport, filiale de l’UM6P, assure aux jeunes les plus talentueux un parcours sport-études. Salué par la FIFA, ce dispositif, qui combine encadrement professionnel et financement durable, est en passe de faire des émules sur le continent.
Le Maroc réinvente la formation de ses jeunes footballeurs grâce à un programme de formation dont il ne serait pas surprenant qu’il s’exporte bientôt à travers le continent.
Avec le Programme national de formation des jeunes talents, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et Evosport, filiale de l’université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), sont à l’origine d’un modèle alliant sport et études dans un cadre de haut niveau, structuré et exigeant.
Reconnu par la FIFA, ce programme est désormais envisagé par l’instance internationale comme un modèle exportable vers d’autres pays africains. Lancée lors de la saison 2024-2025, cette initiative répond à un constat pour le moins préoccupant.
Depuis plusieurs années, les moyens financiers des clubs étaient majoritairement consacrés à renforcer les rangs de l’équipe première, au détriment de la formation des jeunes talents.

Les lacunes constatées ont donc incité la FRMF et ses partenaires à concevoir un programme complet faisant la part belle à un encadrement qualifié, à un suivi pédagogique et à un accompagnement sportif.
Pour ce faire, des experts étrangers (français, portugais et espagnols) ont été sollicités, tout en impliquant des formateurs marocains que le programme juge aujourd’hui pleinement capables de porter ce projet ambitieux.
Le programme offre aux jeunes de 13 à 18 ans un quotidien rythmé par le ballon rond et les études, à travers un système d’internat et d’externat. Une véritable aubaine pour ces apprenants dans un pays où le football est souvent au centre des intérêts.
Inspiré du succès de l’Académie Mohammed VI, le programme s’étend à plusieurs structures. Il s’appuie sur les centres fédéraux de Saïdia, Béni Mellal, Benguérir, Casablanca et Rabat, ainsi que sur des académies de clubs de première et deuxième division. Au total, ce sont des centaines de jeunes talents qui en bénéficient aujourd’hui.


Le Maroc est devenu un modèle de développement
La FIFA, qui soutient déjà le développement des talents sur le continent africain, a salué l’initiative.
Une délégation a visité le Maroc à deux reprises, notamment les centres de formation du Wydad Athletic Club, du Raja Club Athletic, du Fath Union Sport et de la Renaissance Sportive de Berkane. Ces trois dernières structures ont fait l'objet de reportages en immersion par nos soins.
C’est peu dire que les émissaires de la FIFA ont été agréablement surpris par la qualité du travail accompli jusqu’ici.
Toutefois, de nombreux défis restent à relever pour assurer la réussite du programme. Par exemple, dans certaines académies, le manque de moyens et d’infrastructures limite l’ampleur et la qualité de l’encadrement.

Des frictions peuvent également apparaître entre les employés historiques et les nouveaux formateurs ou personnels mis en place avec le programme, nécessitant un accompagnement attentif et une bonne gestion des équipes.
La proximité avec les joueurs de l’équipe première, souvent admirés par les jeunes, constitue un autre défi. Leur attitude et comportement ne servent pas toujours d’exemple positif.
Enfin, le suivi scolaire des jeunes, bien qu’encadré, gagnerait à être renforcé pour garantir que la réussite académique accompagne toujours la réussite sportive.
Ces contraintes sont identifiées et font l’objet d’initiatives d’amélioration continue afin d’assurer la pérennité et l’impact du programme sur le long terme.

Dans un communiqué, la FRMF précise que "la FIFA soutiendra certains clubs dans la modernisation et la mise à niveau de leurs installations, via des apports financiers versés par l’intermédiaire de la fédération et adaptés aux besoins de chaque club".
Par ailleurs, une conférence dédiée au développement des formateurs marocains est également prévue en avril.
Contacté par Médias24, Ismail Elyoubi, directeur général d’Evosport, affirme que "le Maroc est devenu un modèle de développement, et c’est une fierté pour tout Marocain".

Les licences des jeunes sont établies au nom des clubs
Sur le plan opérationnel, le programme repose sur un modèle financier solide et durable.
Les clubs souhaitant participer délèguent la gestion de leurs structures de formation à Evosport, qui pilote les centres et assure le fonctionnement quotidien grâce à un fonds national de formation alimenté par la FRMF et des partenaires institutionnels comme l’OCP.
Selon nos informations, le coût annuel moyen de fonctionnement d’un centre est d’environ 10 millions de dirhams, tandis qu’un cycle complet de formation pour un jeune entre 13 et 18 ans est estimé à 1,2 million de dirhams.

Les jeunes restent pleinement affiliés à leurs clubs. Il n’existe aucune licence Evosport. Les licences sont établies au nom des clubs et les contrats professionnels sont conclus exclusivement entre le joueur et son club.
Evosport n’intervient pas dans la relation contractuelle, mais met en place des conventions tripartites entre le joueur, le club et la structure, garantissant la répartition équitable des frais de formation.
Lorsqu’un joueur devient professionnel, le club reverse au Fonds national de formation une indemnité fixe, en cohérence avec les standards internationaux de la FIFA, d’environ 300.000 dirhams, toujours selon nos sources.
Des débouchés pour les jeunes qui ne deviendront pas professionnels
Ce mécanisme permet d’alléger la charge financière pour les clubs tout en garantissant la pérennité du fonds, puisque toutes les sommes versées sont réinjectées dans le programme.
Si des excédents apparaissent, ils sont réinvestis dans le développement et l’amélioration des centres, dans l’optique d’accroître l’impact du programme.
Le programme s’étend désormais aux U21 et prévoit également des filières pour les jeunes qui ne deviendront pas professionnels.

Grâce à des partenariats avec la Fondation Mohammed VI pour la santé, OCP et l’UM6P, ces jeunes auront la possibilité de suivre des formations et d’obtenir des diplômes dans les métiers du sport.
Car même dans les meilleurs modèles internationaux, seulement 60% des jeunes issus des centres de formation signent un contrat professionnel.
Pendant au moins une décennie, ce dispositif offrira aux clubs un cadre structurant et durable, professionnalisant la formation des jeunes et sécurisant un modèle vertueux à long terme.
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Tout ce qu’il faut savoir sur le Programme national de formation des jeunes talents est à découvrir dans notre dossier dédié.
https://medias24.com/dossier/football-le-nouveau-modele-de-formation-des-jeunes/
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