La visite de Sanchez a amorcé une nouvelle lune de miel entre Rabat et Madrid
La récente visite du chef du gouvernement espagnol au Maroc a acté, au grand jour, la normalisation des relations entre les deux pays, accélérant le processus de réconciliation après de longs mois de brouilles. En outre, tout autant judicieuse et parlante a été la décision de reporter la visite du ministre espagnol des Affaires étrangères au Maroc, qui était prévue vendredi 1er avril.
Bien sûr, une visite du ministre espagnol des Affaires étrangères aurait certainement acté le dégel des relations entre le Maroc et l’Espagne après une crise diplomatique majeure. Mais la portée politique et symbolique d’une telle visite reste limitée par rapport à l’importance d’une rencontre au sommet entre le Premier ministre espagnol et Sa Majesté le Roi.
Par-delà le symbolique
Les médias espagnols ont souvent mis l’accent sur l’importance que revêt la rencontre au sommet entre Sa Majesté le Roi et Sánchez, étant donné le rôle de premier plan que joue le Souverain dans la définition des orientations majeures de la politique étrangère marocaine. D’ailleurs, Pedro Sánchez lui-même cherchait depuis 2019 à avoir une audience avec le Roi Mohammed VI. On pourrait donc dire que cette rencontre a constitué le point d’orgue de la réconciliation entre les deux pays et que Pedro sera rentré à Madrid, avec des garanties quant aux engagements du Maroc à l’égard de l’Espagne
Depuis l’annonce de la date officielle de la visite de Sanchez au Maroc, les médias espagnols ont été unanimes à souligner l’importance symbolique capitale d’une telle visite pour relancer les relations entre Madrid et Rabat. Que le Roi ait reçu Sanchez en plein mois de Ramadan et qu’il l’ait invité à un Iftar était, selon une grande partie de la presse espagnole, l’ultime expression de la volonté marocaine de donner un caractère plus que solennel à la réconciliation avec l’Espagne. Cette rencontre a ainsi traduit la volonté de Rabat et Madrid d’accélérer la coopération bilatérale, de rattraper le temps perdu et reprendre la même dynamique qui avait caractérisé la coopération entre les deux pays avant l’éclatement de la crise diplomatique, il y a un an. Au fond, il s'agissait, pour les deux partis, de faire montre de leur détermination à œuvrer pour renforcer davantage leur partenariat stratégique.
Errements et rattrapage de Sanchez
Là-dessus, force est de rappeler que les deux pays ont perdu beaucoup de temps pendant plus de trois ans. Même si les relations entre les deux voisins ont été marquées par une tension, sans précédent, depuis le mois d’avril de l’année dernière, il faudrait quand même préciser que ces relations étaient entrées dans une période de froid et de stagnation depuis l’arrivée de Sánchez au pouvoir en 2018. Pour cause, la décision du chef de gouvernement espagnol de rompre avec une longue tradition espagnole en ne faisant pas du Maroc sa première destination à la suite de son élection.
Cette décision de Sánchez n’est pas passée inaperçue à Rabat et n’a fait qu’augmenter la suspicion chez les officiels marocains qui voyaient, déjà, d’un mauvais œil la présence de Podemos dans la coalition gouvernementale.
Mais avec la fermeté que la diplomatie marocaine a montrée ces derniers mois, mais aussi le courage dont a fait montre Sánchez en supportant le plan marocain d’autonomie pour le Sahara, il semble que les deux pays soient, dorénavant, déterminés à mettre en place une nouvelle feuille de route pour acter la nouvelle ère qu’annonce leur récent rapprochement. A Rabat comme à Madrid, l’on parle avec conviction d’une "nouvelle phase" de partenariat qui sera marquée par le respect des engagements, la réciprocité, la concertation permanente et la loyauté.
Le résultat le plus important de la réconciliation, entre les deux pays, est la reconnaissance officielle par l'Espagne de l'importance stratégique de la question du Sahara marocain pour notre pays. Autrement dit, le gouvernement Sanchez a fait plus que se racheter de ses récents écarts de conduite diplomatiques envers le Maroc, en affirmant que le plan d'autonomie marocain est la seule voie vers une solution politique durable au dossier du Sahara. Avec cette décision, l'Espagne a en effet levé l'obstacle le plus important à l'affermissement des relations entre les deux pays, depuis l'indépendance du Maroc.
Une longue lune de miel
Par conséquent, la voie sera dégagée pour les responsables des deux pays dans les mois et années à venir pour s'appuyer sur cet élan politique, afin de pousser leurs relations au plus haut niveau, conformément à leurs intérêts communs et aux aspirations et ambitions des peuples marocain et espagnol.
Je pense que cette visite va préparer le terrain pour la tenue de la Réunion de haut niveau (RHN) dans les semaines ou mois qui viennent. Cette RHN, il faut le rappeler, devait normalement avoir lieu en décembre 2020. Mais le Maroc avait décidé de la reporter sine die à la suite de la réaction hostile et déplacée d'Arancha Sánchez, alors ministre espagnole des Affaires étrangères, à la décision des Etats-Unis de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara.
Cela fait maintenant sept ans que les deux pays n’ont pas tenu de RHN, alors que celle-ci devrait normalement avoir lieu tous les ans, en application de l’article 1 du Traité d’amitié, bon voisinage et coopération qu’ils ont signé en juillet 1991. Là-dessus, il est d’autant plus important de souligner qu’en l’espace de 31 ans, les deux pays n’ont tenu que 11 réunions de haut niveau. Maintenant avec l’embellie que vont connaître les relations bilatérales, il y a fort à parier que les deux pays s’efforceront de la tenir plus régulièrement que par le passé.
Et comme ce fut le cas entre 2004 et 2018, il est fort probable que les rapports entre Madrid et Rabat connaissent une certaine relative période de lune de miel. Cela va se refléter dans leur coopération sur les questions sécuritaires, mais aussi le renforcement des relations commerciales. On a déjà vu comment le soutien espagnol au plan d’autonomie marocain a eu, comme résultat immédiat, la ratification par les deux pays d’un accord sécuritaire signé en 2019, qui entrera en vigueur à partir de la fin de ce mois d’avril.
Outre le volet sécuritaire, un des dossiers qui bénéficieront de la réconciliation entre les deux pays sera la question des deux enclaves de Sebta et Melilia, qui revêtent une importance particulière pour Pedro Sánchez. Là-dessus, même si je pense qu’il est hors de question que le Maroc rouvre ses frontières à la contrebande, il faut s’attendre à ce que les deux pays œuvrent pour trouver une solution qui puisse satisfaire leurs intérêts respectifs sans porter atteinte à l’économie marocaine. Je pense aussi que le Maroc va mettre en veilleuse ses revendications territoriales sur ces deux enclaves, comme ce fut le cas entre 2004 et 2018.
L’autre question qui bénéficiera de ce nouvel élan dans les relations bilatérales est celle de la délimitation des zones maritimes au large de l’Atlantique. Ceci dit, il faut préciser que, contrairement à ce que les médias espagnols ont colporté pendant plus de deux ans, le Maroc n’a jamais cherché à imposer une délimitation unilatérale de sa zone maritime.
Le Maroc a simplement mis à jour son arsenal juridique pour le rendre compatible avec les dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Et conformément à cette convention, quand il y a un chevauchement entre les plateaux continentaux de deux états côtiers dont les côtes sont adjacentes, ou se font face, la négociation devient la seule voie susceptible de leur permettre la délimitation de leurs zones maritimes.
Et quid de l'extrême gauche espagnole ?
Bien évidemment, étant donné l’appui dont jouit le polisario de la part d’une partie non négligeable de l’opinion publique espagnole, plus particulièrement des milieux de gauche et de l’extrême gauche, la pilule de la reconnaissance implicite par l’Espagne de la souveraineté marocaine sur le Sahara ne passe pas. Déjà, beaucoup de voix se sont élevées pour crier au scandale, au motif que la nouvelle position espagnole serait une insulte à la traditionnelle neutralité espagnole et une violation flagrante du droit international.
Dans le sillage de la réconciliation entre les deux pays, beaucoup au Maroc se demandent si l’Espagne va tenir son engagement et si on ne risque pas d’assister à un changement de sa position aux lendemains des élections législatives de 2023. Surtout si celles-ci débouchent sur un gouvernement de coalition sous la houlette du Parti Populaire, ou de tout autre parti de gauche "sympathiques" aux thèses du polisario et de l'Algérie sur la question du Sahara. Il y a par exemple le parti Unidos Podemos, dont la condamnation énergique du soutien espagnol au plan marocain d’autonomie était prévisible. Ce parti a toujours soutenu les thèses de l’Algérie. En même temps, la réaction hostile de Podemos à la nouvelle ligne directrice du gouvernement Sanchez est en grande partie un non-évènement, car selon la constitution espagnole, il appartient au chef du gouvernement de tracer les lignes générales de la politique étrangère du pays. En plus, à cause des scandales de corruption dans lesquels beaucoup de cadres de ce parti ont été impliqués, il a perdu beaucoup de sa crédibilité et de légitimité. Les derniers sondages le donnent comme quatrième des élections de l’an prochain, avec seulement 32 sièges au lieu des 35 qu'il occupe actuellement.
Reste à savoir quelle sera la composition du gouvernement espagnol après les élections générales de 2023. Même si le parti le d’extrême droite Vox continue de monter et se situe maintenant troisième derrière le Parti socialiste ouvrier (PSOE) de Sanchez et le Parti Populaire (PP), les socialistes semblent avoir toutes les chances de se classer premiers, dans les élections et de former une coalition gouvernementale.
Dans un tel scénario, les élections espagnoles n’auront aucun impact sur la position de l’Espagne sur le Sahara. Et même si la droite venait à diriger le gouvernement espagnol, je pense qu’elle ne cherchera pas à reconsidérer ou changer la position espagnole. Car la décision de prendre parti pour le Maroc ne reflète pas seulement la position d’un parti, mais de l’establishment politique espagnol tout entier et des acteurs économiques influents, qui pensent qu’il est dans l’intérêt de l’Espagne d’entretenir des relations cordiales avec le Maroc.
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