À l’occasion de l’ouverture du Forum de l’ECOSOC sur le financement du développement, le représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies a engagé, lundi 20 avril 2026, un échange avec les responsables de la Banque mondiale autour d’un enjeu devenu central : l’adaptation des mécanismes financiers internationaux aux réalités des pays en situation de fragilité.
Président de la Commission de consolidation de la paix (Peacebuilding Commission, PBC), Omar Hilale a insisté sur l’imbrication croissante entre crises sécuritaires et vulnérabilités économiques, appelant à une meilleure articulation entre les instruments de financement et les priorités des États concernés. "La paix n’est pas seulement le fondement du développement durable, elle en est le préalable", a-t-il déclaré, estimant que les approches actuelles restent encore insuffisamment coordonnées.
Le diplomate marocain a appuyé son propos sur un constat désormais largement partagé : plus de la moitié des personnes vivant dans l’extrême pauvreté se trouvent aujourd’hui dans des contextes marqués par la fragilité, les conflits ou la violence. Dans ce cadre, il a plaidé pour un renforcement des financements orientés vers la prévention des crises et la résilience, alors que l’Association internationale de développement (IDA), principal instrument concessionnel du Groupe de la Banque mondiale, entame une nouvelle phase de mobilisation de ressources.
Les discussions ont notamment porté sur le cas de la République centrafricaine, où une récente mission de la PBC a permis de constater des avancées en matière de sécurité et de gouvernance. Pour Omar Hilale, ces progrès doivent désormais s’accompagner d’un soutien financier plus soutenu, afin de consolider les acquis et éviter tout risque de rechute.
Dans cette optique, plusieurs pistes ont été avancées pour renforcer la coopération entre les Nations unies et la Banque mondiale, notamment en matière de réintégration communautaire, d’appui aux réformes dans les secteurs de la sécurité et de la justice, ou encore d’accès aux mécanismes dédiés à la prévention des crises. L’enjeu est également d’améliorer la coordination entre les grandes institutions financières et les acteurs multilatéraux, aux côtés de la Banque africaine de développement (BAD) et de l’Union européenne (UE).
Au-delà des propositions opérationnelles, les échanges ont fait apparaître un consensus sur trois principes : la nécessité de mieux relier les politiques de développement aux enjeux de stabilité, le rôle central des États dans la définition des priorités et l’importance du financement comme levier déterminant de transformation.
Omar Hilale a également annoncé la tenue, du 22 au 26 juin 2026 à New York, de la première Semaine onusienne de la consolidation de la paix, invitant le président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga, à y prendre part. Une participation qui, selon lui, permettrait de donner un signal fort sur la volonté de renforcer les synergies entre institutions internationales.
Enfin, le diplomate marocain a appelé à dépasser le cadre des déclarations d’intention pour traduire ce rapprochement en actions concrètes, à travers une meilleure circulation de l’information, une préparation conjointe des dispositifs de financement et une coordination accrue sur le terrain.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte international marqué par la multiplication des crises, où la question du financement des États fragiles s’impose comme l’un des principaux défis du multilatéralisme contemporain.