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EDUCATION

Balafrej: Voici pourquoi j’ai voté contre la loi cadre sur l’éducation

Quatre députés ont voté contre le projet de loi-cadre sur l'éducation, adopté à la majorité le 22 juillet. Deux du PJD et deux de la FGD. Les islamistes en opposition à l’alternance linguistique, les gauchistes en raison du risque de « marchandisation » de l’éducation.

Mehdi Michbal
Le 26 juillet 2019 à 11h35 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Le projet de loi cadre sur l’éducation a été adopté lundi dernier à la majorité à la première Chambre. Seuls 4 députés ont voté contre le texte de loi, dont deux du PJD et deux autres de la FGD.

Ce vote défavorable a créé la confusion chez les sympathisants de la formation de gauche, représentée au Parlement par Omar Balafrej et Mostafa Chennaoui.

Si le sens du vote est le même, les raisons des uns et des autres sont totalement différentes.

Les deux députés PJD (El Mokrie Abouzayd El Idirissi et Mohamed Elotmani), c’est connu, s’opposent au projet de loi-cadre en raison des fameux articles 2 et 31 qui introduisent l'enseignement des matières scientifiques et techniques en langues étrangères. Ce qui n’est pas le cas de la FGD, précise Balafrej dans une interview accordée à Médias 24.

« Nous avons soutenu les articles 2 et 31. Et nous avons toujours été pour l’introduction des langues étrangères dans les matières scientifiques. C’est une position pragmatique que nous avons tout le temps exprimé », explique-t-il pour lever toute ambiguïté.

« Le ministre de l’Education nous avait expliqué que les décrochages dans l’enseignement supérieur se font à cause du manque de maîtrise de la langue française. Nous sommes entièrement d’accord avec lui sur ça. Nous considérons également que si on ne maîtrise pas le français, il est très difficile d’accéder au marché de l’emploi dans le secteur privé. Notre position est claire là-dessus et c’est la raison pour laquelle nous avons soutenu ces deux articles », explique Balafrej qui dénonce au passage l’hypocrisie de certains politiques qui défendent l’arabisation tout en mettant leur progéniture dans des écoles privées ou dans des missions étrangères.

"Je ne suis pas contre le privé, mais son poids doit rester limité"

Pourquoi alors ce vote défavorable ?

Pour deux raisons, explique le député FGD :

1 -Parce que le projet de loi-cadre apporte de nouvelles incitations au secteur privé,

2- Et parce qu’il n’est pas assez ambitieux sur la place et le rôle que doit jouer l’école publique

Les deux députés FGD dénoncent en gros ce qu’ils appellent la « marchandisation de l’éducation » et pointent du doigt la puissance du lobby des écoles privées, qui pèse selon Balafrej plus de 10 milliards de dirhams de chiffre d’affaires annuel et dont beaucoup d’hommes politiques font partie, signale-t-il.

« Le secteur privé au Maroc représente aujourd’hui 15% de l'effectif des étudiants contre 4% au début des années 2000. Si on continue de lui offrir des incitations, il va monter à 30% voire 40%. Et cela peut se révéler catastrophique pour le pays. Il n’y a pas un seul pays développé qui n’investit pas massivement dans l’école publique. Même dans les pays les plus libéraux, comme les Etats-Unis, le poids du privé ne dépasse pas 10%. En Tunisie, pour prendre un exemple plus proche de nous, le privé représente à peine 2%. En Turquie il est à 1% », argumente le député FGD.

« L'éducation ne doit pas être un secteur marchand. Je ne suis pas contre le privé, mais il doit rester à des proportions raisonnables. C’est le premier point qui nous a poussés à exprimer ce vote défavorable.

« Le second tient au manque d’ambition pour un réel développement de l’école publique. Car on ne pourra pas développer une vraie ambition sans argent et sans solidarité. Or, toutes nos propositions de transfert budgétaire vers l’éducation et d’instauration de taxes de solidarité (impôts sur la fortune et taxe sur l’héritage) ont été rejetées, et le gouvernement n’est pas assez clair sur cette question des moyens à allouer au secteur ».

« L’école publique a besoin d’un choc de 20 milliards de dirhams »

Pour Balafrej, l’école publique a besoin d’un « choc » de 20 milliards de dirhams pour se donner les moyens de ses ambitions. De l’argent qui doit être investi selon lui dans l’accélération du programme des écoles communautaires, la formation continue des enseignants, l’équipement des écoles, l’investissement dans le transport scolaire…

« Il y a des expériences intéressantes que mène le gouvernement, comme les écoles communautaires dans les milieux reculés. Mais on en fait 10 chaque année, alors qu’on a besoin actuellement de 1.000 écoles. A ce rythme, il nous faut un siècle pour boucler ce programme. Ce n’est pas normal. L’éducation a besoin de moyens. Sans argent, on ne peut rien faire », tonne-t-il.

Balafrej rejoint sur ce point l’économiste Youssef Saadani qui a proposé lors de la conférence débat sur les 20 ans de règne, organisée par le RNI d’allouer tous les ans 2 points supplémentaires de PIB à l’éducation pour en faire un véritable levier de développement humain et de cohésion sociale.

« Quand on rejette toutes nos propositions de transfert budgétaire vers l’éducation, et que je vois les lois de finances passer sans qu’on prenne les décisions qui s’imposent, comment voulez-vous que j’aie cofinance ? Quand vous n'avez pas cette ambition, et qu’on nous amène une loi avec de grands titres, comment voulez-vous que je vote pour ? », explique le député FGD.

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Mehdi Michbal
Le 26 juillet 2019 à 11h35

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