À cinq mois des législatives, Talbi Alami : “Nous entrons dans cette échéance avec la conviction d'un travail bien fait”
À moins de cinq mois des législatives de septembre, le président de la Chambre des représentants dresse le bilan d'une législature marquée par des avancées numériques indéniables, mais aussi par des insuffisances sur le terrain du contrôle gouvernemental et de la moralisation de la vie publique.
Invité du 12/13 de Médias24 le jeudi 30 avril, Rachid Talbi Alami a livré une défense méthodique du travail parlementaire accompli depuis 2021, sans esquiver les questions qui fâchent : absentéisme des élus, commissions d'enquête avortées, réforme du Code de la famille en suspens et transition à la tête du RNI.
Vers les législatives : "Tout parti qui ne cherche pas à être premier n'a pas de raison d'exister"
À l'approche des élections de septembre, Talbi Alami affiche une sérénité offensive. Le président de la Chambre se dit confiant dans le verdict des urnes, renvoyant dos à dos critiques et contestataires. "Nous entrons dans cette échéance avec la conviction d'un travail bien fait, que nous avons bien travaillé durant cinq ans et nous l'assumons. Tout parti politique qui ne cherche pas à être premier et à diriger le gouvernement n'a aucune raison d'exister".
Sur son bilan personnel au Parlement, le président de la Chambre ne revendique pas une œuvre individuelle. "Je travaille avec 395 députés, pas seul. Mon bilan, c'est qu'il existe un certain consensus autour de toutes les questions, grandes ou petites, et que l'on parvient à des résultats. En tant que président, je crée les conditions pour que tous les groupes travaillent sur un pied d'égalité".
La réalisation dont il tire la plus grande fierté reste la digitalisation du processus législatif, engagée depuis 2014. "Le progrès que nous avons accompli, c'est la numérisation du travail législatif. Aujourd'hui, lors du vote de la loi de finances en séance plénière, les amendements des députés s'affichent en temps réel. Avant, le texte sortait et il fallait deux à trois jours pour le vérifier".
Il cite également l'intégration numérique du Code des douanes et du Code fiscal, désormais accessibles aux parlementaires lors du dépôt de leurs amendements, ce qui évitait auparavant de nombreux hors-sujets rejetés par le gouvernement.
Sur la commission d'enquête sur la viande : "Aucune demande officielle n'a été déposée"
Interrogé sur l'absence de commission parlementaire d'enquête sur la flambée des prix de la viande, Talbi Alami est catégorique : "Officiellement, je vous le confirme : il n'y a pas eu de commission d'information au Parlement. Celui qui souhaite prendre l'initiative d'une telle commission doit venir au Parlement et déposer une demande officielle. Parler à la presse à l'extérieur, c'est son droit, je ne peux pas l'en empêcher. Mais aucune demande officielle n'a été enregistrée".
Il explique le blocage structurel. Une commission d'enquête requiert l'adhésion de l'ensemble des composantes du Parlement. "L'opposition dit que la majorité doit co-signer. La majorité dit : pourquoi signerais-je avec vous ? Ce dialogue de couloirs n'a jamais abouti à une demande formelle".
Il nuance toutefois en rappelant les commissions d'enquête qui ont bien fonctionné comme celle sur Gdim Izik, sur le baccalauréat, sur la Caisse de garantie sociale… précisant qu'elles concernaient "des questions nationales majeures, sans coloration politique, où l'ensemble des composantes du Conseil s'impliquait".
L'absentéisme, un problème réel, mais pas "le plus grave"
Les chiffres que cite Talbi Alami sont éloquents. "Pour le projet de loi de finances 2026, 165 députés sur 395 ont voté, dont 55 contre. Pour la loi de finances 2025, ils étaient 228 sur 395. Pour les lois électorales de décembre, 165 présents".
Il reconnaît le problème, mais refuse d'en faire la priorité absolue. "Ce n'est pas le problème le plus grave. Le vrai problème, c'est que les élus doivent assumer leurs responsabilités. Quand on va voir ses électeurs et qu'on obtient leur confiance, on doit venir voter".
Pour ce qui est des sanctions prévues par le règlement intérieur (amendes et publication des noms), il précise qu'elles ont bien été appliquées, mais que les présidents des groupes parlementaires ont refusé qu'il lise la liste des absents en séance plénière. "Je me suis adressé à la plénière. Les présidents de groupe ont refusé".
Code de la famille : "La réforme, c'est comme réparer quelque chose de cassé"
Sur le Code de la famille, Talbi Alami défend la complexité inhérente à toute réforme. "La législation ne sert pas les intérêts d'une seule personne. Elle sert l'intérêt maximum des Marocains. Quand une nouvelle législation crée une nouvelle situation, elle fait sortir certaines personnes d'une situation pour les faire entrer dans une autre. Ce qui était un avantage peut devenir un préjudice".
Il souligne l'ampleur du processus de consultation mené par le gouvernement – pas moins de 1.200 institutions consultées – et le passage du texte devant le Conseil supérieur des oulémas. "Ce n'est pas un travail de cette législature seule. C'est un processus long".
Et d'illustrer la nature même de tout projet de société : "Le Maroc est singulier. Le jour où Rayan est tombé dans un puits à Chefchaouen, tout le monde s'est solidarisé. Le jour de la Coupe du monde, tout le monde était dans la rue. Le jour du séisme, tous les Marocains se sont serré les coudes". Une cohésion nationale, dit-il, qui doit guider le législateur dans les réformes qui touchent à la vie des gens, y compris dans ses aspects les plus sensibles.
Conflits d'intérêts et moralisation : le vide législatif assumé
Concernant l'absence de législation sur les conflits d'intérêts et l'enrichissement illicite, Talbi Alami reconnaît le vide. "La transparence de la vie publique doit être codifiée et s'appliquer à tous, sans distinction. Les grands titres sont séduisants, mais pourquoi cela n'a pas été fait depuis dix ans ?"
Il renvoie la responsabilité vers le gouvernement, tout en admettant que le Parlement aurait pu peser davantage. "Écrivez-moi ces principes sous forme de texte législatif et apportez-les-moi : je les défendrai".
Sur la transition à la tête du RNI, avec l'élection de Mohamed Chaouki le 7 février dernier en remplacement de Aziz Akhannouch, Talbi Alami balaie tout sous-entendu de crise. "Ce que Aziz Akhannouch a créé au sein du RNI, c'est le respect pour tous. Il se respectait lui-même et respectait les autres. Il a ainsi créé l'atmosphère de ce congrès. Chaque étape a ses hommes. Aziz Akhannouch a accompli sa mission normalement, Mohamed Chaouki est arrivé normalement et va poursuivre".
Il reconnaît que la succession peut surprendre de l'extérieur, mais insiste : "Nous, nous connaissions ce modèle. C'est eux qui sont l'exception, pas nous".
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