Sardines marocaines : les conserveries espagnoles s’inquiètent de la suspension des exportations
La décision du Maroc de suspendre l’exportation de sardines congelées pendant douze mois suscite l’inquiétude de l’industrie de transformation espagnole. Des professionnels du secteur alertent sur les risques pour l’activité, l’emploi et l’équilibre du marché européen.
La suspension des exportations marocaines de sardines congelées, entrée en vigueur le 1er février 2026 dans un contexte de raréfaction de la ressource et de hausse des prix sur le marché national, s’inscrit dans une logique de régulation visant à préserver les stocks halieutiques et à protéger le pouvoir d’achat des consommateurs. Mais en Espagne, des conserveries et industries de transformation, relayées par des médias locaux, estiment que cette mesure pourrait avoir des répercussions significatives sur l’ensemble de la filière européenne.
Selon l’association professionnelle Anfaco-Cytma, basée à Vigo, cette décision "pourrait avoir un impact significatif sur l’activité et l’emploi" dans les usines espagnoles et européennes dépendantes des approvisionnements marocains. L’organisation considère par ailleurs qu’elle soulève, selon elle, des interrogations d’ordre commercial et juridique, et indique avoir saisi à ce sujet les autorités marocaines, le gouvernement espagnol ainsi que la Commission européenne.
L’association rappelle que, face à la pénurie de sardines, les autorités marocaines ont choisi de privilégier l’approvisionnement du marché intérieur et des unités locales de transformation, une orientation assumée par Rabat, qui met en avant la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire nationale et la valorisation locale de la ressource.
Le Maroc est en effet le principal fournisseur hors Union européenne de produits à base de sardines, tout en étant un concurrent direct de l’industrie espagnole, dont le principal débouché reste l’UE-27. Cette double position illustre la montée en puissance du secteur halieutique marocain, à la fois à l’export et dans la transformation.
Pour illustrer l’ampleur des enjeux, Anfaco-Cytma avance plusieurs données. Durant les dix premiers mois de 2025, l’Union européenne a importé 17.538 tonnes de sardines marocaines en conserve, soit près de 89 % des importations en provenance de pays tiers. Sur la même période, les 24.700 tonnes de sardines congelées exportées vers l’Espagne représentaient environ 94 % des importations hors UE. À titre de comparaison, la production espagnole de sardines en conserve s’est établie à 13.503 tonnes en 2024.
Dans des déclarations relayées par la presse locale, le secrétaire général de l’association souligne le caractère "contradictoire" de la décision marocaine, visant selon lui à protéger l’approvisionnement national tout en soutenant la production locale destinée à l’export. Il appelle à un réexamen de cette mesure, qu’il juge défavorable aux intérêts des industriels concernés.
Tout en affirmant partager les préoccupations liées à la durabilité des stocks halieutiques, l’industrie espagnole considère que la suspension des exportations ne constitue pas une réponse adéquate. Elle plaide plutôt pour une "gestion technique des ressources", appuyée notamment par des institutions scientifiques spécialisées, ainsi qu’un renforcement du contrôle des débarquements.
Les professionnels insistent également sur la nécessité de garantir la proportionnalité et la justification des mesures susceptibles d’affecter le commerce international, en invoquant les dispositions de l’accord d’association entre le Maroc et l’Union européenne, ainsi que les règles de l’Organisation mondiale du commerce.
Du côté marocain, cette suspension vise à contenir les tensions sur l’offre nationale et stabiliser les prix, dans un contexte marqué par la baisse des captures de sardines, et s’inscrit dans une approche de gestion durable et souveraine des ressources halieutiques.
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