Bilan économique : Le gouvernement loin du compte
Le gouvernement qualifie le bilan d’étape de son mandat 2017-2021 de positif et riche en réalisations. A-t-il une obligation de moyens ou de résultats ? Sur le plan économique, les résultats sont en tous les cas loin des objectifs : croissance, déficit, emploi…
Le chef du gouvernement Saâdeddine Elotmani a présenté, lundi 13 mai devant les deux chambres du Parlement, le bilan d’étape du mandat 2017-2021 de l’Exécutif.
Le gouvernement rend des comptes sur la base du programme gouvernemental présenté au Parlement après sa nomination. Un programme qui constitue en quelque sorte le contrat qui le lie aux élus de la nation.
Le programme gouvernemental comprend 5 axes :
- Soutien à l’option démocratique et aux principes de l’Etat de droit et consécration de la régionalisation avancée.
- Renforcement des valeurs d’intégrité, réforme de l’administration et ancrage de la bonne gouvernance.
- Développement du modèle économique, promotion de l’emploi et développement durable.
- Renforcement du développement humain et de la cohésion sociale et spatiale.
- Renforcement du rayonnement international du Maroc et promotion de ses causes justes à travers le monde.
Médias24 consacre cet article au 3ème axe, autrement dit, au volet économique.
L’Exécutif qualifie le bilan d’étape de l’action gouvernementale de « positif » et de « riche en réalisations ». Il est vrai que la présentation faite devant les parlementaires contient une multitude de mesures réalisées ou en cours de réalisation pour stimuler l’entreprise et l’emploi et améliorer la compétitivité de l’économie.
Mais le gouvernement a-t-il une obligation de moyens ou de résultats ?
Les objectifs à l'horizon 2021
Dans son programme gouvernemental, l’Exécutif s’était engagé sur un certain nombre d’objectifs économiques qu’il compte atteindre à l’horizon 2021 à travers la mise en place de plusieurs mesures. Ces objectifs sont :
- Une croissance économique moyenne entre 4,5% et 5,5%.
- Un déficit budgétaire dans la limite de 3% du PIB.
- Un endettement du Trésor de moins de 60% du PIB.
- Un taux d’inflation de moins de 2%.
- Un taux de chômage dans la limite de 8,5%.
Malgré les mesures prises, les budgets consacrés, le temps perdu et les moyens humains mobilisés, on est loin des objectifs, à deux ans et demi de l’échéance.
Les données de 2017 et 2018 sont disponibles. Les prévisions de 2019 également, parfois même de 2020 et 2021 pour certains indicateurs.
Les résultats à mi-mandat
Voici les résultats :
- La croissance économique a été de 4,1% en 2017 et de 2,8% en 2018. Bank Al-Maghrib prévoit 2,7% en 2019 et 3,9% pour 2020. Pour sa part, le FMI table sur 4,2% en 2021.
A moins d’un retournement inattendu de la situation, la croissance moyenne sur la période 2017-2021 sera donc inférieure à la fourchette 4,5%-5,5% visée par le gouvernement.
Malgré tous les efforts, la croissance reste dépendante des aléas climatiques, et la transformation du secteur non agricole demeure lente.
Les performances de certains secteurs sont épongées par les difficultés d’autres activités. Sans parler des opportunités ratées, notamment dans le domaine du digital. Une dynamique d’ensemble fait défaut.
- Le déficit budgétaire est passé de 3,6% du PIB en 2017 à 3,7% en 2018. Le gouvernement prévoit 3,7% également pour 2019 (hors recettes des privatisations). Le FMI espère un redressement par la suite : 3,3% en 2020 et 3% en 2021.
La tendance est défavorable pour l’instant. L’orientation sociale des budgets pour apaiser les tensions et tenter de réduire les disparités, le renchérissement du gaz et son impact sur les dépenses de compensation, l’augmentation des salaires des fonctionnaires, le développement limité des recettes courantes de l’Etat… font que l’on s’éloigne de l’objectif d’un déficit limité à 3% du PIB.
Les dernières assises de la fiscalité ont abouti à la nécessité d’élargir l’assiette fiscale. Mais c’est un chantier de long terme. Pour leur part, les dépenses de l’Etat semblent difficilement compressibles. L’issue serait-elle d’augmenter le dénominateur, le PIB ? Agir sur cet indicateur est clairement plus difficile que de manier les finances publiques.
- Le corollaire du déficit budgétaire est l’endettement du Trésor. Alors que le gouvernement table sur moins de 60% du PIB à l’horizon 2021, l’on est passé de 65,1% en 2017 à 65,2% en 2018. Un niveau qu’on devrait garder en 2019, selon le FMI qui prévoir une aggravation en 2020 à 64,5% avant une détente en 2021 à 63,3%.
Ceci, sans parler des niveaux alarmants de la dette des entreprises publiques (ONCF, ADM, ONEE…), qui est contractée en devises étrangères principalement et qu’on peine à réduire.
- Le taux de chômage, que le gouvernement veut limiter à 8,5%, culmine toujours autour de 10% : 10,2% en 2017, 9,8% en 2018, 10,1% prévu par le HCP en 2019.
Le taux de chômage est rigide à la baisse depuis des années. La croissance et l’investissement sont très pauvres en emplois alors que la population en âge de travailler croît fortement avec la transition démographique.
Les chiffres des emplois créés dans l’industrie et la fonction publique, mis en avant par le gouvernement, ne reflètent pas la réalité, où l’informel pèse beaucoup, où la transformation de l’économie génère des destructions d’emplois dans l’agriculture et le BTP sans qu’il y ait assez de créations dans des métiers nouveaux.
Le taux de chômage est plus inquiétant pour les jeunes diplômés des villes. Et il pouvait l’être encore plus si le taux d’activité de la population en âge de travailler n’était pas très bas. Autrement dit, les chômeurs sortent carrément du marché du travail par découragement.
Toutes les mesures prises, comme l’exonération des emplois créés par les nouvelles entreprises, n’ont rien changé.
Cette situation constitue un danger pour la cohésion sociale.
- Seul indicateur conforme à l’objectif 2021, le taux d’inflation reste très bas : 0,7% en 2017, 1,9% en 2018, 0,6% attendu par BAM en 2019 et 1,1% en 2020.
Toutefois, l’on ne peut parler de réalisation car ce n’est pas le gouvernement qui détermine le niveau des prix (carburants, fruits et légumes, enseignement privé…). De plus, juguler l’inflation est davantage la prérogative de la Banque centrale, qui est indépendante et qui dispose des instruments de politique monétaire pour ce faire.
Démobilisation générale
Le bilan d’étape est encore loin des objectifs qui semblent difficilement réalisables. En fait, le gouvernement n’est pas vraiment tenu de les atteindre à 100%. Il est surtout tenu de montrer qu’il s’en approche à travers des renversements de tendance. Tout le monde sait que redynamiser la croissance ou créer plus d’emplois n’est pas chose facile.
Le problème, c’est la démobilisation générale qui règne, le manque de confiance et de visibilité, l’absence de leadership politique qui fixe le cap et qui montre la voie. Le wali de la Banque centrale l'a clairement dénoncé lors de sa dernière sortie médiatique.
Les réformes et les mesures semblent éparpillées, sans aucune cohérence d’ensemble et surtout menées très lentement. C’est d’un véritable coup d’accélérateur et d’un regain de confiance que l’économie a besoin pour emprunter le bon chemin.
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