Football. Ayyoub Bouaddi, l’ascension d’un prodige discret
Phénomène de précocité, le milieu de terrain d’origine marocaine brille par la maturité de ses prestations qui le rendent quasiment indispensable à l’entrejeu lillois. Son profil box-to-box serait un atout de poids pour les Lions de l’Atlas en vue des prochaines échéances.
Depuis plus de deux ans, Ayyoub Bouaddi ne laisse personne indifférent. Ni les plus grandes écuries européennes ni les équipes nationales française et marocaine. Et sa chevelure abondante n’y est pour rien, même si elle lui confère un style inimitable.
Le talentueux droitier de 18 ans est valorisé à 50 millions d’euros par le site de référence Transfermarkt. La concurrence et son énorme marge de progression obligeront certainement le club qui souhaitera l’enrôler à signer un chèque supérieur à sa valeur marchande.
Mais on n’en est pas encore là. Le polyvalent milieu de terrain est sous contrat jusqu’en 2029 avec le LOSC. Et rien n’indique que les Dogues envisagent de s’en séparer de sitôt.
D’autant qu’ils ont failli ne jamais le voir poser ses valises dans le Nord en 2021. Puisqu’il a longtemps été dans le viseur du Paris Saint-Germain. Mais, en dépit des avances du champion d’Europe en titre, le natif de Senlis (Oise) a fui la lumière, préférant la discrétion.
Un autre trait de la personnalité de ce jeune homme à la tête bien faite et vissée sur les épaules. Le projet lillois est "celui qui me correspondait le mieux", expliquait-il dans un entretien accordé au journal L’Équipe.
"Ici, on sait qu’il y a un bon encadrement, que ça travaille très bien", reprend-il. "Il y a pas mal de joueurs qui sont sortis de là et, pour moi, j’ai choisi le meilleur projet. La proximité avec Creil a joué aussi pour mes parents, car je suis parti jeune".
Bien lui en a pris. Ayyoub Bouaddi a connu sa première en pro lors d’un match de Coupe d’Europe aux îles Féroé, contre Klaksvik, à 16 ans et 3 jours, sous la houlette de l’actuel entraîneur de l’Olympique lyonnais, le Portugais Paulo Fonseca.
"J’ai eu le privilège que ça aille assez vite. Mais c’est la formation que j’ai reçue ici qui m’a permis ça", se remémore-t-il.
Quasiment un an plus tard, Bouaddi change de dimension le jour de ses 17 ans, lors d’une victoire de légende contre le Real Madrid (1-0, le 2 octobre 2024) en Ligue des champions.

Un milieu de terrain complet, au talent hors norme
Aujourd’hui, c’est un joueur clé du LOSC. Certes, il a perdu sa place lors des deux dernières rencontres au profit de Nabil Bentaleb, associé à Benjamin André devant la défense.
Mais son talent hors norme, tout comme son profil aussi rare que complet, devrait lui permettre de retrouver le Onze lillois dans les plus bref délais. Son abattage, sa constance dans les efforts et sa palette technique en font un milieu de terrain ultra complet.
Ses statistiques disent aujourd’hui beaucoup de son impact et un peu de ses manques. Il fait partie des joueurs qui récupèrent le plus de ballons au LOSC et figure parmi les meilleurs intercepteurs de l’équipe.

Véritable phénomène de précocité, il est le troisième plus jeune joueur de la génération 2007 en temps de jeu, derrière Lamine Yamal et Pau Cubarsí, dans les cinq grands championnats.
Mais Bouaddi, qui a déjà disputé 2.766 minutes en 37 rencontres cette saison, soit le quatrième plus haut total nordiste, n’a toujours pas marqué avec son club.
Bref, il possède la technique et la puissance. Il est devenu plus costaud sur ses jambes. Mais ses statistiques ne sont pas encore à la hauteur de son talent.
"Ayyoub, c’est un talent hors norme. Il n’y en a pas beaucoup dans le monde des joueurs comme lui. Il ne se cache jamais et a, en plus, une super mentalité. S’il continue comme ça, il aura un grand avenir. On est surtout content de l’avoir dans l’équipe", souligne son coéquipier Nathan Ngoy.
Voici une vidéo qui met en lumière les qualités offensives et défensives d’Ayyoub Bouaddi.
Ayyoub Bouaddi cultive la discrétion
Pourtant, s’il fait partie des meilleurs joueurs de sa génération, il n’en reste pas moins profondément différent. À rebours des autres cracks d’aujourd’hui, comme le Barcelonais Lamine Yamal, Ayyoub Bouaddi cultive la discrétion.
Son attitude humble et zen en fait un jeune homme fidèle à ses racines. Un joueur cérébral, sans pour autant chercher la reconnaissance à tout prix.
Mais difficile pour lui de passer inaperçu. Son côté réservé ne l’a pas empêché de remporter le concours d’éloquence des centres de formation à l’Élysée en juin 2023, à seulement 15 ans. Sans oublier sa licence de mathématiques, qu’il devrait bientôt valider.
"L’école, ça reste très important. C’est aussi une sécurité, entre guillemets. C’est surtout pour mon après-carrière. On ne sait pas ce qui peut se passer. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans le foot, mais j’aurais aimé évoluer dans le domaine des sciences", précise-t-il.
Pour lui, les mathématiques ne sont pas seulement une voie pour l’après-carrière. C’est aussi une manière d’aérer son esprit. Même s’il se fait parfois chambrer par ses coéquipiers.
Cependant, la jalousie n’a pas sa place chez les Dogues. Pourtant, il y aurait de quoi. Nombreux sont ceux qui aimeraient avoir le choix dont bénéficie aujourd’hui Ayyoub Bouaddi, convoité à la fois par la Fédération royale marocaine et la Fédération française.
Bouaddi n’a pas encore tranché entre le Maroc et la France
Éligible aux deux sélections, l’international Espoirs français gère cette situation avec maturité, malgré l’absence d’agent.
L’ancien sélectionneur Walid Regragui avait fait le déplacement pour le rencontrer. Quelques mois plus tard, Fouzi Lekjaa et Mohamed Ouahbi étaient également partis à sa rencontre.
"C’est un joueur à fort potentiel. Ce que je retiens de notre échange, c’est son amour pour le pays. Nous lui avons proposé un plan, et c’était intéressant", a déclaré Mohamed Ouahbi.
Touché par cet intérêt, Bouaddi refuse pour l’instant de trancher. "C’est très flatteur d’être courtisé par les deux sélections. C’est une force d’avoir une double nationalité. Mais je n’ai pas encore fait de choix. Je me laisse du temps. Je n’ai pas envie de précipiter les choses".
Et malgré son ambition de disputer et de gagner une Coupe du monde, il ne semble pas vouloir se presser.
"Il n’y a pas de timing. C’est un choix personnel, un choix du cœur. Il faut aussi prendre en compte la famille. Il n’y a pas de pression". Une prise de parole à l’image d’un joueur réfléchi, dont l’avenir s’annonce radieux.
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