Abdelouahed Jraifi
Auteur et chercheur en TIC5G aujourd’hui, 6G demain : le défi stratégique de la monétisation des réseaux
La monétisation de la 5G dépasse la dimension technologique pour devenir un enjeu stratégique majeur. L’enjeu est de passer d’une logique de volume à une logique de valeur, en développant des services innovants à forte valeur ajoutée.
D’emblée, il importe de souligner que la monétisation de la 5G dépasse largement la simple question des performances techniques. Elle renvoie à un enjeu beaucoup plus structurant : la capacité des opérateurs à repenser en profondeur leur modèle économique. Autrement dit, il ne s’agit plus de vendre des gigaoctets (Go), mais de proposer des services à forte valeur ajoutée, en phase avec les besoins réels des entreprises et des territoires, au service d’une véritable transformation économique et sociale.
Le premier défi, à l’échelle mondiale, est celui du modèle économique. La data est devenue une commodité, caractérisée par une baisse continue des prix et une concurrence accrue. Dans ce contexte, continuer à fonder la croissance sur la vente de volumes expose les opérateurs à une érosion progressive de leurs revenus. La 5G impose ainsi un basculement vers une logique de création de valeur, fondée sur des services différenciés et monétisables.
Le deuxième défi est technologique. La majorité des déploiements actuels repose encore sur la 5G NSA, limitée par sa dépendance à la 4G. Or, seule la 5G Stand Alone (SA) permet d’exploiter pleinement les capacités de la 5G, notamment en matière de latence, de fiabilité et de segmentation des réseaux (network slicing). Sans ce basculement, les opérateurs peinent à proposer des offres premium capables de générer de nouveaux revenus.
Le troisième défi concerne le retour sur investissement (ROI). Les coûts de déploiement des infrastructures 5G, en particulier en mode autonome (SA), sont considérables, alors même que les cas d’usage à forte rentabilité restent encore émergents. Cette tension entre CAPEX élevé et revenus incertains constitue un frein majeur à l’accélération des déploiements.
Le quatrième défi est lié à l’écosystème. La monétisation de la 5G repose sur le développement de services innovants dans des secteurs tels que l’industrie, l’enseignement, la santé, les transports ou encore le divertissement. Cela suppose une collaboration étroite entre opérateurs, industriels, startups et acteurs publics. Or, dans de nombreux contextes, cet écosystème reste fragmenté et insuffisamment structuré.
Le cinquième défi est celui des compétences. La transition vers un modèle orienté services nécessite une montée en compétences significative dans des domaines tels que le cloud, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les solutions métiers. Les opérateurs doivent ainsi engager une transformation culturelle profonde pour passer d’une logique d’ingénierie réseau à une logique de plateforme de services.
Au Maroc, ces défis prennent une dimension particulière. Le marché est marqué par une forte pression concurrentielle, limitant les marges et compliquant la monétisation de nouveaux services. Par ailleurs, l’écosystème numérique, bien qu’en développement, doit encore gagner en maturité pour soutenir des cas d’usage à forte valeur ajoutée. La question des compétences y est également centrale, notamment en matière de formation et d’adaptation des profils aux exigences de la transformation digitale.
Cependant, le Maroc dispose d’atouts stratégiques importants. Les grandes échéances à venir, notamment la Coupe du monde 2030, offrent une opportunité unique pour accélérer le déploiement de la 5G et amorcer la transition vers la 6G, tout en développant des services innovants : stades intelligents, mobilité connectée, sécurité renforcée et expérience touristique augmentée. Encore faut-il inscrire ces projets dans une vision cohérente, articulée autour de la 5G SA et d’une mobilisation effective de l’ensemble des acteurs.
En définitive, la monétisation de la 5G constitue un défi multidimensionnel, à la fois économique, technologique, organisationnel et humain. Sa réussite dépendra de la capacité des opérateurs à se réinventer, en passant d’un rôle de fournisseur de connectivité à celui d’acteur central de la création de valeur numérique. C’est à ce prix que la 5G pourra tenir ses promesses, tant au niveau mondial qu’au Maroc.
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