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Discours du Trône 2025 : le Roi Mohammed VI tend la main à l’Algérie pour l’aider à sauver la face

S'il faut retenir quelque chose du dernier discours du Roi Mohammed VI, prononcé le mardi 29 juillet à l'occasion du 26ᵉ anniversaire de son intronisation, c’est que le Souverain marocain entend rester fidèle à la sage ligne de désescalade et de dialogue adoptée par son père, le Roi Hassan II, et son grand-père, le Roi Mohammed V, à l’égard de l’Algérie.

Le 31 juillet 2025 à 16h06

"Je tiens à réitérer ma volonté de rester ouvert à notre environnement régional, en particulier à nos voisins immédiats et à la relation avec nos frères et sœurs en Algérie", a déclaré le Souverain marocain dans ce discours multidimensionnel.

"Ma position, en tant que Roi du Maroc, est aussi claire que constante : le peuple algérien est notre frère et notre sœur ; il partage des liens humains et historiques profonds avec le peuple marocain. Les liens de la langue, de la religion, de la géographie et du destin commun nous unissent".

En substance, ce discours royal a exprimé l’assurance et la sérénité grandissantes du Maroc sur la scène diplomatique. Le Roi Mohammed VI, artisan d'une succession de remontadas diplomatiques sur la question du Sahara, a souligné la résolution du Maroc à poursuivre la mise en place des pièces maîtresses d’une solution durable qui met fin au différend sur le Sahara.

D'autant plus qu'il est désormais admis dans les milieux diplomatiques que le Maroc a, au cours des dix dernières années, enregistré des succès diplomatiques sans précédent en faveur de son intégrité territoriale. Ou, comme je l'ai soutenu dans un article récent et dans mon ouvrage, la leçon centrale à tirer de l’évolution du dossier saharien depuis la reconnaissance américaine de décembre 2020 est que le Maroc s’approche progressivement d’un règlement irréversible du différend sur le Sahara en sa faveur.

Une décennie de remarquables percées diplomatiques

En effet, après cette reconnaissance déterminante des États-Unis en faveur de la position marocaine dans le dossier du Sahara, le Maroc a su élever sa diplomatie à un niveau supérieur. Il a réussi à convaincre des puissances internationales et régionales majeures, telles que l’Espagne, la France, le Royaume-Uni et le Portugal, d’appuyer son plan d’autonomie comme étant la seule solution viable pour résoudre ce conflit territorial. À l’inverse, la diplomatie algérienne a connu une chute sans précédent et une série de revers au cours de la même période.

De fait, depuis que le Maroc a rejoint l’Union africaine en janvier 2017, la politique étrangère algérienne semble dépassée, hésitante, incapable d’anticiper les mouvements du Royaume. Résultat : le Maroc a patiemment renforcé sa position de leader en Afrique en développant des alliances stratégiques sur le continent et en maintenant un équilibre favorable dans la région. Et cela lui a surtout permis d’assurer une présence continentale plus solide, voire une certaine hégémonie régionale.

La toute dernière confirmation de ce momentum continental date d’il y a à peine quelques semaines, quand le régime algérien a essuyé un nouveau revers douloureux sur le continent africain. En effet, le Ghana a officiellement et sans équivoque exprimé son soutien au plan d’autonomie marocain, qu’il a qualifié de "seule solution réaliste" pour régler le conflit du Sahara.

Cela implique que le Ghana, qui faisait autrefois partie des pays ayant des relations diplomatiques avec la République autoproclamée établie à Tindouf, fait désormais partie de la longue liste de nations qui estiment que la sauvegarde de la souveraineté marocaine est le seul horizon politique souhaitable et viable pour le Sahara. Ce qui est encore plus révélateur de la grandissante prévalence de la position marocaine en Afrique, c’est que cette nouvelle posture du Ghana est intervenue moins de deux semaines après que le Kenya, autrefois fervent défenseur de l’agenda séparatiste de l’Algérie, a réaffirmé son soutien au plan d’autonomie marocain, le qualifiant de seul cadre viable pour résoudre le différend sur le Sahara.

L'on voit donc clairement que si l'Algérie était autrefois influente sur une grande partie du continent africain, et qu'elle utilisait régulièrement l’Union africaine comme tribune pour promouvoir l’agenda séparatiste de ses poulains séparatistes de Tindouf, sa diplomatie semble désormais à bout de souffle pour arrêter ou ralentir les grandes enjambées marocaines dans le marécage diplomatique du Sahara. Ainsi donc, alors que les vents géopolitiques soufflent désormais résolument en faveur du Maroc, Alger se retrouve de plus en plus déconnectée de cette dynamique géopolitique. Elle est, pour le dire sèchement, comme réduite à observer avec désarroi l’effondrement irréversible du château de cartes qu’elle a passé des décennies à ériger grâce à ses pétrodollars.

Le dilemme persistant de l’Algérie

Or, en dépit de toute cette remarquable série de victoires diplomatiques, le discours du Roi mardi soir a surtout fait montre de la sobriété, de la prudence et d'un certain sens de mesure. Cette attitude s’explique par la conviction du Souverain marocain, comme il l’a suggéré implicitement dans son discours, qu’on ne peut pas insulter l’avenir.

Autrement dit, le souverain marocain sait fort bien que les intérêts du Maroc, tout comme ceux de la région maghrébine dans son ensemble, résident ultimement dans la création d’un bloc économique avec les pays voisins, au premier rang desquels figure l’Algérie. Le Roi Mohammed VI l'a d'ailleurs martelé dans son discours de mardi : "J’ai toujours tendu la main à nos frères en Algérie et affirmé que le Maroc était prêt pour un dialogue franc, responsable, fraternel et sincère sur les diverses questions en suspens entre les deux pays. Mon engagement ferme à tendre la main à nos frères en Algérie procède de ma conviction dans l’unité de nos peuples et dans notre capacité à surmonter, ensemble, cette situation déplorable".

L'on comprend aisément pourquoi la célébration des gains diplomatiques historiques du Maroc n’a pas empêché le Souverain marocain de tendre une main fraternelle à l'Algérie et de reconnaitre la prégnance des défis actuels et à venir. Pour lui, la célébration de la Fête du Trône offre avant tout "une occasion de réfléchir à la position de la Nation : aux acquis que nous avons réalisés, aux projets à venir, et aux défis qui nous attendent, alors que nous envisageons l’avenir avec confiance et optimisme".

Cette nouvelle offre royale de dialogue et de réconciliation avec Alger intervient alors que le régime algérien persiste sur sa voie vieille de plusieurs décennies, jouant toutes les cartes politiques à sa disposition pour prolonger le conflit du Sahara et empêcher le Maroc de recouvrer pleinement ses provinces du Sud.

La question est maintenant de savoir si, et comment, le régime algérien répondra au message du Roi. Alger parviendra-t-elle à rompre avec son histoire d’inimitié profonde envers le Maroc et acceptera-t-elle enfin l’offre d’amitié du Roi Mohammed VI ? Sauf en cas d’un bouleversement politique majeur en Algérie et d’une modification radicale de l’idéologie et des comportements de son régime, ce qui est hautement improbable, ou à moins que l’administration américaine n'exerce une pression sans précédent sur le régime algérien pour accepter d'éventuelles négociations avec le Maroc, ce qui est également à ce stade peu probable, je doute que le message conciliant du Roi soit accueilli favorablement par Alger. En réalité, je m’attends à ce que la presse algérienne lance une nouvelle salve d’attaques mettant en doute les "véritables" intentions du souverain marocain, et intensifie sa campagne de propagande acharnée visant à diaboliser le Maroc.

Trois raisons principales expliquent pourquoi le régime algérien sera réticent à répondre favorablement au Roi Mohammed VI. Premièrement, une réconciliation avec le Maroc signifierait que le régime d'Alger, dénué de légitimité politique et pesant lourdement sur le peuple algérien depuis six décennies, perdrait sa seule carte politique : la diabolisation du Maroc et sa présentation comme une menace existentielle à l’unité, à la stabilité et à la sécurité de l’Algérie. Historiquement, l’establishment algérien a incessamment utilisé cette carte de la prétendue menace marocaine chaque fois qu’il a eu besoin de regagner la ferveur et la confiance nationalistes qui constituent le ciment de sa légitimité populaire.

Deuxièmement, depuis son indépendance, l’Algérie considère ses relations avec le Maroc comme un jeu à somme nulle. L’encouragement au séparatisme dans le sud du Maroc a été le moyen idéal pour atteindre cet objectif. Animé par la croyance mégalomaniaque que l’Algérie était la puissance hégémonique légitime de la région maghrébine, Houari Boumédiène nourrissait l’ambition de doter son pays d’un accès à l’océan Atlantique. Selon une note de la CIA datée de 1977, l’établissement d’un État indépendant au Sahara par l’Algérie permettrait non seulement d’empêcher le Maroc d’accéder à son arrière-pays africain, ce qui renforcerait son isolement et le priverait des ressources naturelles de la région, mais aussi d’assurer à l’Algérie une voie d’exportation pour ses ressources naturelles – principalement le minerai de fer – qui sont piégées à Tindouf.

Troisièmement, et c’est sans doute le point le plus important, le régime algérien craint que le Maroc ne revienne sur la question du Sahara oriental une fois que le conflit sur le Sahara occidental sera réglé. Par conséquent, il est plus probable que le régime algérien utilise tout ce qui lui reste de son poids géopolitique déclinant ainsi que de son attrait régional – ou idéologique – pour maintenir le conflit du Sahara dans son état actuel. Car, tout compte fait, Alger continue de considérer l’empêchement d’un règlement définitif du différend du Sahara en faveur du Maroc comme son ultime rempart contre toute tentative future du Maroc de relancer la question des frontières du Sahara oriental.

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Le 31 juillet 2025 à 16h06

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