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La muraille économique de Chine

La dépréciation récente de la monnaie chinoise, le renminbi, qui a agité les marchés boursiers chinois et conduit le gouvernement à suspendre les transactions à deux reprises la semaine dernière, met en évidence un défi majeur pour le pays: comment équilibrer ses obligations économiques nationales et internationales. 

Le 14 janvier 2016 à 9h30

L'approche décidée par les autorités aura un impact majeur sur le bien-être de l'économie mondiale.

La crise financière mondiale de 2008, conjuguée à la reprise décevante dans les économies avancées par la suite, a ajouté une nouvelle urgence aux efforts de la Chine pour changer son modèle de croissance basé sur l'investissement et la demande extérieure en un modèle tiré par la consommation intérieure.

Réussir une telle transition structurelle sans provoquer de forte baisse de croissance économique serait difficile pour tout pays. Le défi est encore plus grand pour un pays aussi vaste et complexe que la Chine, en particulier compte tenu de l'environnement actuel de croissance mondiale atone.

Pendant des années, le gouvernement chinois a cherché à élargir la détention d’actions cotées en bourse, fournissant ainsi à plus de citoyens chinois un intérêt dans une transition réussie vers une économie de marché. Mais, comme lors de l'effort des États-Unis pour étendre la propriété immobilière dans les années précédant la crise de 2008, les politiques chinoises sont allés trop loin, créant une situation financièrement insoutenable qui impliquait la possibilité de baisses importantes des prix et de bouleversements.

Un contexte morose

En conséquence, le défi de l'ajustement a augmenté de façon spectaculaire. Alors que les entreprises chinoises ne sont plus en mesure de vendre un volume rapidement croissant de produits à l'étranger et de soutenir l'expansion de la capacité productive, l'économie a perdu certains moteurs importants de croissance, d'emploi et des salaires. Le ralentissement économique qui en a résulté a sapé la capacité du gouvernement à maintenir des prix d’actifs élevés et à éviter des poches de problèmes de crédit.

En essayant de limiter l'impact négatif de tout cela sur le bien-être des citoyens, les autorités chinoises ont progressivement déprécié la monnaie. Une dévaluation surprise au mois d’août dernier a été suivie par plusieurs corrections quotidiennes du taux de change onshore de plus petite ampleur. A chaque fois, l’objectif était le même: rendre les produits chinois plus attrayants à l'étranger, tout en accélérant la substitution des importations en Chine. Le renminbi s’est déprécié encore plus sur le marché offshore.

Les dévaluations monétaires de la Chine sont compatibles avec une tendance plus large au sein aussi bien des économies émergentes qu’avancées au cours des dernières années.

Peu de temps après la crise financière mondiale, les Etats-Unis ont beaucoup utilisé la politique monétaire expansionniste, caractérisée par des taux d'intérêt proches de zéro et des achats d'actifs à grande échelle, qui ont affaibli le dollar et ainsi stimulé ainsi les exportations. Plus récemment, la Banque centrale européenne a adopté une approche similaire, faisant baisser l'euro pour tenter de stimuler l'activité intérieure.

Cependant, en poursuivant ses objectifs nationaux, la Chine risque d'amplifier par inadvertance l'instabilité financière mondiale. Plus précisément, les marchés craignent que la dévaluation du renminbi puissent "voler" la croissance d'autres pays, y compris ceux qui ont beaucoup plus de dette extérieure et des coussins financiers beaucoup moins robustes que la Chine, qui maintient d’amples réserves internationales.

Une transformation délicate

Cette préoccupation montre bien la difficulté de l'acte d'équilibrage que doit effectuer la Chine pour assurer le rôle dans la gouvernance économique mondiale que justifie son poids économique. Après tout, la Chine est maintenant la deuxième plus grande économie du monde (et, selon certaines mesures non marchandes, la plus grande).

Et, en effet, la Chine a récemment fait preuve d'un plus grand intérêt à internationaliser progressivement son système financier. Notamment, elle a récemment réussi à persuader le Fonds monétaire international d’ajouter le renminbi au panier de devises qui détermine la valeur des droits de tirage spéciaux, l'unité que le FMI utilise pour traiter avec ses 188 pays membres.

Cette étape – qui place le renminbi à égalité avec les principales devises mondiales (le dollar américain, l'euro, la livre sterling et le yen japonais) – permettra d'améliorer l'acceptation par les secteurs public et privé de la monnaie chinoise dans le système monétaire international. Dans le même temps, elle a créé l'attente – mais pas l'obligation – que la Chine évite à l’avenir d'aggraver l'instabilité financière mondiale.

Il viendra un moment où les responsabilités nationales et internationales de la Chine seront à nouveau relativement bien alignées. Néanmoins, ce temps n’est pas encore arrivé; et, étant donné la transition structurelle délicate actuellement en cours dans le pays, il ne viendra probablement pas de sitôt.

En attendant, il semble probable que la Chine continuera à se sentir obligée de placer ses obligations nationales en premier lieu, mais d'une manière nuancée visant à éviter les grands points de basculement perturbateurs pour l'économie mondiale. Ceci étant, il n’est pas entièrement sûr que cela sera suffisant pour éviter des résultats désordonnés.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

© Project Syndicate 1995–2016

Par Rédaction Medias24
Le 14 janvier 2016 à 9h30

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