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POLITIQUE

Sahara : de la Papouasie aux Chagos, ces précédents qui renforcent la position marocaine

Relancées sous impulsion américaine, les négociations sur le Sahara ne visent pas, pour Rabat, à faire reconnaître une souveraineté qu’il tient pour acquise, mais à clore un différend prolongé. Une position appuyée par une lecture historique et juridique du dossier, ainsi que par des précédents internationaux qui remettent en cause l’idée d’un soi-disant référendum d'autodétermination comme passage obligé.

Sahara : de la Papouasie aux Chagos, ces précédents qui renforcent la position marocaine
Archipel de Chagos, dans l'océan Indien. Un territoire britannique en plein processus de décolonisation.
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Le 17 mars 2026 à 16h12 | Modifié 17 mars 2026 à 17h08

Depuis le mois de janvier 2026, les négociations entre le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie ainsi que le mouvement séparatiste du polisario avancent à cadence accélérée.

La raison, c'est la pression impulsée par l'administration Trump, bien décidée à mettre en œuvre la résolution 2797 du Conseil de sécurité donnant la prééminence au plan d'autonomie marocain du 11 avril 2007 comme base pour une solution "juste, durable et mutuellement acceptable" au différend autour du Sahara.

Mais en tout cas, et malgré les tentatives manifestes du duo algéro-polisarien de gagner du temps, de chercher encore à remettre sur le tapis l’option référendaire abandonnée par les instances onusiennes elles-mêmes, il est plus que jamais établi que "le Maroc restera dans son Sahara, et le Sahara demeurera dans son Maroc jusqu’à la fin des temps", pour reprendre la célèbre formule du Roi Mohammed VI.

Une souveraineté acquise

Ceci n'implique pas pour autant que ce soit la souveraineté du Maroc sur son Sahara qui soit actuellement en jeu. Bien au contraire, la décolonisation de la région est un fait d'ores et déjà accompli. Une lecture légaliste et légale qui s'appuie sur les accords de Madrid, signés le 14 novembre 1975 avec l'Espagne et la Mauritanie pour que le Maroc récupère sa province historique de Sakia El Hamra, suivie quatre ans plus tard par celle de Oued Ed Dahab après que le voisin du Sud y a renoncé à ses revendications au titre de l'accord d'Alger du 5 août 1979.

À vrai dire, la véritable interprétation à faire des tractations en cours, c'est qu'elles ont trait à la cessation des hostilités du régime algérien, qui instrumentalise depuis le milieu des années 1970 la question du Sahara à des fins d'hégémonie maghrébine. À ce titre, le polisario constitue, en dernière analyse, l'instrument opérationnel d'une politique régionale anti-marocaine, et nullement un soi-disant représentant de la population sahraouie, dont il faut rappeler que l'écrasante majorité est toujours demeurée au Maroc et non à Tindouf.

Cela étant, le contexte régional de la guerre froide, où le Maroc était généralement perçu — à tort — comme un bastion pro-occidental, a largement joué en sa défaveur, au point que l'Organisation de l'unité africaine (OUA), dont les prémisses ont pourtant été dues au Roi Mohammed V à travers la réunion de Casablanca de janvier 1961, a fini par admettre la pseudo "république arabe sahraouie démocratique" autoproclamée par le polisario en novembre 1984. Une incongruité juridique, dans la mesure où cette entité fantoche ne réunit aucun des éléments constitutifs de l'État retenus par le droit international (population permanente, territoire défini, gouvernement effectif, capacité d’entrer en relations avec les autres États).

Madrid, Djemââ et lecture du droit international

Autrement, les accords de Madrid suffisent en eux-mêmes à entériner la marocanité du Sahara, sans nul besoin de s'asseoir à table avec l'Algérie et le polisario pour formaliser la chose.

Leur point 3 notamment, largement éludé dans la vulgate séparatiste, dispose éminemment que dans la perspective de la décolonisation du Sahara, "l'opinion de la population sahraouie, exprimée par l'intermédiaire de la Djemââ, sera respectée", en référence à cette assemblée coutumière et représentative qui tenait lieu, dans les dernières années de la colonisation espagnole, de parlement régional. Et le fait est que le 26 février 1976, veille du départ définitif de l'Espagne après plus de 91 ans de présence coloniale, la Djemââ avait, clairement et massivement, privilégié le rattachement du Sahara atlantique à l'établissement d'un État indépendant sans avenir.

Les partisans de la thèse algérienne opposent généralement à cela, comme ils le font même eu égard au régime d'autonomie, qu'il ne s'agirait pas là d'un processus d'autodétermination dans la mesure où aucun référendum englobant n'a été organisé. Or, un tel argument repose sur une lecture excessivement restrictive, et surtout sélective, de la pratique internationale.

Car dans d’autres cas de décolonisation examinés par les Nations unies, l’expression de la volonté des populations concernées n’a pas nécessairement pris la forme d’un suffrage universel direct. Un précédent souvent cité, c'est celui de l’Acte de libre choix de 1969 en Nouvelle-Guinée néerlandaise, consécutif à un accord entre les Pays-Bas et l’Indonésie après des années de tension sur le devenir de ce territoire d’Asie du Sud-Est, et qui a consisté en une consultation par l’intermédiaire de 1.025 représentants désignés selon des dispositifs conformes au contexte local.

Suite à cela, la province concernée, qui porte aujourd'hui le nom de Papouasie, a été intégrée à l'État indonésien, et ce avec l'assentiment de l’Assemblée générale des Nations unies par la voix de sa résolution 2504. Et à ce que l'on sache, Alger n'y conteste pas aujourd'hui la souveraineté de Djakarta.

Le précédent des Chagos

Un autre précédent, plus récent et autrement plus éclairant, est celui des Chagos. Il s’agit d’un petit archipel de l’océan Indien que le Royaume-Uni avait détaché, en novembre 1965, de Maurice, alors elle-même colonie britannique, pour en faire un territoire distinct destiné à accueillir, avec l’appui des États-Unis, une infrastructure militaire stratégique autour de l’île de Diego Garcia.

Or c’est précisément cette séparation que la Cour internationale de justice (CIJ) a remise en cause dans son avis consultatif du 25 février 2019, en considérant que les Chagos n’auraient jamais dû être dissociés de Maurice, et que la décolonisation de cette dernière n’avait pas été légalement menée à son terme tant que l’archipel lui demeurait soustrait. Autrement dit, pour la Cour, Maurice et les Chagos relevaient d’un même ensemble territorial, dont le démembrement avait empêché l’achèvement régulier du processus d'indépendance.

C'est ce raisonnement qui a ensuite donné lieu à l'accord politique annoncé en octobre 2024 entre Londres et Port-Louis, suivi en mai 2025 par un traité par lequel le Royaume-Uni reconnaît que Maurice est souveraine sur les Chagos dans son intégralité, y compris Diego Garcia, tout en prévoyant parallèlement des arrangements spécifiques pour l’usage militaire de cette dernière. Et cela, sans que soit nulle part prévue l’organisation d’un quelconque référendum.

Cinquante ans de conflit

Soit dit en passant, la jurisprudence de la CIJ apparaît ici à tout le moins dissymétrique, en ce sens que, suivant la même logique, elle aurait dû, dans son prononcé du 16 octobre 1975, tirer pleinement les conséquences des liens juridiques qu’elle reconnaissait elle-même entre le Sahara et le Maroc, et ainsi conforter la restitution de la région à son cadre naturel. Néanmoins, elle a malheureusement ouvert la voie, en lieu et place, à un interminable feuilleton dont ni les Sahraouis ni leurs compatriotes du reste du Royaume n’ont réellement profité, à l’exception notable de l’Algérie.

Il aura donc fallu cinquante ans d’une bataille diplomatique acharnée, corrélée à seize ans de guerre meurtrière, pour que le Maroc en arrive à faire valoir des droits qui, dès l’origine, n'ont jamais souffert de contestation historique et juridique.

Et c’est dire aussi que les rounds de pourparlers en cours procèdent avant tout de la volonté d’en finir avec une atteinte terroriste à son intégrité territoriale, tout en menant à son terme un processus susceptible de permettre peut-être enfin à la région de sortir définitivement d’un conflit qui depuis trop longtemps obère ses perspectives.

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