img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Commerce de proximité : avec des marges de 2% à 4%, le paiement électronique peine à décoller

Lors du Forum national du commerce à Marrakech tenu ce lundi 27 février 2026, le ministre de l'Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, a détaillé une série de mesures visant à lever les freins à la digitalisation, à simplifier les procédures administratives et à moderniser les infrastructures, avec en ligne de mire l'échéance de 2030.

Ryad Mezzour, a appelé à Marrakech les commerçants à accélérer l’innovation et la digitalisation, notamment l’adoption du paiement électronique, lors du Forum national du commerce.
Par
Le 28 avril 2026 à 14h21 | Modifié 28 avril 2026 à 15h20

Lors de son intervention, Riyad Mezzour a livré une analyse détaillée des freins à la digitalisation du petit commerce.

Selon lui, le retard de l'adoption du paiement électronique n'est pas dû à un manque de volonté, mais à une équation économique intenable : sur les produits de première nécessité, les commerçants opèrent avec des marges extrêmement réduites, comprises entre 2% et 4% (atteignant exceptionnellement 6% ou 7% sur certains articles).

Le smartphone comme alternative au TPE pour préserver les marges

Une commission de transaction classique de 1,4% ou 1,5% s'avère donc prohibitive, puisqu'elle absorbe entre 50% et 75% du bénéfice net du commerçant. "Face à un tel coût, le commerçant préfère naturellement le cash, car le paiement électronique devient une perte de profit", a affirmé le ministre.

Pour résoudre cette impasse, un dispositif innovant en partenariat avec Barid Bank et la plateforme Chari a été mis en place. Celui-ci repose sur cinq piliers techniques et financiers :

- Une réduction drastique des commissions : Le coût de transaction est plafonné à 0,8 %, contre les taux beaucoup plus élevés pratiqués jusqu'ici.

- Un mécanisme de "compensation par le service" : Pour neutraliser totalement ce coût de 0,8 %, le ministère introduit une mesure incitative inédite. Le commerçant bénéficiera d'une marge supplémentaire de 1 % sur les ventes de recharges téléphoniques, à condition que la transaction soit effectuée par voie électronique. Ce gain additionnel vient ainsi "rembourser" et même dépasser les frais de transaction facturés.

- L'abandon du TPE physique au profit du mobile : Afin d'éliminer les barrières à l'entrée, le programme mise sur la technologie mobile. Le commerçant pourra transformer son propre smartphone en terminal, évitant ainsi l'investissement dans un boîtier de paiement (TPE) classique, jugé trop coûteux. De plus, l'État prendra en charge les frais d'abonnement au service (environ 120 DH par an) pendant deux ans pour les 100.000 premiers commerçants adhérents.

- La fin des délais de traitement : Répondant à une plainte récurrente concernant les délais de compensation (souvent de 48h à 72h) qui brouillent la gestion de trésorerie, le nouveau système garantit un crédit immédiat sur le compte après chaque paiement.

- Accès gratuit à la liquidité : Pour rassurer les commerçants sur la disponibilité de leur argent, le partenariat permet de retirer les fonds instantanément et sans aucun frais auprès de tous les guichets automatiques de Barid Bank. "L'argent est dans sa poche, prêt à être utilisé immédiatement pour ses propres besoins ou pour payer ses fournisseurs", a souligné M. Mezzour.

Réforme administrative : lever l'insécurité juridique liée au système de licences

Concernant la problématique des autorisations administratives, le responsable gouvernemental a dénoncé un "mésusage" actuel des textes. Il a dans ce sens rappelé que pour le commerçant de proximité classique (celui qui ne pratique pas d’activités de transformation ou de cuisson), la loi marocaine ne prévoit pas de licence, mais un simple régime de déclaration. "Le commerçant doit uniquement déclarer qu’il exerce son activité dans un lieu précis, et cela devrait suffire à lui délivrer un récépissé immédiat", a-t-il précisé.

Or, selon le ministre, l’implémentation de la nouvelle plateforme numérique "Rokhas" a transformé, dans les faits, ce droit à la déclaration en une demande d'autorisation soumise à des conditions restrictives. Ce glissement administratif a plongé de nombreux commerçants dans une impasse critique, notamment pour deux raisons majeures soulevées par le ministre :

- L’exigence de plans architecturaux impossibles à fournir : pour valider leur inscription sur la plateforme, on exige désormais des commerçants la production de plans originaux de leurs locaux. Or, pour des boutiques installées depuis 30, 40 ou 50 ans, ces documents sont souvent inexistants ou perdus.

- Le conflit d'intérêts foncier : M. Mezzour a pointé du doigt un effet pervers touchant les locataires de longue date. Dans certains cas, les propriétaires des murs refusent délibérément de fournir les documents nécessaires au commerçant dans l'espoir de provoquer une fermeture administrative, afin de récupérer le local et de le relouer à un prix actuel.

Cette situation crée un véritable paradoxe. Des commerçants installés légalement depuis des décennies se retrouvent aujourd'hui sous la menace de fermetures administratives pour "défaut de licence", alors même que la licence ne devrait pas leur être opposable. Face à ce péril qui guette un grand nombre de commerces à travers le Royaume, le ministre a annoncé la présence au forum d'un haut responsable du ministère de l'Intérieur spécifiquement chargé de ce dossier. L'objectif affiché est d'aboutir à une simplification radicale, sans "sensibilité" ni blocage, pour rétablir le principe de la déclaration simplifiée et définitive, garantissant ainsi la sécurité juridique de chaque point de vente.

Tourner la page de la défiance fiscale

Le ministre a mis en perspective les avancées réalisées depuis les Assises de Marrakech en 2019, précisant que 80% des 1.500 recommandations initiales ont été concrétisées. Ce résultat est le fruit d'une collaboration multisectorielle intense associant les représentants des chambres de commerce, la coordination professionnelle, ainsi que des partenaires institutionnels clés tels que la Direction générale des impôts (DGI), la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), les réseaux bancaires et les autorités régionales.

Parmi les piliers de cette réforme, Ryad Mezzour a mis en exergue le rôle de "pionniers" des commerçants dans le déploiement de l’assurance maladie obligatoire (AMO), composante essentielle de l'initiative royale pour la protection sociale. Le ministre a tenu à saluer leur "patience et leur sens du devoir citoyen", rappelant que nombre d'entre eux ont choisi de s'engager et de cotiser dès la première année, alors même que la couverture médicale n'était pas encore effective.

Cet effort, consenti sans contrepartie immédiate, témoigne selon lui de la forte mobilisation du secteur en faveur des grands chantiers de l'État.

Sur le volet fiscal, le responsable gouvernemental a affirmé qu'un changement de paradigme profond s'est opéré depuis 2019, marquant la fin d'une période de méfiance. Le climat d'appréhension historique vis-à-vis de l'administration fiscale a laissé place à une "relation de confiance renforcée".

La mise en œuvre de la contribution professionnelle unique (CPU) a été l'outil central de cette transformation. Selon le ministre, ce système a permis de transformer la DGI en un "partenaire effectif" dont l'objectif n'est plus la pression administrative, mais l'accompagnement et la pérennisation du petit commerce. Cette nouvelle approche vise à consolider la stabilité du secteur et à favoriser son développement dans un cadre transparent et apaisé.

Modernisation des infrastructures : vers un standard "Maroc 2030" pour tous les marchés

Le chantier de mise à niveau des infrastructures commerciales constitue un autre pilier majeur de la stratégie ministérielle. Ryad Mezzour a rappelé que le Royaume dénombre environ 1.200 marchés sur l'ensemble de son territoire. Pour la "première fois dans l'histoire", a souligné le ministre, une action d'envergure est menée pour réhabiliter ou construire 289 marchés, répartis entre 100 structures en milieu urbain et 189 en milieu rural.

Le ministre a insisté sur la dimension sociale cruciale des marchés hebdomadaires en zone rurale qui constituent souvent "l’unique espace de vie, de rencontre et de détente pour les populations locales". L'objectif est d'offrir aux citoyens des infrastructures modernes et dignes des ambitions du Royaume à l'horizon 2030. "Nous ne demandons pas des choses démesurées, mais un niveau d'équipement et de confort qui sied au Maroc de 2030, année de l'organisation de la Coupe du monde", a-t-il affirmé.

Cette mise à niveau repose sur une synergie financière et opérationnelle avec les territoires. Le ministre a salué l'engagement de l'Association des régions du Maroc, représentée par son vice-président Abdellatif Maâzouz, précisant que d'importantes ressources financières ont été mobilisées conjointement par le ministère et les conseils régionaux.

Cette stratégie s'inscrit dans la vision d'un "Maroc à une seule vitesse" qui postule que chaque Marocain, quel que soit son lieu de résidence, dans les montagnes, les zones reculées ou les provinces du Sud, doit avoir accès à des infrastructures commerciales de même qualité. Ryad Mezzour a toutefois précisé que la modernisation des 289 marchés actuels n'est qu'une "première étape" d'un programme plus vaste visant, à terme, la couverture intégrale de l'ensemble des marchés du Royaume.

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 28 avril 2026 à 14h21

à lire aussi

Bourse de Casablanca. Le MASI termine en baisse ce 28 avril 2026
Quoi de neuf

Article : Bourse de Casablanca. Le MASI termine en baisse ce 28 avril 2026

La Bourse de Casablanca clôture en baisse le 28 avril 2026, avec un volume dépassant 1 MMDH sous l’effet d’importantes transactions sur le marché de blocs.

SIAM : 12 huiles d'olive relevant de trois régions primées lors du 16e concours national
Quoi de neuf

Article : SIAM : 12 huiles d'olive relevant de trois régions primées lors du 16e concours national

En marge du SIAM, douze huiles d’olive extra vierge ont été primées pour la campagne 2025-2026. Ce palmarès, dominé par trois régions phares, illustre la dynamique de montée en gamme de la filière marocaine, désormais tournée vers les standards d'excellence internationaux.

“3003”, un nouveau numéro pour dénoncer la corruption
Quoi de neuf

Article : “3003”, un nouveau numéro pour dénoncer la corruption

L'INPPLC renforce la lutte contre la corruption avec le lancement du "3003". Ce nouveau canal de signalement sécurisé et confidentiel place le citoyen au cœur de la stratégie nationale d'intégrité 2025-2030 pour une protection accrue des deniers publics.

Rabat : les démolitions au quartier L’Océan divisent les élus municipaux
Immobilier

Article : Rabat : les démolitions au quartier L’Océan divisent les élus municipaux

Les opérations de démolition dans le quartier L’Océan à Rabat continuent d’alimenter le débat. Un élu de la majorité du conseil de la ville y voit une étape nécessaire de modernisation urbaine. Mais plusieurs conseillers d’opposition FGD dénoncent des pratiques qu’ils jugent irrégulières et opaques.

Le projet de loi sur la réorganisation du Conseil national de la presse adopté en commission parlementaire
Quoi de neuf

Article : Le projet de loi sur la réorganisation du Conseil national de la presse adopté en commission parlementaire

Ce mardi 28 avril 2026, la Commission de l'enseignement, de la culture et de la communication à la Chambre des représentants a adopté à la majorité le projet de loi relatif à la réorganisation du Conseil national de la presse (CNP).

La COPAG au SIAM 2026 : la durabilité comme moteur de souveraineté
SIAM 2026

Article : La COPAG au SIAM 2026 : la durabilité comme moteur de souveraineté

La Coopérative agricole COPAG met en lumière une organisation collective pensée pour répondre aux mutations du secteur. Au cœur de son approche, un modèle axé sur l’accompagnent des producteurs et la création de valeur.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité