Walid Regragui. Des exploits, mais aussi des faux pas qui coûtent cher
Depuis la Coupe du monde 2022, Walid Regragui entraîne l’équipe nationale dans ses contradictions et son passé. Le flou autour de son avenir crée un contexte anxiogène qui empêche l’équipe nationale d’avancer et affaiblit sa crédibilité aux yeux de ses futurs adversaires. Son temps semble révolu. Il n’est vraiment pas nécessaire de réécrire l’histoire d’une page qui a déjà été tournée.
Par Chady Chaâbi
Rédacteur en chef sport
Walid Regragui a longtemps été considéré comme l’un des meilleurs, mais sa version post-Coupe du monde a été un florilège de contradictions ayant mené à des performances mitigées, marquées par l’inconstance.
Après la formidable épopée du Mondial 2022, le sélectionneur national a tout fait pour entretenir l'illusion de faire partie du gratin mondial des techniciens.
Mais, en réalité, il a été moyen dans le rôle de l’entraîneur extraordinaire, alors qu’il aurait pu être un entraîneur moyen extraordinaire.
Au fond, il est sans doute temps d’arrêter de forcer les choses et de pousser un sélectionneur à revenir préparer une équipe pour répéter les mêmes erreurs.
Revenir avec de l'amertume et la volonté de faire la guerre, alors qu’il serait plus intéressant de chercher la paix.
L’incertitude actuelle dans laquelle est plongé le football de sélection marocain ne sert personne. Elle empêche l’équipe nationale de se projeter vers 2026 et affaiblit son image face à ses futurs adversaires.
Le Brésil, par exemple, observe, analyse et sourit presque à présent que la peur d’autrefois a disparu et que l’avantage psychologique que le Maroc pouvait avoir s’est évanoui.
Le flou sur l’avenir de Walid Regragui ne prend pas uniquement en otage les A. Il bloque toutes les équipes nationales qu’il supervise.
Il aurait sans doute été plus sûr d’avoir un technicien au-dessus de Regragui, à même d'exiger des comptes et de créer une pression saine pour éviter qu’il ne tombe dans la suffisance dans laquelle il a plongé tête la première.
Car le dimanche 18 janvier 2026, jour de la finale de la CAN 2025, aurait dû être une journée de rêve. Or, elle restera gravée dans nos mémoires, rangée dans la case cauchemar.
On est d’accord, Regragui a été fort, mais il n’est plus vraiment dans le top. On a tellement de bons souvenirs de lui. Au lieu de les gâcher, il est temps que tout le monde en soit content plutôt que de réécrire l’histoire d’une page déjà tournée.
Un mandat sous haute tension
Le sélectionneur national a toujours eu le don de se mettre dans des situations délicates, comme lorsqu’il promettait de démissionner si le Maroc n’atteignait pas au moins les demi-finales de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2023 en Côte d’Ivoire.
Pourtant, quelques semaines après la piteuse élimination en huitièmes, il était toujours là, se défendant face caméra à coup de statistiques, alors qu’il refusait de les entendre quand elles le desservaient.
Sur le plan tactique, ses décisions ont souvent participé à cette incompréhension qui accompagnait les matchs de l’équipe nationale.
Deux ans de construction autour d’un jeu de possession se sont effondrés dès les quarts de finale de la CAN 2025.
Si l’on met de côté le huitième face à la Tanzanie, le Maroc a systématiquement eu moins le ballon que ses adversaires au second tour.
Et hormis Ayoub El Kaabi, aucun autre avant-centre n’a trouvé le chemin des filets.
Rigidité tactique, ajustements inexistants… chaque match a mis en lumière les limites d’un plan de jeu dépassé.
Les erreurs sont humaines, mais elles étaient trop nombreuses pour un seul homme :
- Mauvaise gestion du banc : le même onze aligné sur plusieurs matchs, privant les joueurs de fraîcheur ;
- Convocation de joueurs hors de forme ou blessés : des décisions basées sur la réputation plutôt que sur la forme réelle et le mérite ;
- Abandon de la possession au mauvais moment : perte de l’identité de jeu et affaiblissement du contrôle des matchs ;
- Rigidité tactique : absence d’adaptation face aux adversaires et schémas figés.
Quant à son staff, il était composé d’assistants peu expérimentés au très haut niveau, qui entretenaient un climat de flagornerie.
En somme, le Maroc est le prototype d’une équipe au potentiel offensif exceptionnel, mais bridée par des choix discutables et un manque de cohérence.
Une génération en or sous-exploitée
Achraf Hakimi, Brahim Díaz et leurs coéquipiers forment une génération exceptionnelle. Mais le talent seul ne suffit pas.
Il faut une direction claire, des rotations intelligentes et des choix d’hommes adaptés pour que l’équipe avance sur des lignes nettes et devienne son propre train en marche.
Lorsque le sélectionneur reste accroché au passé, le talent peut difficilement s’exprimer. Les adversaires, eux, le remarquent immédiatement. Une équipe qui pourrait inspirer la crainte devient vulnérable.
Néanmoins, arriver en finale malgré toutes ces incohérences et la perte de Azzedine Ounahi reste un mérite. Mais cette réussite partielle ne doit pas masquer les erreurs structurelles.
D’où l’importance d’un leadership clair, capable de tirer le meilleur de chaque joueur et de construire une équipe qui ne vacille pas au moindre doute.
Pour que le Maroc arrive prêt à la Coupe du monde 2026 et que cette génération écrive sa propre histoire, il faudra accepter que certains chapitres se referment. Il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de construire l’avenir sur de nouvelles bases saines et solides.
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