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Salma Kabbaj : “La grande entreprise marocaine n'a pas l'habitude de collaborer avec la startup”

Cofondatrice d'Impact Lab, structure d'accompagnement opérationnel des startups, Salma Kabbaj était l'invitée du "12/13" de Médias24 en direct depuis Marrakech, lors de la 4e édition du Gitex Africa Morocco. Elle y a livré son regard sur l'état de l'écosystème startup marocain et africain, le défi de l'accès au marché et le bilan de l'édition.

Salma Kabbaj : “La grande entreprise marocaine n'a pas l'habitude de collaborer avec la startup”
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Le 13 avril 2026 à 16h34 | Modifié 13 avril 2026 à 17h48

Présente sur le terrain depuis plus d'une décennie, Salma Kabbaj situe d'emblée le Maroc dans le paysage continental. "On est encore dans un écosystème qui est en émergence, qui reste en retrait par rapport aux écosystèmes dominants à l'échelle africaine – Nigeria, Kenya, Afrique du Sud et Égypte. Mais on a une dynamique qui est extrêmement positive".

Elle souligne une transformation profonde depuis les débuts d'Impact Lab. "Entre l'écosystème de 2015-2016, où il n'y avait aucun outil de financement à disposition des startups, et aujourd'hui, on n'a plus du tout les mêmes typologies d'entrepreneurs. Aujourd'hui, on arrive à avoir des entrepreneurs matures avec de l'expérience, qui ont identifié de vrais besoins marché pour lesquels ils peuvent apporter une solution pertinente. Avant, on était beaucoup sur des gens qui choisissaient l'entrepreneuriat comme un plan B parce qu'ils n'avaient pas d'autres options".

Le défi de l'accès au marché

Sur le continent africain, Salma Kabbaj identifie un obstacle central. "Pour moi, le défi principal, c'est le défi de l'accès au marché. Dans des écosystèmes plus matures comme en Europe ou aux États-Unis, une startup peut passer du prototype au lancement sur le marché en quelques mois. Sur le continent, c'est une dynamique qui prend plus de temps et qui est difficile".

Elle en explique les raisons : "La startup vient juste de développer son produit, elle ne l'a pas encore vendu, donc elle n'a pas encore démontré sa crédibilité sur le marché". Par ailleurs, "l'écosystème startup marocain est dominé par des startups B2B qui vendent leurs solutions à de grandes entreprises. La réalité de la grande entreprise marocaine, c'est qu'elle n'a pas l'habitude de collaborer avec la startup encore. Les appels d'offres, les demandes d'expérience préalables, tous les dossiers juridiques à déposer, le temps de décision… tout ça est très long, ce qui fait que la conversion prend beaucoup de temps et que la startup n'a pas forcément les moyens de tenir le coup".

L'agritech, un secteur en phase d'exécution

Sur le secteur agricole, elle observe une ouverture nouvelle. "Les entreprises dans le secteur agricole ont senti dans leurs opérations, notamment en raison de la sécheresse, que la technologie n'était plus une option nice to have, mais qu'elle était essentielle à la survie même de l'activité. Dans cette urgence-là, les entreprises sont beaucoup plus ouvertes à tester et co-créer avec des startups pour arriver à des solutions pertinentes".

Elle cite plusieurs startups marocaines aujourd'hui en phase de croissance et présentes à l'international : PCS Agri, qui propose des solutions d'intelligence artificielle pour le suivi des pousses en pépinières et exporte ses solutions sur les marchés européens ; Jodor, spécialisée dans l'hydroponie, qui exporte également ses productions en Europe ; et Deep Leaf, qui permet l'identification des maladies des plantes afin d'améliorer les rendements et de réduire l'impact négatif des traitements sur les sols.

Sur la question de l'adoption de l'innovation par les grandes entreprises, elle précise : "Une grande entreprise, si elle fonctionne bien et qu'elle est dans le confort, a besoin de facteurs qui la poussent à sortir de cette zone de confort. C'est plus facile quand on est contraint, soit par une contrainte environnementale, soit par une contrainte réglementaire".

Le Gitex Africa : un bilan nuancé

Sur cette 4e édition, Salma Kabbaj distingue ce qui fonctionne de ce qui reste limité. "Les startups qui ont des objectifs spécifiques arrivent à répondre à ces objectifs. Sur les connexions avec les investisseurs, c'est quelque chose qui fonctionne très bien. Le Gitex a une démarche vraiment bien structurée pour connecter les startups avec des investisseurs potentiels qui sont intéressés par certains secteurs".

Elle note cependant une limite sur le volet commercial. "Sur le réseautage pour les contrats, ça reste focalisé sur les entreprises marocaines. On n'a pas d'entreprises africaines qui viennent dans cette dynamique de recherche de solutions. Par contre, sur la recherche de financement, il y a vraiment une dynamique continentale avec des investisseurs panafricains ou internationaux qui viennent rechercher des startups à la fois marocaines et des startups du continent".

Elle insiste enfin sur l'impact de cet événement pour la démocratisation des sujets liés à l'innovation. "Quand on a démarré en 2014-2015 à Impact Lab, personne ne parlait d'innovation, personne ne parlait de startup dans les médias, c'était vraiment un monde inconnu. Le fait d'avoir des plateaux consacrés à cet événement a un effet extrêmement important dans l'adoption de l'innovation par le grand public, les institutions étatiques et les grandes entreprises".

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Le 13 avril 2026 à 16h34

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