Nouhade Machkour (Orange) : “L’ICT est le socle technologique de la digitalisation”
Cloud, connectivité, data centers, intelligence artificielle, cybersécurité, souveraineté des données… Au Gitex Africa, Nouhade Machkour, directrice ICT chez Orange, détaille la manière dont Orange Maroc entend accompagner les ambitions de Maroc Digital 2030 et renforcer les infrastructures nécessaires à la transformation numérique.
En direct du Gitex Africa à Marrakech, Média24 a reçu Nouhade Mechkour pour évoquer les grands chantiers de la transformation digitale : investissements dans les data centers, renforcement des architectures cloud, connectivité, souveraineté des données et développement local de solutions d’intelligence artificielle.
- Médias24 : Le Maroc affiche des ambitions fortes à travers sa stratégie digitale 2030, qui vise à structurer tout un écosystème numérique, des grands groupes aux startups en passant par les TPME. Comment Orange s’inscrit-elle dans cet horizon 2030 ?
Nouhade Machkour : Maroc Digital, c’est vraiment une feuille de route qui trace le chemin de digitalisation du Maroc, avec une vision claire qui permet de positionner le Maroc au centre du numérique au niveau du continent africain. Cette vision est basée sur deux axes, principalement le développement du numérique et la digitalisation des services publics, tout en reposant sur trois piliers : le cloud, la connectivité et les talents numériques. L’ICT est aujourd’hui le socle technologique de la digitalisation. Orange Maroc contribue activement au développement de l’ICT afin d’accélérer la transformation digitale. En tant qu’opérateur télécom, nous connectons les entreprises et les startups, nous offrons l’infrastructure nécessaire pour pouvoir héberger la donnée et, surtout, nous nous positionnons sur des solutions intégrées pour accélérer les usages data.
- Orange a récemment investi dans différents projets d’infrastructures, notamment les data centers. Quelles sont les infrastructures nécessaires pour aller dans le sens de cet objectif de 2030 ?
- La digitalisation repose principalement sur un socle d’infrastructures solides. Les premiers investissements que nous avons réalisés concernent justement les infrastructures de data center. Pour pouvoir héberger la data, il faut avoir une infrastructure solide. C’est la raison pour laquelle Orange a lancé un plan d’investissement et de renforcement des data centers. L’année dernière, nous avons lancé un data center à Casablanca et nous avons un plan de développement qui s’étale à l’horizon 2030. Au-delà des data centers, il y a l’aspect cloud. Nous avons diversifié et renforcé nos architectures cloud. Nous sommes passés sur des architectures hybrides.
Nous avons aussi renforcé la connectivité avec le dernier projet Medusa, qui permet de renforcer la connectivité du Maroc avec l’Europe. Nous nous appuyons également sur la force du groupe Orange pour renforcer la connectivité au niveau de l’Afrique. Après, le plus important, c’est qu’au-delà d’une infrastructure solide, il faut également une couche d’orchestration pour assurer l’orchestration entre ces différentes briques et avoir des solutions intégrées qui répondent aux besoins du client final.
- Cette transformation digitale repose sur des compétences et sur des technologies de plus en plus avancées. Quelles sont aujourd’hui les technologies devenues prioritaires pour Orange Maroc ?
- Les quatre priorités, premièrement, je dirais le cloud, pour donner de l’agilité et de la scalabilité aux clients finaux. Ensuite, la data, pour faciliter la prise de décision. Puis l’intelligence artificielle, pour accélérer la productivité et avancer sur l’automatisation. Et enfin, un élément très important : la cybersécurité, pour assurer la confiance et la sécurité de la donnée client.
- Justement, concernant cette sécurité, on parle de souveraineté des données. C’est un enjeu majeur sur le terrain. Comment cela se traduit-il dans vos offres et vos infrastructures au Maroc ?
- La souveraineté n’est pas un point propre au Maroc, c’est un enjeu du continent. Hier, j’ai assisté à un panel où un constat était partagé entre opérateurs, hyperscalers et hébergeurs : aujourd’hui, l’Afrique produit de plus en plus de données. Mais malheureusement, cette richesse digitale, 60% de cette donnée, est traitée ailleurs. La donnée quitte donc le continent.
Pour pouvoir garder la data et assurer cette souveraineté, c’est une responsabilité commune entre les opérateurs qui fournissent l’infrastructure et le cloud, les hyperscalers et les fournisseurs de contenu qui doivent s’installer pour rapatrier le maximum de contenu en local. Il y a également une responsabilité réglementaire. Il faut une régulation claire qui permette de cadrer l’usage de la data. Nous avons la chance, au Maroc, d’avoir déjà une feuille de route digitale qui cadre l’utilisation de la donnée. Il y a quand même un engagement du gouvernement pour accélérer cette souveraineté.
Maintenant, nous, en tant qu’opérateur, nous avons un rôle important à jouer en matière d’infrastructure. Il faut construire l’infrastructure, mettre en place les data centers pour héberger les données, faire en sorte que ces data centers soient bien raccordés et connectés pour que la data soit accessible. Il faut également travailler nos partenariats pour ramener le maximum de données en local. Et surtout, avec Orange, nous avons tout un plan d’investissement en termes de startups. Certes, il y a les hyperscalers qui ramènent le contenu, mais je pense qu’au Maroc, nous avons la compétence et nous sommes capables de produire le contenu au Maroc. C’est la raison pour laquelle Orange investit dans les startups. Aujourd’hui, nous avons déjà plusieurs réussites, avec des startups qui ont réussi leur développement avec Orange Maroc.
- Un autre sujet phare, c’est l’intelligence artificielle générative. Comment peut-on développer des solutions d’IA qui soient à la fois performantes, mais aussi développées et maîtrisées localement ?
- Dès qu’on parle d’intelligence artificielle, il y a un enjeu de souveraineté, parce qu’on parle principalement de protocoles et d’algorithmes qui doivent être entraînés sur un écosystème ouvert. Maintenant, il y a des architectures sécurisées qu’on peut mettre en place. C’est le cas de la Live Intelligence que nous venons de lancer. Certes, aujourd’hui, la plateforme est déployée en mode SaaS, mais elle l’est d’une manière sécurisée. Nous profitons de l’entraînement fait sur les algorithmes publics, mais l’implémentation est réalisée de manière sécurisée.
En tant qu’opérateur, ce que nous faisons, c’est déployer l’infrastructure avec des GPU, parce que l’intelligence artificielle exige un traitement spécial. Il y a donc un investissement en termes d’infrastructure. Il y a aussi un aspect sécurité pour que la donnée soit sécurisée et que la donnée client ne soit pas exposée. Enfin, il y a tout un travail pour animer l’écosystème de l’intelligence artificielle, l’intéresser, le rapatrier au Maroc et assurer cette souveraineté.
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