Terres de parcours : le retour spectaculaire du couvert végétal relance l’activité pastorale
Éprouvées par sept années consécutives de sécheresse qui ont lourdement impacté les effectifs du cheptel national, les terres de parcours connaissent enfin une évolution résolument positive. En ce début de mois de février, la relance des activités pastorales est manifeste dans plusieurs régions du Maroc.
Les récentes précipitations enregistrées au Maroc profitent grandement aux pâturages du pays, constituant une embellie bienvenue après sept années consécutives de sécheresse.
Alors que ce long épisode de stress hydrique avait sévèrement affecté près de 21 millions d'hectares, cette nouvelle conjoncture favorable vient aujourd'hui soutenir les efforts déployés pour la reconstitution du cheptel national.
En l'espace de deux mois seulement, le paysage marocain s'est radicalement métamorphosé, permettant à de nombreuses régions de renouer avec un hiver plus “normal”. Contrairement aux années précédentes marquées par une diminution du cheptel, le retour de la verdure s'accompagne désormais d'une reprise constatée de l'élevage.
Le centre du Maroc retrouve son tapis vert hivernal
Depuis quelques semaines, de récentes images satellitaires du centre du Maroc montrent clairement le retour de la couleur verte, signe d’un couvert végétal dont la densité n’avait pas été observée depuis 2019.
Parallèlement, le niveau des fleuves majeurs tels que le Sebou, le Loukkos, l'Oum Er-Rabia et la Moulouya est reparti à la hausse. Les eaux souterraines devraient, elles aussi, tirer grand profit de l'excellent niveau d'enneigement enregistré cette saison.
À la faveur de cette dynamique, les retenues des barrages ont franchi un cap important ce lundi 23 février, avec une capacité cumulée de 11,8 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage de 70,6 %.
Évolution du barrage Al Massira entre le 10 janvier 2026 et le 21 février 2026 (imagerie radar)

Le barrage Al Massira, symbole emblématique de la sécheresse qu’a traversée le Maroc ces dernières années, a dépassé le seuil des 750 millions de mètres cubes, un niveau jamais atteint depuis janvier 2019, alors que ses réserves atteignaient rarement 100 millions de mètres cubes à la même période les années précédentes.
De même, en amont, le barrage Ahmed El Hansali avoisine désormais les 70 % de sa capacité, soutenu par la montée des eaux dans les sources de l’Oum Er-Rabia.
La plaine de la Chaouia, zone historique de l’activité céréalière, constitue également une zone de pâturage importante, représentant 15 % des superficies concernées.



Au cours des deux derniers mois, la province de Settat a reçu un cumul pluviométrique de 169 mm, contre seulement 40 mm durant la même période de l’année 2025.

Entre janvier et février 2025, le nombre de jours de pluie a atteint 23 jours sur un total de 51 jours, dont 14 jours avec des précipitations supérieures à 5 mm et 11 jours avec des précipitations dépassant 10 mm.
Cette situation a permis une amélioration significative par rapport à la moyenne enregistrée entre 2001 et 2024, où l’on ne comptait pas plus de 7 jours de pluie dépassant 5 mm, et où les épisodes supérieurs à 10 mm n’excédaient pas 4 jours.
L’évaluation du couvert végétal par les données satellitaires indique qu’il continue d’évoluer au-dessus de la moyenne 2001-2024, et se situe également légèrement au-dessus du niveau de 2019, dernière année pluvieuse marquante au Maroc. Contrairement à l’année 2025, où l’indice de végétation était largement inférieur à la normale, en raison de précipitations tardives, la situation actuelle est nettement plus favorable.

Bien qu’elle n’ait potentiellement pas encore atteint son pic, la couverture végétale dans la région de la Chaouia est largement supérieure à celle observée lors de plusieurs années jugées positives entre 2001 et 2024, notamment 2003 et 2009. Cette dernière représente une année record avec des apports hydriques atteignant 42 milliards de mètres cubes.

Une dynamique positive dans les milieux arides
Si l’impact sur le centre et le nord du Maroc est tout à fait évident, les effets de ces précipitations dépassent les zones agricoles traditionnelles pour s'étendre aux régions arides où le pastoralisme constitue l’activité principale.
Les images satellitaires montrent une nette amélioration du couvert végétal entre Tiznit et Sidi Ifni, une dynamique qui perdure dans le temps grâce aux précipitations exceptionnelles reçues.
Évolution de la couverture végétale au nord de Guelmim, commune de Sbouya

Depuis janvier 2026, la région a enregistré un cumul pluviométrique de 75 mm, ce qui représente le double de la moyenne pour cette même période. Le nombre de jours de précipitations a, quant à lui, dépassé la douzaine.

De son côté, la reprise du couvert végétal observée entre Tiznit, Sidi Ifni et le nord de Guelmim marque une nette amélioration. À partir de la quatrième semaine de janvier, il a dépassé la moyenne enregistrée entre 2001 et 2024. À titre de comparaison, l'année dernière, l’évolution de l’indice de végétation était nettement inférieure à la moyenne des vingt dernières années. Une évolution du couvert végétal d'une telle intensité n’avait pas été observée depuis l’hiver 2010.

Plus au nord, la région d’Essaouira, importante zone de pâturage, connaît une dynamique positive depuis début janvier 2026. Les fortes précipitations reçues (100 mm) ont redynamisé son couvert végétal, dépassant largement la moyenne 2001-2024 qui s'établit à 64 mm.
Évolution de la couverture végétale dans la forêt de l'arganier au sud d'Essaouira

La localité de Tadaroucht, située entre Mrirt et El Hajeb, qui abrite l'unique site d’élevage au Maroc de la race bovine américaine Santa Gertrudis, a également vu son couvert végétal se développer récemment. Pendant les deux premiers mois de 2026, l’évolution de la végétation s'est alignée sur la moyenne entre 2001 et 2024, alors que durant la même période en 2025, elle se situait en dessous de cette normale. En général, la situation dans les régions du Moyen Atlas ne connaît pas de développement végétal important à cette période de l'année, en raison de la persistance du couvert neigeux qui empêche la croissance de la flore.
Évolution de la couverture végétale dans la région de Tadaroucht

Figuig et Sud-Est : une situation stagnante par rapport à l’année dernière
Les régions du Sud-Est et de Figuig-Bouarfa ont reçu des précipitations moins importantes que l’année dernière. Pendant les deux premiers mois de 2026, le nombre de jours de pluie n'a pas dépassé trois jours dans les régions de Figuig, Errachidia et Zagora, tandis que le cumul pluviométrique y dépasse à peine le seuil de 30 mm.
L'indice de végétation, quant à lui, avoisine la moyenne 2001-2024, se situant légèrement en dessous de cette médiane, alors qu’il était largement supérieur à la moyenne en 2025. Dans la province de Figuig, l’indice de végétation est en dessous de la normale.


Dans ces régions, l’activité pastorale dépend principalement des écosystèmes steppiques, adaptés à la rareté des précipitations. Entre 2023 et 2026, plusieurs provinces ont fait l’objet d’une série de campagnes de plantation d’Atriplex, une plante fourragère résistante à la sécheresse, notamment à Figuig, Taourirt, Chichaoua, Rehamna…
Au Maroc, les terres de parcours subissent des dégradations persistantes en raison des sécheresses successives, mais également du surpâturage et de leur faible rendement. À cela s'ajoute le fait que, malgré l’adoption de la loi 113-13 relative à la transhumance pastorale et à la gestion des espaces sylvopastoraux, des conflits fonciers ressurgissent périodiquement entre les éleveurs transhumants et les propriétaires de terres.
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