Nearshoring. La guerre au Moyen-Orient relance la carte marocaine dans le textile mondial
Après avoir profité du nearshoring dans le sillage du Covid, le Maroc voit l'opportunité revenir avec la guerre au Moyen-Orient, qui fragilise à nouveau les chaînes asiatiques. Cette fois, l’enjeu est de transformer cette fenêtre conjoncturelle en avantage structurel.
La guerre au Moyen-Orient a déclenché une crise logistique, laquelle frappe à nouveau les chaînes de la fast fashion. La guerre a perturbé le fret aérien depuis l’Asie du Sud, avec des expéditions bloquées et des coûts de transport en forte hausse.
Ainsi, quand les routes asiatiques se grippent, l’avantage de la proximité redevient décisif. Et c’est ce que le Maroc devrait saisir.
"La guerre au Moyen-Orient fait vaciller une partie des flux d’approvisionnement entre l’Asie du Sud et l’Europe. Le Maroc, déjà bénéficiaire du nearshoring post-Covid, se retrouve en position idéale pour capter une partie des relocalisations que pourrait opérer Inditex", poursuit notre interlocuteur.On n’a pas raté le nearshoring, mais on ne l’a pas encore transformé en modèleRedouane Lachgar estime que le Maroc doit intégrer le nearshoring de manière structurelle.
"La guerre au Moyen-Orient montre que les marques européennes auront de plus en plus besoin d’une base productive proche, réactive et sécurisée. La fenêtre existe. Elle ne restera pas ouverte longtemps", précise Redouane Lachgar.
Selon lui, l’enjeu ne se limite plus à saisir des opportunités ponctuelles. Il s’agit de s’imposer comme un partenaire fiable et rapide pour les donneurs d’ordres européens.
"Il ne suffit plus d’être une solution de secours quand l’Asie est en difficulté. Il faut devenir une option rapide et fiable pour les donneurs d’ordres européens, surtout dans la fast fashion où les délais, la flexibilité et la rapidité comptent autant que les coûts. Cela suppose une montée en gamme de l’offre industrielle, une logistique plus robuste, une meilleure sécurisation des intrants et une exécution plus rapide. Cette logique est d’autant plus cohérente que l’Union européenne cherche elle-même à construire un écosystème textile plus résilient face aux chocs mondiaux", précise notre source.
Le Maroc, une alternative crédible face au risque asiatique
Pour Redouane Lachgar, Inditex fait face à un paradoxe. Le groupe continue de consolider la part des marchés asiatiques dans son approvisionnement, alors même que cette dépendance représente un risque.
"Le paradoxe est là. Alors même que les tensions géopolitiques renforcent la valeur de la proximité, Inditex a encore accru en 2025 le poids de l’Asie dans son appareil productif. Selon le décompte publié par Modaes à partir du rapport annuel du groupe, 61,83% des usines fournisseurs d’Inditex se trouvent désormais en Asie, tandis que les sources de proximité en Europe et en Afrique sont retombées à 37,73%".
Dans le même sens, il convient de rappeler que le Maroc avait gagné des parts de marché grâce à sa proximité avec l’Europe, avec des délais de livraison de 7 à 10 jours contre 40 à 60 jours depuis l’Asie et des coûts salariaux compétitifs.
Par ailleurs, Redouane Lachgar souligne que le Maroc réunit plusieurs atouts qui en font une option particulièrement attractive pour Inditex, notamment dans la fast fashion.
"Inditex va-t-il, comme en 2020-2021, revoir sa politique de sourcing et redéployer une partie de sa production sur le pourtour méditerranéen ? C'est la question que se posent aujourd’hui plusieurs acteurs du secteur. Plusieurs éléments plaident en faveur du Maroc :
- Le risque d’Ormuz et les fortes perturbations du fret aérien via les hubs du Golfe rendent l’Asie beaucoup moins attractive en urgence.
- Le groupe a déjà une base solide au Maroc.
- Les salaires marocains restent très compétitifs face à l’inflation asiatique.
Si Inditex décide de rapatrier ne serait-ce que 5% à 10% de sa production asiatique vers le Maroc et la Turquie, cela représenterait plusieurs centaines de millions d’euros d’exportations supplémentaires pour le Royaume d’ici 2027-2028", précise notre interlocuteur.
"Le Maroc, qui a déjà démontré sa résilience post-Covid, dispose aujourd’hui d’une carte maîtresse : la proximité, la fiabilité et la rapidité. Reste à savoir si les décideurs d’Arteixo (siège d’Inditex) sauront saisir cette nouvelle opportunité… avant que la concurrence (H&M, Shein, Temu) ne le fasse", conclut-il.
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