Le résultat avait provoqué une vive réaction. Le projet de loi, adopté en Conseil de gouvernement le 8 janvier, ne reflétait pas, selon les avocats, les engagements convenus. La mobilisation s’était intensifiée. S’en étaient ensuivies sept semaines de grève, perturbant fortement les juridictions du Royaume et affectant les justiciables.
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Projet de loi sur la profession d’avocat : des discussions en cours, un silence qui interroge
Depuis la fin de la grève, les avocats poursuivent les discussions avec la primature dans la discrétion, alimentant interrogations et spéculations.
Par
Sara Ibriz
Le 2 mars 2026 à 17h05
|
Modifié 3 mars 2026 à
10h24
Depuis l’annonce de la suspension de la grève des avocats et la tenue d’une réunion le 13 février à l’initiative du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, le dossier du projet de loi encadrant la profession semble avoir replongé dans le silence total.
Officiellement, le dialogue est relancé. Concrètement, aucune information précise ne filtre sur l’état réel des discussions entre l’Association des barreaux du Maroc (ABAM) et la primature.
Plus de deux semaines après cette réunion, la question demeure : où en sont les négociations ?
Selon des sources bien informées contactées par Médias24, les échanges se poursuivent. Une autre réunion s'est tenue à la fin du mois de février. “Il y a des discussions en cours”, assure-t-on. Mais impossible d’en connaître le contenu ou les orientations.
La même source évoque une communication plus limitée de la part du président de l’ABAM, Me Houssein Zayani, qui aurait “choisi, une nouvelle fois, la voie de la réserve”.
La présidence de l’ABAM opte pour la discrétion
Cette approche rappelle en effet un précédent encore frais dans les mémoires. Lorsque la grève avait éclaté, plusieurs voix au sein de la profession avaient accusé le président de l’ABAM d’avoir mené des négociations confidentielles avec le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi.
Mais dans une déclaration à la presse, Me Zayani avait expliqué qu’un accord liait les deux parties. Il s’agissait simplement, selon lui, de ne pas divulguer l’état d’avancement des discussions “pour en garantir le bon avancement”.
Aujourd’hui, certains observateurs estiment que le même schéma pourrait se reproduire. La profession ne dispose pas, à ce stade, d’une communication détaillée sur le contenu des discussions en cours. Les avocats, qui ont massivement suivi le mot d’ordre de grève, n’ont pas de visibilité précise sur les concessions envisagées, les articles en débat ou les points déjà tranchés. Cette situation alimente les interrogations et favorise certaines spéculations.
Pour rappel, la fin du mouvement de protestation est intervenue après l’intervention directe du chef du gouvernement. Celui-ci a décidé de reprendre le dossier et de créer une commission conjointe chargée d’examiner le projet de loi. Cette commission, placée sous la supervision de la primature, devait ouvrir un “débat responsable, sérieux et participatif” autour du texte controversé.
Dans la foulée, une décision importante est tombée : le projet de loi n’est pas transmis au Parlement tant que les travaux de la commission ne sont pas achevés. L’exécutif a donc suspendu temporairement le processus législatif. En contrepartie, l’ABAM a annoncé la reprise du travail à compter du 16 février. Les tribunaux ont rouvert leurs portes après plusieurs semaines d’interruption.
Un silence qui ouvre la voie aux spéculations
Jusqu’à présent, de nombreuses dispositions du texte restent peu débattues publiquement. Les représentants de la profession n’ont pas exposé de manière exhaustive l’ensemble des articles qu’ils contestent. Cette communication limitée a pesé sur la compréhension du mouvement, notamment du côté des citoyens.
Car les premiers affectés par les sept semaines de grève restent les justiciables. Retards d’audiences, dossiers bloqués, procédures suspendues... l’impact a été concret. L’ABAM a répété que son action visait à défendre l’intérêt des citoyens et la qualité de la justice. Pourtant, depuis la reprise du dialogue, peu d’éléments ont été communiqués à la profession comme au grand public.
Dans ce contexte, des interrogations se multiplient. Des sources proches du dossier indiquent à Médias24 que le calendrier du projet de loi fait l’objet d’échanges soutenus. Selon ces sources, “le ministre de la Justice souhaiterait voir le texte promulgué durant son mandat, même après des modifications limitées. La lecture de ces sources est que l’enjeu est en partie politique, notamment dans la perspective d’inscrire cette réforme à son bilan”.
Les mêmes sources avancent l’hypothèse d’un jeu d’alliances. “Un avocat influent, parmi les plus anciens de la profession, serait cité comme favorable à une issue proche de la position du ministre, dans une perspective de rapprochement politique entre le PAM (Parti authenticité et modernité) et l’USFP (Union socialiste des forces populaires)”.
Ces éléments relèvent du registre des conjectures. Aucune preuve tangible ne vient étayer ces scénarios. Mais leur circulation illustre un contexte de flou.
L’absence de communication officielle crée un terrain fertile pour les interprétations. Plus le silence dure, plus les hypothèses prospèrent. Dans un dossier aussi sensible, qui engage l’organisation de la profession d’avocat et l’équilibre du système judiciaire, la transparence constitue un levier de confiance.
À ce stade, aucune réponse claire n’émerge. Les discussions se poursuivent, mais dans un cadre non public. Après sept semaines de paralysie, le minimum attendu par la profession et par les citoyens reste une information régulière, précise et assumée.
Sans cela, le dossier du projet de loi sur la profession d’avocat risque de connaître de nouvelles tensions. Et avec lui, la confiance déjà fragile entre les différents acteurs de la réforme.
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Par
Sara Ibriz
Le 2 mars 2026 à 17h05
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