Académies, détection, compétitions… les fondements du modèle marocain de formation en football
La formation des jeunes dans le Royaume repose sur des centres structurés, des dispositifs de détection élargis et des formats de compétition exigeants. Le point avec Ismail Lyoubi, directeur général d’Evosport, et Jean-François Le Marchand, responsable de la coordination des centres de formation.
Afin que la réussite d’aujourd’hui ne soit pas sans lendemain, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) s’est attelée à améliorer la formation des jeunes talents aux quatre coins du Royaume.
Et pour cause, les fonds des clubs sont le plus souvent injectés dans les équipes premières, délaissant de facto la formation des jeunes au sein des académies.
Dès lors, un programme a vu le jour la saison dernière. Financé par un fonds national de formation et intitulé Foot’Mine, ce dispositif est géré par la société Evosport, filiale de l’Université Mohammed VI polytechnique (UM6P).
Comme nous vous l’expliquions dans notre dossier publié l’année dernière, les clubs qui souhaitent intégrer ce système novateur à l’échelle africaine délèguent la gestion de leur centre de formation à Evosport sur les plans organisationnels et financiers.
En contrepartie, les clubs paient une indemnité lorsqu’ils souhaitent faire signer à l’un de leurs jeunes un contrat professionnel. Cette indemnité est réinjectée dans le fonds de formation, créant ainsi un cercle vertueux.
Comme l’a rappelé le directeur général d’Evosport, Ismail Lyoubi, mardi 14 avril 2026 au Complexe Mohammed VI de football, Foot’Mine s’inscrit dans une stratégie nationale initiée depuis 2008, plaçant le jeune joueur au centre de la politique sportive.

Aujourd’hui, le programme repose sur un réseau de 15 centres de formation, dont 3 structures fédérales. Un contingent amené à augmenter à court terme.
"À l’échelle nationale, près de 2.000 joueurs sont intégrés dans ce dispositif, encadrés par plus de 640 collaborateurs", se réjouit M. Lyoubi.

"Les premiers résultats sont tangibles. 48 jeunes ont déjà signé des contrats professionnels avec leurs clubs", se félicite Fathi Jamal, directeur technique national. On peut citer par exemple Yahya Iguiz, qui a signé pro avec le Raja Club Athletic.
Toutefois, alors que le programme de formation en est seulement à sa deuxième année, on ne peut pas vraiment assurer que les jeunes qui ont récemment signé pro sont le produit du programme de formation.
En tout cas, difficile de nier les multiples avantages de ce nouveau modèle de formation. D’autant qu’il symbolise un changement de paradigme majeur, mû par le dessein de constituer l’une des plus grandes bases de formation de jeunes joueurs au monde.

Une prise en charge globale des jeunes
Au sein de chaque centre, l’organisation répond à une logique articulée autour de trois axes :
- L’excellence technique : assurée par la supervision de la DTN à travers des contenus pédagogiques harmonisés ;
- La performance : devenue un objectif central et pilotée par les instances fédérales ;
- Une gouvernance structurée : garantissant la bonne gestion des ressources et la durabilité du modèle, en lien étroit avec les clubs partenaires.
De surcroît, le dispositif repose sur une prise en charge globale des joueurs. Les centres intègrent un modèle sport-études, combinant formation scolaire et entraînement, ainsi que des infrastructures complètes incluant hébergement, restauration adaptée et logistique de déplacement.
"Plus de 760 jeunes sont aujourd’hui internes, témoignant d’un encadrement rapproché et professionnalisé dès les premières étapes du parcours", assure Ismail Elyoubi.
L’ensemble du programme est soutenu par une organisation centrale chargée de superviser les aspects administratifs et financiers.
Cette structure assure le suivi des budgets, la gestion des recrutements en coordination avec la DTN, sans oublier le contrôle global du fonctionnement des centres.
En outre, "dans une logique de modernisation, un outil digital a été développé en collaboration avec une startup marocaine afin de centraliser les données liées à la performance des joueurs", précise le directeur général d’Evosport.
Analyse vidéo, suivi athlétique et indicateurs individuels sont autant de données assurant un suivi précis de chaque profil. Cette approche vise à objectiver la détection des talents et à affiner les processus de progression.
Des évaluations favorisant l’expression naturelle des jeunes
Mais intégrer le programme récemment intitulé Foot’Mine n’est pas donné à tout le monde.
Comme l’a détaillé Jean-François Le Marchand, responsable de coordination des centres de formation, la détection des talents repose sur une base très large, notamment dans les catégories U12 et U13. Mais le nombre des heureux élus est assez restreint.

"Chaque saison, entre 6.000 et 7.000 jeunes joueurs sont observés à travers les ligues régionales, dans un processus progressif permettant d’identifier les profils à fort potentiel", précise-t-il.

Dans les faits, la FRMF a fait évoluer son approche en abandonnant les formats de compétition classiques lors des phases de détection. Désormais, les joueurs sont évalués dans des conditions favorisant leur expression naturelle, sans consignes strictes.
"L’objectif est de mieux observer leurs qualités techniques, leur compréhension du jeu et leur capacité de décision, des critères jugés déterminants dans le développement à long terme", précise Jean-François Le Marchand.
Le dispositif s’inscrit dans une logique de suivi longitudinal, qui se matérialise par un accompagnement sur plusieurs années, des catégories U12 à U21 notamment.

"Cette continuité affine l’évaluation des profils et évite la perte de talents, en assurant un lien constant entre détection, formation et sélection", ajoute notre interlocuteur.
D’ailleurs, les bienfaits de la compétition ne se limitent pas à la détection. Ils sont tout aussi cruciaux dans la validation des acquis des entraînements et le développement des joueurs qui ont eu la chance de passer le cut de la détection et intégrer une des structures de Foot’Mine.
Des championnats régionaux dits "d’excellence" ont été mis en place pour les catégories U13 à U15, afin d’augmenter le temps de jeu et d'améliorer la qualité des confrontations.

"À terme, chaque joueur doit pouvoir disputer un volume significatif de matchs au cours de la saison", indique M. Le Marchand.
En détails, la structuration des compétitions tient compte des spécificités géographiques du Maroc.
"Dans les zones urbaines, des championnats classiques sont organisés, tandis que des formats plus souples sont privilégiés dans les régions à forte contrainte logistique. Une flexibilité assumée, destinée à garantir un accès équitable à la compétition", précise le responsable de la formation.

En bout de chaîne, des phases finales et des tournois nationaux regroupent les meilleurs profils issus des différentes régions. Le but est de "confronter les meilleurs joueurs entre eux afin d’élever le niveau d’exigence et accélérer leur progression", indique-t-il.
Au niveau national, des réformes sont également engagées. Le championnat U21 adopte depuis la saison 2025-2026 un format proche de celui des professionnels, avec un calendrier complet sur la saison.
Pour ce qui est des catégories U16 à U18, des formats évolutifs intégrant des phases finales sont en cours d’optimisation afin d’augmenter l’intensité compétitive.

À moyen terme, une refonte des compétitions pourrait voir le jour avec la création de plusieurs niveaux, permettant de distinguer une élite nationale et un niveau de développement.
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