Liamine Zeroual, président de l’Algérie durant la “décennie noire”, est mort
Dirigeant d’une Algérie en guerre civile dans les années 1990, il a tenté de conjuguer dialogue et fermeté, tout en prenant des décisions aux répercussions durables, à l’image de la fermeture de la frontière avec le Maroc en 1994, restée inchangée depuis.
L’ancien président algérien Liamine Zeroual, qui a dirigé l’Algérie de janvier 1994 à avril 1999 durant la période de la "décennie noire", marquée par l’affrontement entre l’armée et les groupes islamistes, est décédé samedi 28 mars 2026, a annoncé la présidence algérienne, qui a décrété trois jours de deuil national sur l’ensemble du territoire et dans les représentations diplomatiques à l’étranger.
Ancien officier de carrière et vétéran de la guerre d’indépendance, Zeroual, né le 3 juillet 1941 à Batna, avait été porté à la tête de l’État à l’issue de la période du Haut Comité d’État, organe collégial dirigé notamment par Mohamed Boudiaf puis par Ali Kafi, avant de remporter en novembre 1995 la première présidentielle pluraliste du pays.
Son passage au pouvoir s’inscrit dans l’une des phases les plus intenses de la guerre civile, à laquelle il ne parvient pas à mettre fin. Il avait tenté d’ouvrir des canaux de dialogue avec le Front islamique du salut (FIS), tout en maintenant une ligne sécuritaire ferme. Une loi de clémence adoptée en février 1995 contribuera, deux ans plus tard, au cessez-le-feu unilatéral de l’Armée islamique du salut (AIS), sans toutefois mettre fin au conflit, qui se poursuivra jusqu’au début des années 2000.
Au Maroc, son nom reste associé à une séquence lourde de conséquences pour toute la région. C’est sous sa présidence qu’Alger a fermé, en août 1994, la frontière terrestre avec le Royaume, dans la foulée de l’attaque terroriste de l’hôtel Atlas Asni à Marrakech, qui avait fait deux morts, et de la décision des autorités marocaines d’imposer des visas pour des raisons de sécurité, après avoir établi l’implication de ressortissants algériens. Plus de trente ans plus tard, la décision algérienne reste toujours en vigueur.
Largement retiré de la vie publique après son départ anticipé, annoncé en septembre 1998 avant la passation de pouvoir à Abdelaziz Bouteflika, Zeroual avait refusé de revenir sur le devant de la scène à la fin des années 2000, alors que plusieurs appels, notamment politiques et militaires, l’avaient incité à se porter candidat à l’élection présidentielle de 2009. Même lors de la crise de 2019, marquée par le mouvement de protestation du Hirak et la chute de Bouteflika, son nom avait circulé comme possible figure de transition, sans qu’il n’accepte de jouer un rôle actif.