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Environnement

“Parler de data centers verts reste une ambition, plus qu’une réalité absolue” (Sebastien Riez)

Les data centers sont devenus l'infrastructure nerveuse de l'économie numérique et le Maroc entend en faire un levier de rayonnement régional. Mais ces équipements énergivores s'implantent dans un pays sous tension hydrique et dépendant d'un mix électrique encore largement carboné. Sébastien Riez, directeur Afrique & Levant de Schneider Electric, explique où en est le secteur dans cette équation complexe.

“Parler de data centers verts reste une ambition, plus qu’une réalité absolue” (Sebastien Riez)
Sébastien Riez, directeur Afrique & Levant de Schneider Electric.
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Le 28 avril 2026 à 13h31 | Modifié 28 avril 2026 à 14h07

Portés par l’explosion des usages numériques et la montée en puissance de l’intelligence artificielle, les data centers deviennent des infrastructures stratégiques au cœur des économies numériques. Entre exigences de performance, contraintes énergétiques et impératifs de durabilité, leur conception évolue rapidement vers des modèles plus intégrés et plus sobres.

Dans ce contexte, le Maroc s’affirme comme un marché en structuration avancée, capable d’accueillir des projets technologiques complexes. Pour Schneider Electric, le Royaume joue désormais un rôle clé dans le déploiement de solutions d’infrastructures critiques adaptées aux environnements les plus exigeants.

Medias24 - Le Maroc multiplie les annonces numériques: Maroc Digital 2030, hubs technologiques, attractivité affichée pour les data centers. Mais entre l'ambition politique et la réalité du terrain, où en est-on vraiment pour un acteur comme Schneider Electric ?

Sebastien Riez : Le Maroc occupe une position hybride dans notre dispositif Afrique & Levant, à la fois hub régional et marché d’exécution stratégique.

Au-delà de son rôle de plateforme pour la région, le Royaume se distingue par la maturité de ses infrastructures, la structuration de ses politiques publiques, notamment à travers Maroc Digital 2030, et sa capacité à porter des projets à forte intensité technologique.

C’est ce qui permet aujourd’hui de passer rapidement du concept à des cas d’usage concrets, notamment autour des data centers, de l’efficacité énergétique et des infrastructures critiques, dans un contexte où les enjeux de performance et de gestion de l’énergie deviennent structurants.

Dans ce cadre, le Maroc joue un rôle d’accélérateur, avec des projets qui peuvent ensuite être répliqués à l’échelle régionale, notamment sur des marchés confrontés à des contraintes similaires.

C’est cette capacité à allier structuration, exécution et reproductibilité qui fait aujourd’hui du Maroc un pilier clé de notre stratégie régionale.

- Vous revendiquez une position solide sur le marché des data centers au Maroc. Qui sont concrètement vos concurrents, et sur quoi se joue réellement la différence au-delà des argumentaires commerciaux ?

- Sur le segment des data centers, le marché est aujourd’hui structuré et très dynamique, porté par l’accélération des usages numériques et de l’intelligence artificielle. Schneider Electric y occupe une position solide, avec une expertise reconnue sur les infrastructures critiques, notamment à travers des solutions déployées dans des data centers à grande échelle à l’international.

Notre différenciation tient à notre capacité à traiter le data center comme un système global, depuis l’alimentation électrique jusqu’au pilotage digital des performances. Cette approche s’appuie notamment sur des architectures comme EcoStruxure, qui permettent d’optimiser en continu des indicateurs clés comme le PUE, la disponibilité des infrastructures ou encore les coûts d’exploitation, avec un suivi en temps réel.

Dans des environnements comparables au Maroc, ces approches ont permis d’améliorer significativement l’efficacité énergétique des installations tout en renforçant leur résilience.

- Les datacenters sont souvent critiqués pour leur consommation d’eau. Un data center peut consommer autant d'eau qu'une petite ville. Au Maroc, pays structurellement sous stress hydrique, comment réduire cette empreinte ?

- La question de l’empreinte hydrique est aujourd’hui structurante dans la conception des data centers. Elle se traite d’abord au niveau du design, en privilégiant des architectures qui réduisent le besoin en refroidissement intensif, notamment via l’optimisation des flux d’air, le confinement des allées ou encore l’élévation des températures de fonctionnement lorsque cela est possible.

En parallèle, des technologies comme le free cooling ou les systèmes fermés permettent de limiter fortement le recours à l’eau, tout en maintenant des niveaux de performance élevés. Schneider Electric propose aussi des solutions Motivair, des systèmes de refroidissement liquide conçus pour les data centers. L’enjeu est aussi d’intégrer ces choix dès la conception, plutôt que de les corriger a posteriori.

Concrètement, ces approches permettent de réduire significativement la dépendance à l’eau, tout en améliorant l’efficacité énergétique globale et la stabilité des infrastructures, ce qui est essentiel pour des infrastructures critiques qui ne tolèrent aucune rupture de service.

Avec le cool-to-chip, Schneider Electric fait entrer le refroidissement des datacenters dans une nouvelle ère. La chaleur est retirée à la source, au niveau de la puce, afin de maximiser l’efficacité et de favoriser des infrastructures plus sobres en eau. Grâce à des solutions avancées de distribution et de rejet thermique, y compris des configurations indépendantes de l’eau de refroidissement du bâtiment, cette approche ouvre la voie à des datacenters plus résilients.

- Les solutions dont vous parlez pour les datacenters ont-elles déjà été déployées dans des environnements comparables au Maroc (climat chaud, contraintes hydriques, coûts énergétiques) ?

- Oui, Schneider Electric déploie déjà ses solutions dans des environnements comparables, notamment au Moyen-Orient et dans plusieurs pays africains, où les contraintes de chaleur, d’accès à l’eau et de coût énergétique sont similaires.

Ces contextes nous ont amenés à adapter très concrètement nos approches, par exemple en dimensionnant les infrastructures pour fonctionner à des températures plus élevées, en limitant le recours à l’eau dans les systèmes de refroidissement, ou encore en optimisant la consommation énergétique dès la phase de conception.

Cette expérience opérationnelle est clé, car elle nous permet d’aborder le marché marocain non pas avec des modèles théoriques, mais avec des solutions déjà éprouvées dans des conditions réelles, et directement transposables à des environnements exigeants.

L’une de nos réalisations les plus importantes en Afrique du Nord sur le volet datacenter est située dans la région de Benguerir. Elle illustre parfaitement notre maîtrise d’environnements divers à l’échelle de la zone MENA.

- Ces technologies pour les datacenters et l’efficacité énergétique sont-elles adaptées aux spécificités marocaines ou reposent-elles encore majoritairement sur des modèles développés ailleurs ?

- Nos solutions s’appuient sur des technologies développées à l’échelle globale, mais elles ne sont jamais déployées de manière standardisée.

Au Maroc, cela implique un travail d’adaptation très concret, notamment sur le dimensionnement des infrastructures, la gestion des pics de consommation, ou encore l’optimisation des systèmes en fonction des conditions climatiques locales et du coût de l’énergie.

L’enjeu est de concevoir des architectures réellement alignées avec les usages et les contraintes du terrain, afin de garantir à la fois performance, efficacité énergétique et maîtrise des coûts sur le long terme.

Nous sommes témoins d’une transformation de la demande en datacenters au Maroc, passant de l’hébergement classique et du cloud vers des modèles hybrides intégrant des AI factories. Cette industrialisation des centres de données trouve un écho direct dans nos solutions, jusqu’à la modélisation via des digital twins.

- Les engagements ESG font partie du discours obligé des grands groupes industriels. Quels chiffres précis, au Maroc, permettent de vérifier que la réalité est à la hauteur des promesses ?

- Au-delà des engagements ESG, nous mesurons l’impact de nos projets au Maroc à travers des indicateurs directement liés à la performance réelle des infrastructures.

Cela inclut notamment des métriques comme l’intensité énergétique, la réduction des émissions de CO₂, mais aussi des indicateurs plus spécifiques aux data centers comme le PUE ou encore le taux de disponibilité des installations critiques.

L’enjeu est d’avoir une lecture fine et continue de ces performances, afin de démontrer des gains concrets, mesurables dans la durée et directement exploitables par les opérateurs

- Peut-on vraiment parler de datacenters “verts” aujourd’hui, ou est-ce encore en grande partie un compromis entre performance et impact environnemental ?

- Aujourd’hui, parler de data centers entièrement “verts” reste une ambition, plus qu’une réalité absolue.

Le secteur est encore dans une logique d’équilibre entre performance, disponibilité et impact environnemental. Cela dit, des progrès très concrets ont été réalisés, notamment en matière d’efficacité énergétique, d’intégration des énergies renouvelables et de réduction de l’empreinte hydrique.

Plutôt que d’opposer performance et durabilité, la dynamique actuelle consiste à les aligner progressivement, grâce à l’innovation et à des approches de plus en plus intégrées.

Cette question est au cœur du modèle d’utilisation de l’IA et, par conséquent, des datacenters. Il existe une forte ambition autour de l’intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique nécessaire à leur fonctionnement. Nous observons notamment au Maroc des projets structurés autour des énergies renouvelables, marquant un véritable tournant pour concilier efficacité énergétique, durabilité et performance.

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Le 28 avril 2026 à 13h31

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