Casablanca-Settat : le grand plan pour transformer les transports et réduire la pollution
Avec plusieurs projets d’infrastructures en cours, dont le développement d’un RER métropolitain et de nouvelles lignes de transport, la région engage des investissements majeurs pour améliorer la mobilité et contenir la dégradation de l’air.
Casablanca ne se contente plus de rêver de grandeur ; elle planifie sa mutation. Dans une métropole qui concentre 35% du parc automobile national et voit sa population croître de 100.000 habitants par an, la question de la mobilité n’est plus une simple commodité, mais un "levier de développement territorial" vital. C’est le message porté par Abdellatif Maâzouz, président de la région Casablanca-Settat, lors de l’ouverture d’une série de tables rondes, intitulée "La mobilité régionale à l’ère des grands événements internationaux au Maroc : enjeux, défis et perspectives"
Avec 8 millions d’habitants et près de 10 millions de personnes présentes quotidiennement sur son sol en journée, la région fait face à un défi logistique colossal. Actuellement, 625.000 déplacements intercommunaux sont enregistrés chaque jour, dont 50% s'effectuent via des moyens de transport individuels.
"Si nous laissons les choses évoluer naturellement, nous irons vers une véritable asphyxie", a prévenu Abdellatif Maâzouz. Face au constat que le transport ferroviaire ne représente aujourd'hui qu'un peu plus de 1% de la mobilité régionale, l’objectif est désormais de faire du rail "l’épine dorsale " du transport, complété par un réseau de bus et de taxis restructuré.
Pour opérer cette transition, la région a déjà engagé plus de 10 milliards de DH d’investissements pour des projets phares, et notamment le Réseau express régional (RER). Prévu pour être opérationnel en 2029, il comptera 18 stations et permettra à chaque citoyen d’accéder à un transport public en moins de 12 minutes (6 minutes dans le centre de Casablanca).
L’offre de transport routier n’est pas en reste :
- Bus : Après un renouvellement massif du parc, 900 nouveaux bus seront acquis entre 2025 et 2027.
- LGV : La ligne à grande vitesse Tanger-Marrakech desservira trois arrêts stratégiques dans la région : Benslimane (près du futur grand stade), Casa Sud et Nouaceur.
- Hub Casa Sud : Situé près du quartier Al Nassim, ce pôle multimodal aspire à devenir l’une des trois plus grandes gares d’Afrique, connectant l’aéroport, le stade et le centre-ville.
Le Mondial 2030 agit comme un accélérateur de particules pour ces projets. Les exigences de la FIFA sont claires : au moins 75% des spectateurs devront se rendre au stade via les transports publics.
Pour le futur Grand Stade Hassan II de 115.000 places, cela signifie acheminer et évacuer 75.000 personnes en moins d’une heure. Un défi logistique que la région compte relever grâce à l’intermodalité et à une plateforme digitale intelligente facilitant le passage fluide d'un mode de transport à l'autre.
Au-delà de l'aspect économique, Abdellatif Maâzouz a insisté sur la dimension écologique. La pollution tue plus que le Covid", a-t-il rappelé, soulignant que le déploiement des transports propres (tramway, bus nouvelle génération, rail) a déjà permis de faire passer les indicateurs de qualité de l'air de "rouge" à "vert" dans plusieurs zones de la métropole. L'investissement dans une décharge moderne de 16 milliards de DH participe également à cette vision d'une région durable et respirable.
L'un des points cruciaux soulevés est celui de la gouvernance. Pour sortir de la gestion fragmentée par commune, la région travaille avec l’expertise du bureau Transitec et un partenariat avec la région Île-de-France. L'idée est d'élargir les compétences de Casa Transport à l'échelle régionale pour créer un régulateur unique capable de coordonner l'ensemble des opérateurs (ONCF, RATP, bus, taxis).
Les panels de discussion ont permis de confronter l’expérience marocaine aux standards internationaux.
Iatimad El-Rhayami de Casablanca Transport a souligné que la CAN avait servi de laboratoire pour tester la résilience du réseau, qui transporte déjà 720.000 voyageurs par jour. Le renforcement de la cybersécurité et le déploiement de 900 caméras de surveillance marquent une accélération technologique sans précédent.
Cédric Aubouin (Île-de-France Mobilités) et Christophe Thentorey (RATP Dev) ont apporté l'éclairage des JO de Paris 2024. Selon eux, la réussite repose sur une autorité organisatrice unique capable de piloter un système intégré. À Paris, l’offre a été augmentée de 30% pour les Jeux, une prouesse rendue possible par une planification rigoureuse et une communication multilingue en temps réel.
La seconde table ronde a mis en exergue le rôle crucial de l'innovation. Oum Kalthoum Ammar (UM6P) a plaidé pour une transition de la mobilité "réactive" vers une mobilité "prédictive". Grâce à l’intelligence artificielle, les opérateurs pourront demain anticiper les congestions et réorienter les flux, non pas vers l’itinéraire le plus court, mais vers le plus capacitaire.
Cependant, Hervé Martinez (École Centrale) et Patrick Vautier (RATP Dev) ont rappelé que la technologie ne fait pas tout. Pour réussir le report modal, c'est-à-dire inciter les citoyens à abandonner leur voiture, le transport public doit devenir "désirable", moderne et même "Instagrammable".
"Les gens perdent confiance s'ils attendent plus de 4 minutes", a prévenu Patrick Vautier, insistant sur la nécessité d'une fréquence élevée.
Majid Bendjaballa (IDFM) a enfin souligné l'importance d'une tarification simple et intégrée.
Cette rencontre a démontré que si les grands événements sportifs sont des accélérateurs de projets, leur véritable succès résidera dans l'héritage laissé aux Marocains. L'objectif final reste une mobilité inclusive, accessible financièrement et respectueuse de l'environnement. Le rendez-vous est pris pour 2030, mais c'est dès aujourd'hui que se construit le Casablanca de demain.
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