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Ukraine: le Premier ministre fixé sur son sort au Parlement

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Le 16 février 2016 à 11h40

Longtemps chouchou des Occidentaux, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk va être mardi fixé sur son sort à la tête du gouvernement lors d'une session au Parlement après une série de démissions retentissantes de réformateurs et de scandales de corruption.

M. Iatseniouk, 41 ans, qui dirige le gouvernement depuis février 2014 ans, doit présenter son rapport annuel devant la Rada en début d'après-midi.

Après avoir rencontré M. Iatseniouk lundi soir, plusieurs députés de la fraction présidentielle, la plus importante au Parlement avec ses 143 membres, ont d'ores et déjà annoncé que leur force jugerait l'action du gouvernement "insatisfaisante" sans exclure une motion de censure.

Deux autres membres de la coalition, Samopomitch et Batkivchtchina (26 et 19 députés respectivement), se sont clairement prononcés pour le départ de M. Iatseniouk, dont l'action est soutenue par seulement 8% des Ukrainiens alors que près de 70% veulent sa démission, selon un récent sondage.

Si la motion de censure était approuvée, elle pourrait sonner le glas de la coalition pro-occidentale au pouvoir dont les principales forces sont celles du président Petro Porochenko et du Premier ministre (81 députés) et entraîner des élections anticipées dans un pays ruiné par la guerre et frappé par une grave crise économique.

Ce scénario, qui pourrait entraîner une longue période d'instabilité, n'est pas souhaité par les soutiens politiques et financiers occidentaux de l'Ukraine, même si la lenteur des réformes et l'insuffisance des efforts contre la corruption sont régulièrement critiquées dans les capitales occidentales.

La directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde a averti la semaine dernière que le programme du FMI crucial pour le soutien de l'économie ukrainienne ne pourrait pas continuer si des efforts de réformes et de lutte contre la corruption n'étaient pas entrepris par le pouvoir à Kiev.

- Scandales de corruption -

Or, les autorités ukrainiennes sont embourbées dans des scandales de corruption qui ont fait l'objet ces dernières semaines d'investigations dans des médias en Ukraine et ont poussé plusieurs réformateurs à claquer la porte.

Dernière goutte qui a fait déborder le vase et a mobilisé les ambassadeurs du G7 en Ukraine: la démission début février du ministre de l'Economie réformateur Aivaras Abromavicius. Ce Lituanien naturalisé Ukrainien a expliqué qu'il ne voulait plus faire partie d'un système incapable de "combattre la corruption".

Un proche de M. Iatseniouk, Mykola Martynenko, avait dû renoncer en décembre à son mandat de député à la suite de la publication d'éléments du dossier de l'enquête menée en Suisse contre lui pour des pots-de-vin de plus de 6 millions d'euros qu'il aurait touchés de l'usine tchèque Skoda en échange de l'autorisation de fournir des équipements pour les centrales nucléaires ukrainiennes.

Un autre proche du Premier ministre, le puissant ministre de l'Intérieur Arsen Avakov, est accusé par des médias de diriger une société immobilière en Italie ce qui est interdit aux fonctionnaires ukrainiens ainsi que de faire prospérer les affaires de sa famille dans le secteur gazier grâce à des avantages fiscaux.

"Nous constatons malheureusement un échec total du système politique ukrainien", analyse Volodymyr Fessenko, un politologue indépendant interrogé par l'AFP. "On attendait de Iatseniouk un élan réformateur qui s'est essoufflé à peine commencé", poursuit-il.

Parmi les succès du gouvernement de Iatseniouk, les experts citent la stabilisation macro-économique, la création d'une nouvelle police de patrouille sur l'exemple américain, la réduction de la dépendance aux gaz et charbon russes et plus de transparence dans le systèmes des achats publics jugés très corrompus.

"Le problème le plus grave est que le gouvernement n'a pas de soutien au Parlement. Parmi ses plus gros échecs: l'absence de réformes dans le secteur de la fonction publique, dans les privatisations ainsi que dans les entreprises publiques" déficitaires, souligne Olena Bilan économiste en chef du groupe d'investissements Gragon Capital interrogée par l'AFP.

"Les gens auraient pardonné à ce gouvernement les mauvais résultats économiques s'il avait réussi à changé le système. Or Iatseniouk a refait les peintures là où il fallait briser les murs", souligné le politologue Mykola Davydiouk.

"Il a déçu les Ukrainiens et n'a pas justifié les attentes des Occidentaux parce qu'il ne lutte pas contre la corruption", a-t-il conclu.

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Le 16 février 2016 à 11h40

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