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Entre pudeur de gazelle et politique de l’autruche!

Le 27 août 2017 à 6h40

Couvrez ce Maroc que je ne saurais voir

Par de pareilles vérités les esprits sont choqués,

Et cela fait venir de sombres bêtises[1].

 

Dans le ‘plus beau pays du monde’ (l’Office National du Tourisme doit se mordre les doigts tous les jours d’avoir pensé à un tel slogan!), il n’est pas de bon ton de parler de certains sujets qui fâchent  et qui risqueraient de nuire à “la carte postale Maroc“.

Une pudeur de gazelle? Une politique de l’autruche?  Les deux, mon adjudant!

 

Et les exemples ne manquent pas…

 

C’est comme groggy que le Maroc semble se réveiller ce lundi 21 août suite à la diffusion d’une vidéo atroce où des jeunes déshabillent et s’adonnent à des attouchements sur une femme, qui serait atteinte de troubles mentaux, dans un bus de Casablanca.

Les 6 mineurs sont arrêtés la même journée et l’enquête de la DGSN est en cours; on ne sait toujours pas si ce viol collectif date de quelques jours ou de quelques mois.

Ce fait divers, car c’en est malheureusement bien un, provoque plusieurs réactions. Bien entendu, il y a ceux et celles qui sont outrés et qui dénoncent, et ils ont bien raison, une situation intolérable pour la femme marocaine souvent harcelée dans la rue et victime de violences (je reviendrai sur cette notion de violence plus bas).

D’autres, les éternels aveuglés, se disent que la victime l’aurait peut-être cherché par son accoutrement ou son attitude; ce qui est loin d’être un argument ‘Made in Morocco’ puisqu’il s’agit d’un classique dans plusieurs affaires de viol dans le monde entier.

Pas convaincus?

En France, d’après une enquête Ipsos datant de 2015, 40% des personnes interrogées estiment qu’une attitude provocante des femmes en public atténue en partie la responsabilité du violeur. En 2009, le Daily Telegraph, journal britannique, publie une étude dont l’un des enseignements est que «women who drink alcohol, wear short skirts and are outgoing are more likely to be raped[2]». Face au tollé provoqué par cette déclaration, le journal a même dû présenter ses excuses.

Citons aussi cet officier de police à Toronto, Michael Sanguinetti , qui a déclaré en 2011 que les femmes devraient «éviter de s'habiller comme de salopes si elles ne veulent pas être violées». Oui, c’est classe! Isn’t it?!

 

Revenons dans le plus beau pays du monde!

Au Maroc, en dehors de l’opinion publique déchaînée sur les réseaux sociaux, que fait le gouvernement? La Ministre de a Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social? Le Chef du Gouvernement? Le Ministre des droits de l’Homme (avec un grand H pour pouvoir dire que la femme a droit au chapitre)? Les partis politiques?

Tout ce monde se drape dans sa pudeur et fait l’autruche. La ‘Ministre aux portefeuilles multiples’ attendra 48h avant de se fendre d’une déclaration sur Facebook (vacances obligent, l’écriture d’un communiqué officiel n’a pas été possible) où:

·Elle dénonce un «crime regrettable et honteux» (bon, peut mieux faire mais passons),

·Elle pose une série de questions «Comment un mineur peut-il commettre des actes avec une telle violence tout en s'affichant heureux? Comment un mineur peut-il commettre un crime en savourant son acte comme s'il était en train de jouer? (questions dont elle ne connaît visiblement pas les réponses… à moins qu’elle ne s’attende à ce que les Marocains et Marocaines fassent une dissertation grandeur nature sur le sujet!)

·Et où elle annonce son «intention d’appliquer les stratégies publiques relatives à la protection de l’enfance, la promotion des droits des personnes en situation de handicap et la femme» (si ce n’est que l’intention, autant dire que nous sommes renvoyés aux calendes grecques !).

 

Ce n’est que 3 jours après les faits que le Chef du gouvernement évoquera cette affaire lors d’une réunion du conseil du gouvernement: «Je tiens à féliciter les forces de l’ordre qui sont passées à l’action rapidement pour arrêter les auteurs de ce crime sordide. Je voudrais saluer également l’opinion publique qui a eu une réaction instantanée, importante et positive. Elle a fermement dénoncé cette agression et demandé un traitement immédiat, radical et à long terme de ce genre de phénomènes. Au sein du gouvernement, nous avons commencé à réfléchir pour instaurer des mécanismes de traitement pour prévenir ce genre de crimes. Outils et stratégie qui seront bientôt annoncés». Bis repetita placent!

 

Aucun des deux ne fait état des raisons profondes de ce drame: absence de politique éducative (dans son sens le plus large comprenant le civil comme le civique), influence grandissante d’une pensée ultra-conservatrice qui voit dans la femme un objet sexuel ni plus ni moins, aveuglement quant aux conséquences d’absence de sanctions suite au harcèlement de rue et à la violence contre les femmes… Deux analyses sociologiques à ce sujet ont d’ailleurs été publiées ici et .  

 

Cette incapacité des politiques à gérer ce type de crise préférant le silence assourdissant à une communication claire et transparente, optant pour un immobilisme rageant au lieu d’actions concrètes, ne fait que creuser les inégalités dans le pays et la perte de confiance, déjà bien entamée, envers nos gouvernants.

La politique de l’autruche, teintée d’une sorte de pudibonderie ridicule, est peut-être pratique à court terme mais elle est loin d’être pérenne.

 

Et parce qu’il faut aussi chercher les responsables en nous, la question qui mérite d’être posée ici est «jusqu’à quand?».

Jusqu’à quand ce type de politique va-t-il durer? N’est-il pas temps que cette société civile qui s’insurge sur Facebook, qui organise des sit-in et autres (actions fort louables) se dirige vers les urnes quand il le faut?

Est-il utile de rappeler ici que les dernières législatives de 2016 n’ont fait déplacer que 43% des inscrits et que les 1ères élections régionales et communales de 2015 n’ont eu que 53% de taux de participation?

Crier, se révolter, dénoncer… c’est bien, c’est important! Quel que soit l’outil.

Agir le moment opportun peut être utile surtout quand il s’agit d’un exercice démocratique non encore mature dans le pays.

 

Si l’on s’en tient à ce dernier fait, on serait tenté de croire que toutes les affaires de viol sont accueillies par ce même élan de solidarité envers la victime, que les Marocains et les Marocaines, contrairement aux membres du gouvernement, ne pratiquent pas cette politique de l’autruche. On serait tenté… Mais on aurait vite fait de déchanter!

Petit exemple à l’appui.

En 2010, un célèbre chanteur marocain, Saad Lamjarred, est accusé de viol aux Etats-Unis. Poursuivi par la justice, il paie une caution et quitte ce pays avant le jugement. Six ans plus tard, la plainte est réactivée, la victime présumée ayant semble-t-il reconnu le chanteur dans l’un de ses clips, puis abandonnée suite à un arrangement à l’amiable. Mais voilà, la même année, il est de nouveau arrêté à Paris et mis en examen pour ‘viol aggravé’ et ‘violences conjugales aggravées’ suite à la plainte d’une autre femme. En 2017, Saad Lamjarred obtient sa libération sous contrôle judiciaire (bracelet électronique), moyennant une caution, en attendant son procès.

Quelle pourrait être la réaction au Maroc?

Si l’on s’en tient à l’épisode précédent, on pourrait croire que le chanteur a été décrié, que ses disques ont connu une chute de leurs ventes, que l’opinion publique et la bien-pensance ont été horrifiées que son porte-drapeau puisse être un violeur entachant la réputation du produit Maroc. 

Eh bien, raté!

En fait, il y a davantage eu de voix défendant Saad Lamjarred que le contraire. Le contrat publicitaire qu’il a avec une grande entreprise multinationale n’a même pas été suspendu en attendant le verdict. Ici et là, des admirateurs et admiratrices (celles-ci étonnamment plus nombreuses) dénoncent un acharnement dont serait victime le chanteur, la ‘fierté et l’emblème de la réussite nationale’ ne pouvant être un violeur récidiviste.

J’ai même lu sur la toile que la présumée victime devrait se sentir flattée... Alors, bien entendu, la présomption d’innocence est ici de rigueur et loin de moi l’idée de sous-entendre qu’il serait de facto coupable. Mais en l’absence de preuve et en attendant le résultat du procès, tout ceci fleure bon la culture du viol.

Cerise sur le gâteau: le mois dernier, le chanteur sort son dernier clip sur lequel il danse et se pavane; bracelet électronique à la cheville. S’il est coupable, quelle jolie image (parce qu’il n’y a visiblement que cet argument qui semble conduire les réactions collectives) donne-t-on du pays?! ça aussi, on choisit d’en détourner le regard.

 

Détourner le regard va parfois jusqu’à la censure pure et simple; voire jusqu’à nier l’existence même de certains faits avérés. 

En 2015, le film de Nabil Ayouch, Much Loved, crée la polémique, avant même sa sortie; autrement dit, avant même de savoir de quoi il s’agit si ce n’est ce quelques extraits diffusés sur Internet. Branle-bas de combat au Maroc! Certains se disent choqués que le réalisateur ait choisi de donner une telle image du pays (le film décrit le quotidien de 4 prostitués dans la ville de Marrakech), de faire passer les Marocaines pour des ‘femmes aux mœurs légères’ et d’oser, en plus, sous-entendre qu’il y aurait aussi de la prostitution infantile dans le pays.

Triple tare donc pour le film qui sera interdit par les autorités pour «outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et une atteinte flagrante à l’image du Maroc».

Prostitution? N’existe pas. Ce n’est pas ‘chez nous’, c’est chez ‘les autres’! C’est beau le déni…  Beau et ridicule.

Que l’on soit d’accord avec non avec le film en lui-même, qu’on le trouve trop cru, trop trash, pas assez dans la nuance, que l’on trouve des scènes de nudité trop osées… Cela peut s’entendre et cela reste une affaire de goût cinématographique personnel.

Mais se voiler la face en faisant preuve de cette pudibonderie est au mieux ridicule et au pire dangereux! Pourquoi dangereux? Car on ne peut combattre des maux que l’on nie. Ceux-ci finissent par nous rattraper tôt ou tard…

La prostitution féminine, masculine et infantile est un fléau qui existe bel et bien dans le plus beau pays du monde, n’en déplaise aux aveuglés de toutes sortes. Commencer par en parler et par se poser des questions à son sujet ne constitue qu’un premier pas. Quant au lien avec la ‘Femme marocaine’ qui aurait été bafouée par ce film, c’est un peu comme si l’on reprochait à Francis Coppola de traiter les Newyorkais, ou tous les Américains, de sombres mafieux et de dangereux gangsters parce qu’il a réalisé ‘Le Parrain’. Un film culte à plus d’un titre; mais justement un ‘film’ donc une fiction même inspirée de faits réels…

 

Alors, finalement, comment est-il ce Maroc? Où se situe-t-il entre ‘le plus beau pays du monde’ et ‘l’horrible chantre de la violence et de la schizophrénie’?

Chacun de nous aura probablement son avis. Si le côté schizophrène est, plus ou moins, largement admis; Maroc à deux vitesses, non encore mature, entre modernité et conservatisme (cette dernière phrase étant en passe de devenir l’une des plus célèbres sur Internet ces deniers temps)… Le côté violent m’a beaucoup interpellée. Notamment ce chiffre, largement repris par la presse surtout étrangère, de 2 femmes sur 3 qui subiraient des violences. Par exemple, dans son article, Le Monde dit que «c’est une scène qui est loin d’être inédite au Maroc» s’appuyant sur ce chiffre officiel.

Certes, je ne prends pas le bus tous les jours même s’il m’est arrivé de le faire durant mes années d’étudiante, mais je connais des femmes qui le prennent, je marche dans la rue, j’entends des ‘joyeusetés’ de toutes sortes. Malgré cela, ce chiffre m’a tout de même paru un peu trop élevé; je me suis donc attelée à en trouver la source.

Celle-ci semble être une étude du Haut Commissariat du Plan, HCP, (on ne peut faire plus officiel en effet !). Selon cette dernière, qui date de 2009 et dont les résultats ont été publiés en 2011, 63% des femmes interrogées auraient subi un acte de violence sous une forme ou une autre durant les 12 mois précédant l’enquête. Par forme de violence :

·La violence psychologique (insultes, critiques permanentes, humiliation…) est la plus fréquente avec 47% des cas,

·Suivie par la violence économique (confiscation du salaire, des documents administratifs ou non versement des pensions alimentaires) avec 27%,

·Puis la violence physique avec 15%,

·La violence juridique (mariage des mineures, polygamie…) dans 7% des cas,

·Et la violence sexuelle avec 4%.

Présenté comme cela, le tableau n’est certes pas plus ‘joli’ mais me semble être plus réaliste. L’Observatoire National de Violence à l’Egard des Femmes, créé en 2013, a d’ailleurs souligné dans son premier rapport, publié en 2016 et s’appuyant sur les données recueillies dans les tribunaux et établissements hospitaliers et auprès des statistiques de la police et de la gendarmerie royale, que la voie publique était le 1er lieu d’agression physique envers les femmes (53,7% des cas).

Mon propos n’est aucunement de minimiser la violence et le harcèlement que subissent les femmes dans la rue; mais les chiffres ont leur importance tout comme les mots. Dire que 60% des femmes subissent des violences dans la rue, sans plus de précision, n’est pas fidèle à la réalité. Car dans ce cas, aucune femme ne se baladerait en jupe, en short ou en djellaba.

Est-ce que je me sens plus en danger en marchant dans la rue aujourd’hui? Au vu de tous ces faits relayés sur Internet, il se peut que oui. Mais réellement, au quotidien, non!

Y a-t-il plus de violences avant dans les rues? Pas nécessairement d’après les chiffres publiés et toute la différence entre le ressenti et le réel. Selon Jamal Khalil, professeur de sociologie à l’Université Hassan II de Casablanca: «Il n’y a pas un suivi statistiques des agressions sexuelles sur les femmes dans l’espace public. On a l’impression qu’il y en a de plus qu’avant mais je pense que c’est surtout plus relayé aujourd’hui qu’il y a 20 ans».

 

Alors, oui nous vivons dans une société patriarcale où le combat pour l’égalité entre femmes et hommes est loin d’être gagné même après la nouvelle constitution de 2011 dont certains aspects ne sont pas totalement appliqués et dont d’autres devraient voir le jour plus rapidement (loi sur la violence faite aux femmes, sur le harcèlement…); mais on y travaille en essayant de reléguer les gazelles et les autruches au monde animalier!

 

Aussi, au lieu de se cacher derrière ce catastrophisme ambiant, et somme toute assez contre-productif, en scandant haut et fort que Nnoir, c’est noir et qu’il n’y a plus d’espoir’ comme le chantait Johnny ; si l’on optait pour une autre musique, comme celle de Lesley Gore, ‘You don't own me, I'm not just one of your many toysI'm young and I love to be young… I'm free and I love to be free… To live my life the way I want[3] » ?

Pour ma part, le choix est fait!



[1]Détournement d’un célèbre texte de Molière dans Tartuffe :
« Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées. »

[2]« Les femmes qui sortent, boivent de l'alcool et s'habillent court risquent davantage d'être violées »

[3]« Je ne t’appartiens pas, je ne suis pas l’un de tes jouets… Je suis jeune et j’aime être jeune… Je suis libre et j’aime être libre… De vivre ma vie comme je l’entends »

 

Par Rédaction Medias24
Le 27 août 2017 à 6h40

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