Après les débuts de Mohamed Ouahbi, l’heure des premiers enseignements
À moins de deux mois de la Coupe du monde 2026, les débuts de Mohamed Ouahbi offrent déjà des éléments d’analyse sur les orientations de l’équipe nationale, ses certitudes… et ses axes d’amélioration.
Le Maroc a achevé son premier rassemblement sous la houlette de Mohamed Ouahbi avec une impression contrastée, mais aussi des perspectives encourageantes.
Les prestations des Lions de l’Atlas ont oscillé entre séquences prometteuses et phases plus poussives. En toute logique, le Maroc a donné le sentiment d’une équipe en construction, encore à la recherche de repères collectifs.
En tout cas, les coéquipiers d’Achraf Hakimi en ont fait suffisamment pour nous donner envie de les revoir cet été, sous le soleil de la côte est des États-Unis.
C’est dans cette région du globe que l’équipe nationale posera ses valises lors du premier tour de la Coupe du monde 2026. Versée dans le groupe C, elle sera opposée au Brésil, à l’Écosse et à Haïti. L’ensemble des matchs est programmé à 23 h GMT :
- Maroc-Brésil, samedi 13 juin au MetLife Stadium (New Jersey) ;
- Maroc-Écosse, vendredi 19 juin à Boston ;
- Maroc-Haïti, mercredi 23 juin à Atlanta.
En attendant, voici les premières conclusions tirées de cette fenêtre internationale de l’ère Mohamed Ouahbi, sur les plans collectif et individuel.

Le système en 4-2-3-1 assure une meilleure protection... enfin presque
Déjà, en termes de résultat, le Maroc a su revenir au score dans un match qu’il pouvait perdre, et ne pas laisser échapper la victoire dans une rencontre qu’il a eu du mal à gagner.
L’Équateur comme le Paraguay ont opposé au Maroc différents défis dans des registres distincts, et surtout avec des styles hétérogènes.
"Je n’ai pas choisi les adversaires, mais j’étais très heureux de les affronter, car nous avons dû faire face à des problématiques différentes", s’est réjoui le sélectionneur national lors de la conférence qui a suivi la victoire sur le Paraguay.
Mais avant d’entrer dans le détail et les particularités de chaque rencontre et adversaire, il convient de noter que les hommes de Mohamed Ouahbi ont su répondre à des défis communs.
Même s’ils ont eu du mal à suivre en première mi-temps contre l’Équateur, les Lions de l’Atlas ont réussi à élever leur niveau d’intensité et d’agressivité face à deux sélections qui partagent le goût pour le combat.
Les Marocains ont donc haussé le ton pour se mettre à la hauteur des exigences imposées par des sélections sud-américaines qui, à défaut de briller sur le plan technique, sont incollables dans les duels.
Un ressenti corroboré par plusieurs indices de performances collectives, dont une supériorité en termes de duels défensifs remportés (60 %), mais aussi davantage de ballons récupérés que les joueurs adverses.
Le choix du sélectionneur d’aligner un double pivot devant la défense n’y est pas étranger. Le système en 4-2-3-1 assure une meilleure protection de la ligne défensive, et surtout une meilleure aptitude à gagner la bataille de l’entrejeu.

En plus d’une agressivité remarquable dans le bon sens du terme, les associations Neil El Aynaoui/Hrimate ou El Mourabet ont diversement donné satisfaction en matière de couverture, de placements, de marquage préventif.
Une forte densité de joueurs techniques
En phase de possession, la volonté d’installer une équipe portée sur la créativité s’est clairement dégagée.
Face à l’Équateur, cette orientation s’est traduite par le même système, mais une animation offensive marquée par l’utilisation d’un faux numéro neuf et une forte densité de joueurs techniques dans les zones offensives.
Si l’idée était d’additionner les internationaux les plus créatifs afin de se créer des occasions à la pelle et d'améliorer les productions offensives de l’équipe nationale, l’entreprise de Mohamed Ouahbi n’a réussi qu’à moitié.
Ses protégés ont certes inscrit trois buts en deux rencontres, mais ils ne se sont pas créé pléthore d’occasions selon leurs scores xG cumulés (2,4).
La faute notamment à une circulation du ballon assez lente par moments, et à un manque de mouvement et de courses dans le dernier tiers.

De surcroît, l’occupation de la surface de réparation n’a pas été optimale. D’ailleurs, que ce soit face à l’Équateur ou au Paraguay, la bascule est intervenue après la pause. Avec plus de verticalité, des courses et des dédoublements sur les côtés, à l’image des deux buts inscrits contre le Paraguay, où les courses à haute intensité d’Achraf Hakimi ont pris à défaut l’organisation défensive des Paraguayens.
Les sorties de balle à partir des positions basses ont également offert de belles séquences aux supporters. Preuve en est l’ouverture du score contre la Albirroja, intervenue au bout d’une action construite où les déplacements et le jeu de position de chacun étaient quasi parfaits.
Marrocos é o primeiro país africano a aderir as matrizes do Jogo de Posição. Gol desde o tiro de meta contra o Paraguai - pic.twitter.com/WiBJ5cUX2Q
— Higor Santos (@HigorSantos_10) April 1, 2026
Vous l’aurez compris, les secondes périodes ont été nettement plus abouties, à travers des ajustements qui témoignent de l’excellente lecture du match par le staff de l’équipe nationale. Une qualité loin d’être anodine dans un contexte de temps de travail réduit.
Un équilibre encore à trouver
Avoir des intentions offensives claires et identifiables, c’est ce qui est demandé à Mohamed Ouahbi après avoir cristallisé les critiques à l’égard de son prédécesseur, Walid Regragui.
Toutefois, ces deux versions de l’équipe nationale se rejoignent. Puisque le principal chantier reste celui de l’équilibre. La volonté de miser sur la créativité implique une prise de risque, notamment dans les phases de transition.
Or, le Maroc a montré certaines fragilités à la perte du ballon, avec des espaces parfois mal contrôlés et une structure défensive encore perfectible.

L’animation défensive, notamment la balance offensive, devra être ajustée. Le Maroc nécessite un cadre afin de soutenir ses ambitions offensives sans se déséquilibrer.
La compacité du bloc équipe dans le camp adverse est non négociable pour régler les défaillances du Maroc en phase de transition.
L’instauration de la charnière Issa Diop-Nayef Aguerd, une doublette extrêmement complémentaire, aura pour effet de consolider le tout et surtout d’apporter davantage de sécurité dans la gestion de la profondeur.
Des individualités qui commencent à se dégager
Au-delà des enseignements collectifs, cette première fenêtre internationale a également permis de faire émerger quelques tendances individuelles, sans conclusions définitives, mais avec suffisamment d’indices pour esquisser des hiérarchies en construction. Bien évidemment, Mohamed Ouahbi n’a voulu ni accabler les uns ni encenser ceux qui ont brillé.
Pour lui, personne n’a perdu de points en vue du Mondial 2026. Mais nous ne sommes pas obligés de le croire sur parole.
Dans un rôle de leader offensif, Achraf Hakimi confirme son importance structurelle dans le dispositif (3 passes décisives). Toujours aussi influent dans les phases de projection, il reste l’un des principaux déclencheurs du déséquilibre marocain. Sa capacité à attaquer l’espace, à fixer puis à casser les lignes adverses par la course en fait une pièce maîtresse du système offensif.
Toujours dans le secteur défensif, Issa Diop a été impérial dans les airs, mais moins dominant dans la relance. Il était également en difficulté à chaque fois qu’il devait se retourner et courir vers son but.
À ses côtés, Redouane Halhal a donné plus de garanties que Chadi Riad, dont la responsabilité sur l’ouverture du score de l’Équateur était clairement engagée.
Halhal a pour sa part fait montre de bonnes dispositions à la relance, que ce soit par la passe ou la conduite du ballon. Le joueur du KV Mechelen (D1 belge) a aussi été intraitable dans les duels.
Mais, excepté Issa Diop, aucun de ces joueurs ne pourra concurrencer Nayef Aguerd, qui se remet de son opération censée régler une pubalgie tenace.
Au milieu de terrain, Neil El Aynaoui s’impose progressivement comme l’homme fort de l’entrejeu. Sa lecture du jeu, son goût pour le combat et son profil box-to-box (2 buts marqués) sont d’une grande utilité pour l’équipe nationale.

Samir El Mourabet a libéré Neil El Aynaoui
Et autant son association avec Mohamed Rabie Hrimate n’a pas entièrement donné satisfaction, autant celle avec Samir El Mourabet fut une grande réussite, du moins en termes d’intensité et de complémentarité.
Impressionnant par son volume de jeu, le Strasbourgeois a été juste dans ses choix et propre dans l’utilisation du ballon. Il a libéré psychologiquement et tactiquement Neil El Aynaoui.
Devant eux, dans une position de numéro dix hybride, ni Azzedine Ounahi, ni Bilal El Khannouss n’ont été à la hauteur des attentes par manque de constance.
Mais il est vrai que Bilal El Khannouss a marqué des points. Entre les lignes, il demeure l’un des rares profils capables de créer des différences dans les zones intermédiaires, même si son influence reste encore irrégulière sur la durée d’un match.
Certains joueurs offensifs ont néanmoins montré des choses intéressantes. Excepté Brahim Díaz et Abdessamad Ezzalzouli, dont les prestations étaient pour le moins médiocres, Chemseddine Talbi a pu apporter de la percussion et du danger, même s'il reste encore trop irrégulier dans les derniers choix et l’efficacité.
L’ailier de Sunderland avait mis le feu en début de match face au Paraguay avant de s’éteindre progressivement. Tout le contraire de Gessime Yassine.
Gessime Yassine ne cesse d’impressionner
Il a fait briller les yeux des supporters à chaque fois qu’il a touché le ballon par ses dribbles chaloupés et sa justesse technique. Il a d’ailleurs été à l’avant-dernière passe sur les deux buts inscrits face au Paraguay.
En revanche, le chantier du poste d’avant-centre demeure entier. Que ce soit dans une animation avec faux neuf ou avec un profil plus axial, la capacité à occuper la surface et à convertir les temps forts reste insuffisante à ce stade.
Ismaïl Saibari, Soufiane Rahimi et Ayoub El Kaabi, alignés tour à tour en pointe de l’attaque, ne laisseront pas un souvenir impérissable. Et le fait qu’ils n’aient pas marqué renforce ce constat. Ce déficit d’efficacité dans les zones de vérité limite encore la traduction concrète des intentions offensives.
La version du Maroc aux États-Unis ne devrait pas être si différente. D’autant que d’ici au Mondial, les séances de travail seront rares. Mohamed Ouahbi n’aura ses joueurs à disposition qu’à partir du 30 mai. Moins de deux semaines le sépareront de l’entrée en lice du Maroc face au Brésil. Un laps de temps plutôt court où une à deux rencontres préparatoires seront programmées, selon le sélectionneur national.
La liste du groupe convoqué sera quant à elle annoncée à la mi-mai.
Dans ce contexte, l’enjeu pour le staff sera double, à savoir stabiliser une ossature et renforcer les automatismes, tout en conservant cette capacité d’ajustement en cours de match.
En somme, Mohamed Ouahbi est encore dans une phase d’observation active. Le cadre se dessine. Reste désormais à lui donner de la cohérence… et de la continuité.
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