Brexit: qu'aurait fait Thatcher ?
Margaret Thatcher aurait-elle été pour ou contre un "Brexit" ? La question, purement théorique, déchire eurosceptiques et europhiles du Parti conservateur britannique, chaque camp revendiquant l'héritage de la Dame de fer, morte en 2013.
Au sein même de ce parti, certains se disent "éberlués" qu'on veuille ainsi "réveiller les morts". Mais il était sans doute inévitable que le nom de l'ancienne Première ministre apparaisse dans le débat, elle qui incarne, tel un Ronald Reagan aux Etats-Unis ou un François Mitterrand en France, l'âge d'or d'un parti alors au faîte de sa suprématie.
"Bien que laïques, tous les mouvements politiques ont leur panthéon de divinités, saints et figures d'inspiration. Margaret Thatcher reste la boussole du Parti conservateur moderne", résume Matthew d'Ancona, analyste politique et éditorialiste au Guardian.
Depuis une semaine, il ne se passe pas un jour sans que les Tories ne se disputent sur la position qu'adopterait Margaret Thatcher face au référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE promis pour d'ici à fin 2017 par son lointain successeur, David Cameron.
La partie de ping-pong verbal a été entamée dimanche par Lord Charles Powell, qui a été le plus proche conseiller de la Dame de fer.
- Bataille épistolaire -
Mme Thatcher, a-t-il écrit dans le Sunday Times, aurait "peut-être rugi plus fort" à Bruxelles que David Cameron. Mais en définitive, elle aurait "appuyé l'accord" négocié par l'actuel Premier ministre avec ses partenaires européens.
"Pas du tout", a aussitôt répliqué Norman Tebbit, ancien ministre sous Thatcher : "si elle était encore vivante, je pense qu'elle dirait plutôt : no, no, no", a-t-il insisté, faisant allusion à sa célèbre réaction en 1990 face aux propositions de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne.
La bataille s'est intensifiée vendredi lorsque des conservateurs europhiles ont déterré une vieille lettre, écrite sept ans après qu'elle eut quitté ses fonctions à la tête du gouvernement, dans laquelle elle dit : "la majorité des Britanniques veulent faire partie de l'Europe et moi aussi".
Ce document était censé répondre à une autre missive, brandie cette fois par le vétéran eurosceptique Bill Cash et qui marque l'opposition de Margaret Thatcher au traité de Maastricht renforçant l'intégration européenne.
Première ministre de 1979 à 1990, Margaret Thatcher a été europhile au début de son mandat. Elle avait d'ailleurs fait campagne pour l'appartenance du Royaume-Uni à la Communauté économique européenne (CEE) à l'occasion d'un premier référendum en 1975.
- "I want my money back !"-
Mais son hostilité croissante envers l'UE a fini par contribuer à sa chute et, par effet domino, au revers électoral de son successeur John Major en 1997.
La menace d'un Brexit aujourd'hui n'est que le dernier épisode en date de la relation compliquée entre les Britanniques et le projet européen.
L'UE, qui divisait d'abord les travaillistes dans les années ayant suivi l'adhésion, en 1973, du Royaume-Uni au marché commun, est devenue une vraie pomme de discorde chez les conservateurs sous l'ère Thatcher.
Les petites phrases de la Dame de fer, à commencer par son célèbre "I want my money back !" ("Rendez-moi mon argent !"), auront rythmé toutes les négociations.
Qu'on revendique avec autant de hargne son héritage, trois ans après sa mort et 26 ans après qu'elle a quitté le pouvoir, a toutefois l'air d'en navrer quelques uns au sein du Parti conservateur.
"C'est du grand n'importe quoi, on veut faire parler les morts", s'est ainsi insurgée la députée Anne Main, une eurosceptique notoire.
Mais elle non plus n'a pu s'empêcher de se référer à un ancien discours de Mme Thatcher, dans lequel elle critiquait la "domination" de Bruxelles, pour indiquer la voie à suivre au référendum.