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Appuyer les progrès des pays en transition

NEW YORK– Dans le plus récent rapport de la Banque mondiale sur la " facilité de faire des affaires ", la moitié des pays d’Europe de l’Est et d’Asie centrale figuraient dans les 50 premiers du classement mondial. À titre de mesure de maturité économique, le rapport confirme ce que beaucoup dans la communauté de développement international savent depuis longtemps: la région est en ascendance.  

Le 5 avril 2018 à 12h09

Au cours de la dernière décennie, les économies d’Europe de l’Est et d’Asie centrale ont enregistré des gains spectaculaires, étayées par des réformes ambitieuses des marchés et du secteur public. La question désormais est de savoir comment s’assurer que ce progrès- qui a triplé la taille de la classe moyenne- continue.

Les indices de la prospérité économique et sociale de la région sont omniprésents. En Azerbaïdjan, les revenus se sont grandement accrus dans les dernières décennies. Aujourd’hui, seulement 5% de la population vivent maintenant sous le seuil de pauvreté -en baisse de presque 50% en 2002. Ailleurs, l’Estonie est le troisième pays en Europe en lancements d’entreprises par personne et est dotée des infrastructures internet les plus rapides au monde. Et de l’Albanie au Kirghizistan, les réseaux de prestation électronique de services publics permettent au plus grand nombre d’accéder aux services essentiels en ligne et sur les portails électroniques.

Mais même si la tentation est forte de présumer que la région ne peut que devenir plus prospère, des blocages structurels continuent de freiner les progrès, particulièrement dans l’ouest des Balkans, le sud du Caucase et certaines régions de l’Asie centrale. Pour conserver l’élan dans l’atteinte d’ici 2030 des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, les dirigeants doivent s’atteler à trois grandes problématiques.

En premier lieu, les économies de la région doivent être renforcées en se dotant de mesures incitatives pour un développement plus réfléchi et plus durable. Par exemple, il faut revoir le bien-fondé des subventions aux combustibles fossiles, car elles freinent les investissements dans des projets d’efficacité énergétique et retardent le développement des technologies renouvelables. De même, alors que le financement public des régimes de pension et des programmes de bien-être dépend sur l’impôt des salariés, la plupart des pays de la région connaîssent des taux de chômage très élevés ; dans l’ouest des Balkans, les emplois sont plus que rares ou inexistants. La création d’emplois est un problème urgent à régler dans tous les États de la région.

En deuxième lieu, dans bon nombre de pays, l’espace de la société civile se restreint, constituant une menace au pluralisme et à l’imputabilité. Pour éviter les conflits et donner la parole aux groupes marginalisés de la région, la tolérance et le respect des droits de la personne doivent faire partie intégrante de l’administration publique.

Finalement, la région doit coordonner ses stratégies pour s’adapter aux bouleversements que l’automatisation et l’intelligence artificielle entraîneront sur le marché de l’emploi. Les dirigeants de certains pays, particulièrement le Belarus, redirigent la production économique de l’industrie lourde vers les secteurs de nouvelles technologies. Mais les autorités de tous les pays peuvent en faire davantage pour renforcer la capacité d’adaptation de leur main-d’œuvre.

Heureusement, les instances gouvernementales, les entreprises de technologie, des groupes de la société civile et des journalistes sont conscients de l’ampleur des problèmes et travaillent de concert pour créer des institutions plus transparentes et responsables. Dans beaucoup de pays, les chefs d’État utilisent les ODD pour guider leur planification nationale ainsi que les initiatives de réformes des institutions. Les parlements de plusieurs pays d’Asie centrale ont même souscrit aux ODD et s’en servent comme feuille de route pour le développement.

Les changements de ce type contribuent à traduire les ambitions de développement en actions concrètes. L’Etat arménien a récemment créé le premier laboratoire national qui vise à innover dans le domaine des ODD, une collaboration qui a pour but d’"accélérer" la mise en œuvre des ODD. Les premières initiatives de recherche porteront principalement sur l’accroissement de la capacité de perception des impôts du pays, l’amélioration de son réseau d’enseignement et l’essor de son secteur des énergies renouvelables.

Parallèlement, les planificateurs de la Moldavie ont utilisé le financement communautaire pour recueillir des millions de dollars des Moldaves vivant à l’étranger pour financer des projets de développement durable au pays. Les initiatives de revitalisation comprenaient la reconstruction d’une place publique dans la capitale, Chișinău et l’agrandissement des infrastructures dans des zones rurales.

Le secteur privé de la région participe lui aussi activement aux initiatives de développement durable. Des systèmes écologiques de chauffage et de climatisation de Siemens aux politiques d’Unilever en matière de "parité des salaires pour un même travail", les multinationales ayant des activités en Europe de l’Est et en Asie centrale adoptent la durabilité et l’égalité comme modèles commerciaux viables.

Dans quelques décennies seulement, les populations d’Europe de l’Est et d’Asie centrale ont été témoins de profonds changements politiques et économiques. Pour bâtir sur des progrès de développement déjà réalisés, les pays et les organismes doivent apprendre les uns des autres, en adaptant des solutions aux conditions locales. Ce sera le thème principal des Dialogues de développement d’Istanbul, un congrès annuel mondial organisé par le Programme de développement de l’ONU, cette semaine. Comme le fait valoir le plan stratégique PDNU pour 2018-2021, la collaboration est un élément essentiel à toute stratégie de développement durable.

Si la mesure d’un pays peut être jaugée par la facilité de mener des affaires à l’intérieur de ses frontières, les Etats d’Europe de l’Est et d’Asie centrale se trouvent devant un avenir radieux. Grâce à des dirigeants éclairés, qui se sont fixé pour but de transformer les économies de la région et de moderniser leurs institutions, les gains récents de la région ne seront pas éphémères.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2018
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Le 5 avril 2018 à 12h09

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