Urbanisme. Le conseil d’arrondissement de Hay Mohammedi rejette le projet du plan d’aménagement
Le conseil d’arrondissement de Hay Mohammadi a rejeté à l’unanimité le projet de plan d’aménagement, lors d’une session extraordinaire tenue le vendredi 3 avril 2026. Les élus dénoncent le classement du quartier Derb Moulay Cherif en secteur de rénovation urbaine (SRU), une zonation contestée par les habitants en raison de son opacité.
Le conseil de l'arrondissement de Hay Mohammadi a tenu, le vendredi 3 avril 2026, une session extraordinaire avec un point unique à l’ordre du jour, relatif à l'adoption du plan d'aménagement de Hay Mohammadi.
À l'unanimité, opposition et majorité, le conseil a voté contre l’adoption du plan d’aménagement avec la soumission d’une demande de retrait et de réexamen, selon une approche participative fondée sur l'écoute et la consultation, qui permet de parvenir à « un équilibre entre les exigences du développement urbain et la préservation de l’identité et de la mémoire collective ».
Le refus du conseil est lié à l’ambiguïté du classement du quartier Derb Moulay Cherif, lieu de mémoire nationale et casablancaise, en secteur de rénovation urbaine (SRU), sans précision sur la nature des opérations à réaliser. Cela a suscité des craintes de démolition ou de délogement pouvant affecter la population de Derb Moulay Chérif, de Derb Saâd et du bloc Riad.
Ce refus, bien que n'étant pas une première, représente une situation inédite dans la mesure où des élus ont donné un avis défavorable à un plan d'aménagement.
Cependant, malgré ce refus, la décision de réviser le projet de plan d'aménagement relève du pouvoir gouvernemental, car le rôle du conseil se limite à émettre un avis sur l'établissement, la révision ou la modification de ce document d'urbanisme (cf. article 235 de la loi nᵒ 113-14 relative aux communes).
Ce que pense le conseil d’arrondissement du projet de plan d’aménagement
Durant la période d'enquête publique, 548 oppositions ont été soumises par les propriétaires au niveau de l'annexe de Derb Moulay Cherif, a précisé le conseil d'arrondissement.
Avant la tenue de la session extraordinaire, le conseil a tenu une réunion le 1ᵉʳ avril 2026 et a appelé à la nécessité de revoir certaines dispositions du projet afin d'assurer un développement urbain équilibré, harmonieux et économiquement durable dans le quartier de Hay Mohammadi.
Le conseil a réaffirmé sa réserve concernant le classement du quartier Derb Moulay Cherif en secteur SRU et demande que ce secteur soit maintenu en tant que zone résidentielle, permettant aux habitants de reconstruire leurs maisons en cas de besoin conformément au zonage précédent, ainsi que de lever le gel des permis de construire ou de rénover.
Outre la problématique de Derb Moulay Cherif, le conseil a présenté d'autres remarques concernant le projet d'aménagement :
- Les zones de projet intégré 1 et 2 : bien que ces deux nouvelles zones ouvertes à l’urbanisation présentent un fort potentiel urbain, une certaine rigidité a été constatée par le conseil. Les surfaces constructibles restent faibles par rapport à la superficie totale, ce qui pourrait impacter négativement leur valeur et réduire l'attractivité de ces zones pour les investissements ;
- Le quartier possède plusieurs axes principaux de plus de 25 mètres de large, ce qui permet théoriquement d'augmenter la hauteur des bâtiments le long de ces façades, constituant ainsi un levier pour encourager l'investissement et valoriser ces axes grâce à des projets structurés ;
- Aucune modification n'a été apportée à la hauteur des bâtiments dans les quartiers internes, ce qui limite les opportunités d'investissement et encourage la construction illégale en raison de la forte densité de population ;
- L'absence de tout aménagement dans les zones basses, qui ne bénéficient ni de rehaussements ni de projets structurés, engendre un développement spatial déséquilibré et la marginalisation de certains quartiers. Ceci contredit le schéma directeur d’aménagement urbain (SDAU) d’après le conseil de Hay Mohammedi ;
- Revoir l'article 46 du règlement de la zone E où le lien établi entre la hauteur et la largeur de la route a entraîné une réduction des hauteurs autorisées, nous demandons donc que le coefficient de 1,2 soit maintenu afin de garantir une plus grande flexibilité;
- La zonation B5s avec une limite de COS de 25 % réduit considérablement les possibilités de construction, même dans le cadre de projets de logements collectifs.
Ce que préconisent les élus sur ce projet
L'avis politique des élus s'est focalisé sur la problématique de Derb Moulay Cherif et de ses alentours. Ils sont favorables à une rénovation urbaine qui améliore le cadre de vie des habitants, mais qui ne porte pas atteinte au droit de propriété et n'ouvre aucun droit à l'expropriation.
La loi nᵒ 94-12 relative aux bâtiments menaçant ruine et à l’organisation des opérations de rénovation urbaine spécifie qu’il existe plusieurs actions de rénovation "soit par des opérations de démolition et de reconstruction, des opérations de restauration et de rénovation, le développement des infrastructures, la desserte en équipements de base et la construction de nouveaux logements, soit par l’aménagement foncier, dans le respect des conditions de protection de l’environnement".
De son côté, Karim Glaibi, membre du conseil de la ville de Casablanca, a appelé à une amélioration du projet d'aménagement, en privilégiant notamment la réhabilitation du quartier plutôt que la rénovation urbaine.
« Le quartier Hay Mohammadi représente un héritage architectural et social unique. Nous espérons que la version finale du projet tiendra compte de cette profondeur historique, de sorte que la « réhabilitation » soit l’approche principale pour préserver l’identité des lieux et la stabilité de ses habitants », a déclaré Karim Glaibi.
« En tant qu’élus, nous nous engageons à transmettre avec honnêteté les propositions et les remarques des résidents et des coordinations citoyennes sérieuses aux parties concernées, afin d’améliorer ce projet pour qu’il devienne un modèle de conciliation entre la planification urbaine moderne et les droits acquis des citoyens », a-t-il ajouté.
La prochaine étape consistera à soumettre le projet de plan d’aménagement à l'examen du Conseil de la ville de Casablanca. Ce dernier s'alignera-t-il sur l'avis du conseil d’arrondissement de Hay Mohammedi ? Un nouvel avis défavorable pourrait-il aboutir à la révision du projet ? Les mois à venir devront apporter des réponses à ces interrogations.
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