Brief Médias24. L'administration Trump en passe de faire plier l'Algérie sur le Sahara ?
À moins de six mois de l’échéance ouverte par la résolution 2797, le temps diplomatique autour du Sahara s’accélère. La rencontre du haut conseiller du président américain pour les affaires arabes et africaines avec l'ambassadeur d'Algérie à Washington donne à voir la volonté tranchée des États-Unis de faire entrer Alger dans une logique de compromis, après des années de blocage, de tactiques dilatoires et de déni.
1 - Les faits.
Ce samedi 9 mai 2026, le haut conseiller du président américain pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, a révélé sur les réseaux sociaux la tenue d'une réunion avec l'ambassadeur d'Algérie à Washington, Sabri Boukadoum, flanqué pour l'occasion de son équipe. Était également présent, selon la même source, le chargé d'affaires des États-Unis à Alger, Mark Schapiro. La date exacte de la rencontre n'a pas été dévoilée, mais on peut imaginer que c'était dans la journée même. Par rapport à l'endroit aussi, tout porte à croire que c'était sur le territoire américain, vraisemblablement à Washington ou dans ses environs. Mais le plus important, et c'est Massad Boulos lui-même qui a vendu la mèche à ce propos, c'est que le dossier du Sahara a figuré sur la table.
2 - Les enjeux.
Un coup de pression américain supplémentaire à l'endroit de l'Algérie ? C'est le moins que l'on puisse dire, et cela ressort éloquemment de la dernière phrase du post de Massad Boulos : "Il est temps d’aboutir à une résolution". Une injonction qui ne dit seulement pas son nom et qui rejoint, dans sa tonalité, celle de l'ambassade des États-Unis à Alger, autrice la veille, c'est-à-dire le vendredi 8 mai 2026, d'une réaction à la nouvelle attaque du mouvement séparatiste du polisario contre la ville de Smara pour insister que "le statu quo ne sert les intérêts de personne et ne peut perdurer". Est-ce dû au dilettantisme algérien ?
Bien évidemment, sur la forme, la première puissance mondiale maintient un discours conciliant. Massad Boulos, pour le citer encore, a indiqué avoir "réitéré l’appréciation des États-Unis pour les efforts diplomatiques vitaux et continus de l’Algérie visant à promouvoir la paix et la sécurité dans la région, y compris son engagement constructif pour parvenir à une solution mutuellement acceptable au différend concernant le Sahara occidental, comme reflété dans la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies". Et il s'est, par la même occasion, également félicité du déroulement de la récente visite à Alger du secrétaire d'État adjoint américain, Christopher Landau, et du commandant de l'Africom, le général Dagvin Anderson, eux-mêmes extrêmement dithyrambiques envers le pouvoir algérien. Ce que d'ailleurs, soit dit en passant, leur a aussi retourné le président Abdelmadjid Tebboune dans son intervention télévisée du 2 mai 2026, dans laquelle il s'était même dit "ému" eu égard au déplacement du numéro 2 de la diplomatie étasunienne dans le pays.
Le fait est que, comme nous l'expliquions il y a quelques semaines, Washington ne se pose pas dans une logique d'adversité envers l'Algérie mais souhaite éminemment, au contraire, l'arrimer à un nouvel ordre nord-africain pacifié, où, surtout, les puissances antagonistes que sont la Russie et la Chine ne pourraient pas mettre à profit les querelles interétatiques pour tenter de faire avancer leurs intérêts. Il s'agit donc, en dernière instance, d'une grille d'analyse froide, et qui requiert, avant toute chose, de saisir le présent momentum post-résolution 2797. Or, ce dernier peut à tout moment se refermer et amener à ce que, encore une fois, l'on se retrouve dans "le statu quo" contre lequel l’ambassade des États-Unis à Alger a mis en garde, comme on en a déjà fait mention plus haut.
De son côté, le Maroc est sûr de lui-même à l'image de son Roi qui, voilà douze ans déjà dans un discours de la Marche verte resté dans les annales, assurait que "le Maroc restera dans son Sahara, et le Sahara demeurera dans son Maroc jusqu’à la fin des temps", à un moment où le contexte n'était pourtant pas aussi favorable à la cause nationale. Mais le Royaume ferait, bien évidemment, bien l'économie d'une perpétuation d'un différend qui dure depuis plus d'un demi-siècle désormais.
3 - L'angle mort.
Dans son entretien du 2 mai 2026, Abdelmadjid Tebboune avait, pour la première fois, ouvert la voie à une mise en œuvre de la résolution 2797, en déclarant, devant des journalistes peu encouragés à le questionner davantage, qu'"elle est en train de faire son chemin". Ce n'est, bien évidemment, pas de gaieté de cœur venant du plus anti-marocain des présidents algériens depuis au moins Houari Boumédiène (juin 1965-décembre 1978), et lui-même incarnation d'un régime qui, au cours des dernières années, a fermé jusqu'aux frontières aériennes avec le Maroc et imposé le visa aux Marocains, sur un fond global d'une propagande médiatique confinant souvent au racisme. Une orientation officielle qui, on le rappelle, a fait figure de stratégie de survie dans le sillage du mouvement de protestation du Hirak, derrière la destitution du président Abdelaziz Bouteflika en avril 2019 et qui, n'eût été la pandémie de Covid-19 qui lui avait mis un coup d'arrêt brutal, aurait probablement fini par toucher au fondement du système politico-militaire qui tient les rênes de l'État depuis pratiquement l'indépendance. Et la reconnaissance par les États-Unis, en décembre 2020, de la souveraineté du Maroc sur son Sahara n'a pas non plus contribué à tempérer la frénésie algérienne, tant s'en faut.
Mais l'Algérie se trouve maintenant contrainte, pour ne pas dire le bras tordu. Comme c'est dans les habitudes des dirigeants de la junte quand il s'agit de la question saharienne, ils ont d'abord cherché à gagner du temps dans les jours qui ont suivi l'investiture, en janvier 2025, du président américain Donald Trump, en ressortant des cartons, à peine 48h après, un mémorandum d’entente dans le domaine de la défense avec les États-Unis, et en signant, dans la même foulée, un accord avec la major américaine Chevron pour l'exploitation des ressources pétrolières offshore algériennes. "Le ciel pour limite", dira même, en mars 2025, Sabri Boukadoum.
Naturellement, les États-Unis sont intéressés — la coopération militaire et économique a d'ailleurs figuré au menu des entretiens de Massad Boulos avec l'ambassadeur algérien, comme le responsable américain l'a lui-même confirmé —, mais pas au point de lâcher leur allié marocain, avec lequel le partenariat est autrement stratégique. Et cela est notamment manifeste dans les semaines qui précèdent l'adoption de la résolution 2797, où l'Algérie, membre du Conseil de sécurité à ce moment, joue son va-tout pour en atténuer la teneur. En vain. Le 20 octobre 2025, Steve Witkoff, émissaire personnel de Donald Trump au Moyen-Orient, affirme sur la célèbre émission "60 minutes" qu'un accord était dans le pipe entre Rabat et Alger dans un délai de "60 jours", mais il ressort a posteriori que c'était certainement à la suite d'indications trompeuses de la capitale algérienne, toujours dans le cadre des atermoiements dont elle est coutumière.
Maintenant, comment pouvoir entériner un accord ? À la suite de la réunion des 8 et 9 février 2026 à Madrid, des sources diplomatiques consultées à l'époque par nos soins nous avaient assuré qu'un texte final était en bonne voie pour être adopté au mois de mai 2026. Et c'est toujours possible, sauf que, comme on peut le deviner, une partie des apparatchiks algériens va certainement chercher à retarder encore plus l'échéance, notamment dans les rangs des officiers qui font partie du clan de l'ultra-marocophobe chef d'état-major, le général Saïd Chengriha. Au point, on peut l'imaginer, de pousser le polisario à perpétrer des attaques terroristes, en espérant saper le processus en cours. Saïd Chengriha n'avait-il d'ailleurs pas encouragé les milices séparatistes, alors qu'il était commandant de la troisième région militaire algérienne, à s'attaquer au Maroc, comme l'avaient révélé des audios obtenus en mars 2016 par la chaîne Médi 1 TV ? Croire en tout cas que la bande de Brahim Ghali a agi en toute autonomie le 5 mai 2026 à Smara semble difficile, sinon naïf.
4 - À suivre...
Nous en sommes déjà à moins de six mois de la fin de la durée d'application de la résolution 2797. Deux voies se posent : que le texte trouve concrétisation et que l'on en finisse donc avec une situation qui ne veut absolument rien dire, ou que l'Algérie le bloque. Bien entendu, celle-ci peut toujours le faire, mais c'est au risque d'être frappée d'anathème par la communauté internationale. Raison qui, à la base, l'a finalement amenée à participer aux négociations actuelles en tant que partie prenante, après avoir pendant des années refusé de s'asseoir aux tables rondes relancées en décembre 2018 par les Nations unies.
Comme illustré par le discours très fort prononcé par le Roi Mohammed VI à l'issue de l'adoption de la résolution 2797, l'objectif du Maroc est loin de vouloir humilier Alger et ses dirigeants mais seulement "de parvenir à une solution qui sauve la face de toutes les parties, sans vainqueur, ni vaincu". Par rapport à la sempiternelle obsession de l'Algérie de vouloir coûte que coûte trouver un débouché océanique, le Souverain avait un an plus tôt, dans son discours de la Marche verte de novembre 2024, rappelé à "ceux" qui, "dans leur convoitise d’un accès à l’Atlantique, instrumentalisent l’affaire du Sahara", que la partie marocaine ne formulait aucune opposition à cet égard. "De fait, ainsi que chacun le sait, le Maroc a été l’artisan d’une initiative internationale tendant à faciliter l’accès des États du Sahel à l’océan Atlantique. Conçue dans un esprit de collaboration, de partenariat et de progrès partagé, cette entreprise se propose d’être bénéfique à l’ensemble des pays de la région", avait-il indiqué.
Le message ne pourrait être plus clair.
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