Abdelouahed Jraifi
Auteur et chercheur en TIC5G : la promesse et la fracture
Synonyme de villes intelligentes, de stades connectés et de services ultra-rapides, cette révolution numérique pourrait transformer l’économie et la vie quotidienne. Mais derrière l’enthousiasme, des questions demeurent : santé, environnement, cybersécurité et fracture numérique.
A l’approche de deux événements d’envergure -la coupe d’Afrique des nations 2025 (CAN-25) et la coupe du monde 2030- le Maroc est en pleine préparation pour franchir une nouvelle étape dans sa modernisation technologique : le déploiement de la 5G.
Qualifiée de levier de transformation profonde du pays, cette technologie sans fil 5G permet un saut qualitatif dans les domaines économiques, industriels et sociaux. Mais si les promesses sont nombreuses, les inquiétudes ne le sont pas moins.
Pour un Maroc qui se veut vitrine africaine de l’innovation, le timing est parfait.
Le gouvernement, les opérateurs télécoms et plusieurs acteurs du secteur privé mettent en avant les bénéfices immédiats : des débits très élevés par rapport à la 4G, une latence presque nulle et une capacité de connexion simultanée qui ouvre la voie à des villes intelligentes, des véhicules autonomes et des services publics plus efficaces.
Dans les stades, les aéroports, les hôpitaux ou les gares qui accueilleront les foules mondiales, la 5G pourrait permettre une gestion fluide des flux, une sécurité renforcée et des expériences spectateurs inédites en faisant appel à la réalité augmentée (RA) et à la réalité virtuelle (RV).
Pour un Maroc qui se veut vitrine africaine de l’innovation, le timing est parfait.
Prudence
Mais au-delà de l’élan, des voix s’élèvent pour appeler à la prudence.
D’abord, sur le front sanitaire. L’arrivée d’antennes supplémentaires, en cœur de ville ou à proximité des habitants, suscite des questions : quelles conséquences à long terme sur la santé ?
Dans ce cadre, le rôle du régulateur, des scientifiques est très important pour rassurer les gens et ne pas céder la place aux fake news, et en les sensibilisant aux bonnes pratiques d’utilisation.
L’autre préoccupation majeure concerne l’environnement. L’univers numérique n’est pas uniquement immatériel. Entre la fabrication des nouveaux terminaux compatibles 5G, l’énergie pour faire fonctionner les infrastructures et les effets indirects liés à l’accroissement des usages, l’empreinte carbone du numérique inquiète.
Creuser la fracture numérique?
Et puis, il y a le territoire car si les grandes villes comme Rabat, Casablanca, Tanger ou Marrakech sont prêtes à accueillir la 5G, qu’en est-il des zones éloignées ? Le risque est clair : creuser un peu plus la fracture numérique.
Là où les grandes villes se doteront d’usines connectées et de services intelligents, d’autres régions pourraient rester à la traîne, faute d’investissement rentable pour les opérateurs. Une inégalité de traitement qui pourrait renforcer les disparités déjà existantes.
La question de la souveraineté numérique s’invite aussi dans le débat. Dans un monde où les infrastructures télécoms sont souvent conçues, déployées et sécurisées par des multinationales étrangères, qui contrôle les réseaux ? Qui détient les données ?
Avec la 5G, la dépendance technologique devient plus visible que jamais.
Enfin, un autre chantier se dessine fermement : celui de la cybersécurité. Car si la 5G facilite l’interconnexion des objets, elle multiplie aussi les portes d’entrée pour les cybercriminels. Caméras, capteurs, bornes connectées : chaque maillon peut devenir une faille.
Reste que la 5G ne doit pas être perçue uniquement comme une avancée technique, mais comme un projet de société. Un choix stratégique qui engage le pays pour les prochaines décennies.
Elle peut permettre une meilleure inclusion, faciliter l’accès à la santé dans les zones isolées, soutenir la digitalisation de l’éducation, moderniser l’agriculture à condition qu’elle ne laisse personne de côté.
Aujourd’hui, alors que les regards du continent et du monde se tournent vers le Maroc, l’enjeu dépasse la vitesse de connexion. Il s’agit de définir le rôle du numérique dans le Maroc de demain : un outil de performance économique, certes, mais aussi un instrument d’équité, de souveraineté nationale et de cohésion sociale.
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