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Le capital humain, une nécessité pour le développement économique au Maroc

Les compétences humaines sont l’une des composantes essentielles du capital immatériel que le Maroc doit développer de toute urgence. La connaissance doit "embrasser" tous les secteurs économiques.  

Le 5 septembre 2014 à 16h00

"Il n’est de richesse que d’hommes" (Jean Bodin, 1529-1596). Cette célèbre citation du philosophe et écrivain français n’a jamais été aussi d’actualité. L’émergence de l’économie de la connaissance et de l’immatériel, et la remontée des théories du capital humain, permettent de comprendre le rôle des individus dans le développement des nations.

Selon Gary Becker (1992), l’investissement dans les hommes est une condition essentielle pour le progrès économique. Les pays doivent en effet s’attacher à leurs individus, car ils constituent leur ressource la plus inépuisable. Cet article s’attache à démontrer pourquoi la valorisation et le déploiement des ressources humaines du Maroc est-il si urgent.

Le capital humain au cœur du capital immatériel

Le capital humain est l’une des composantes du capital immatériel. Ce dernier recouvre touts les actifs intangibles dont jouit un pays. On peut diviser le capital immatériel en trois grandes catégories :

-le capital image, inclut la stabilité politique, la réputation du pays [1] (Mishina et alii, 2012), etc. ;

-le capital relationnel, inclut le poids du pays sur la scène internationale, le nombre des alliés, l’étendue de ses relations externes, etc. ;

-le capital humain, inclut les compétences du pays, (compétences détenues par les individus, savoir-faire industriel ou artisanal…), la culture locale, le caractère de la population, etc.

Cependant, certains chercheurs associent systématiquement le concept du capital immatériel au capital humain (Bessieux-Ollier et Walliser, 2010), cela peut se comprendre vu que toutes les composantes du capital immatériel sont le résultat de l’effort humain, ce sont ces derniers qui construisent le capital image et le capital relationnel.

Réussir les plans sectoriels et acquérir un avantage concurrentiel

Depuis dix ans, le Maroc s’est engagé dans des programmes de développement multisectoriel : Plan émergence, Plan Maroc vert, Plan Azur, Programme Halieutis, etc. L’aboutissement de ces programmes et la réalisation de leurs objectifs nécessitent la valorisation du capital humain du pays, le seul actif capable de contenir les secrets de l’avantage concurrentiel durable du Maroc, de capitaliser et développer ses métiers mondiaux. Selon les nouvelles théories du commerce International, les pays ne sont pas -naturellement- dotés  des avantages comparatifs, ces derniers sont plutôt le résultat d’une volonté affirmée dans la durée et d’une construction idiosyncratique [2]. Les efforts en termes d’éducation, d’infrastructure et de R&D ont un rôle plus grand dans la construction des avantages comparatifs des nations.

Comme il est prévu dans ces programmes (notamment le Plan émergence), l’Etat a mis en place des mesures pour faire appel à l’assistance des firmes multinationales (FMN), en les invitant à investir au Maroc ; certainement, le flux des investissements directs étrangers (IDE) entrant est une opportunité, mais les IDE sont très contingents et dépendent largement des aléas politiques et économiques dans le monde. Une stratégie doit donc être mise en place pour internaliser le savoir-faire apporté par les FMN et le pratiquer indépendamment de l’assistance étrangère. Cette attitude est désignée par l’expression "capacité d’absorption" (Tijani, 2011), elle permettra au Maroc de réaliser une indépendance technologique vis-à-vis des FMN [3].Le cap est donc mis sur la formation des ressources humaines locales.

L’insertion dans l’économie de savoir et de l’immatériel

Depuis les années 1980, la croissance économique repose sur des éléments liés au savoir et à l’immatériel tels que les connaissances, les brevets, les franchises, les services, etc. Un simple regard sur les économies des du sud-est asiatique permettrait de conclure que la valeur ajoutée -des produits ou des exportations- est appréciée par la contenance de technologie et de connaissance et que les économies qui se développent sont des économies qui innovent et qui "mettent" de la connaissance dans leurs outputs.

L’insertion du Maroc dans l’économie de la connaissance passe par le fait de donner une place centrale au capital humain, notamment à l’éducation et à la formation tout au long de la vie, mais également de faciliter l’accès aux NTIC. Il ne faut pas considérer l’économie de l’immatériel comme un branche de l’économie (qui dépend du secteur tertiaire), mais plutôt comme une économie transversale. La connaissance doit "embrasser" tous les secteurs économiques.

Finalement, le du capital humain revêt une importance qui dépasse les enjeux économiques ; sur le plan social, la qualification du capital humain est susceptible de réduire le taux de chômage, faciliter la transition vers la société moderne, etc. Par ailleurs, l’amélioration du classement du Maroc dans les index des institutions économiques internationales passe nécessairement par son avancement dans l’indice de développement humain (IDH).

Omar Tijani est professeur à la Faculté polydisciplinaire de Larache (Maroc) et chercheur associé au Centre de recherche et d'études en gestion à l’IAE-Université de Pau et des Pays de l'Adour(France).

Bibliographie

Becker, G. (1992), The Economic Way Of Looking At Life,Nobel Lecture, December, 9.

Bessieux-Ollier, C. et Walliser, E. (2010), Le Capital Immatériel : État des lieux et perspectives, Revue Française de Gestion, Vol 36, N° 207, pp 85-92.

Mishina, Y. Block, E. S. et Mannor, M. J. (2012), The Path Dependence Of Organizational Reputation: How Social Judgment Influences Assessments Of Capability And Character, Strategic Management Journal, Vol. 33, N° 4.

Tijani, O. (2011), La Capacité d’Absorption et le Rôle de la Gestion des Ressources Humaines dans l’Appropriation des Connaissances dans les Alliances Stratégiques au Maroc, Thèse de doctorat à l’université de Pau et des Pays de l’Adour.



[1] Certains pays véhiculent leur nom comme un nom de marque, on parle de la nation branding. Des agences internationales se spécialisent dans la valorisation et le maintien des marques pays et en émettent des classements périodiques.

[2] C'est-à-dire un avantage concurrentiel enraciné, construit en interne et difficilement imitable par les concurrents

[3] Les FMN recherchent, essentiellement, à baisser les coûts de production, donc elles peuvent à tout moment changer de destination vers des pays concurrents leurs offrant plus d’avantages (Roumanie, Tunisie, Turquie…).


 

Omar Tijani
Le 5 septembre 2014 à 16h00

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