Younes Maamar
Ingénieur. Membre du Bureau Politique du PAMSahara : après la souveraineté, le temps de la consolidation
Cinquante ans après la Marche Verte et à la suite de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, le Maroc entre dans une nouvelle étape : celle de la consolidation et de la responsabilité. Cette phase exige vigilance, cohérence et réconciliation pour transformer la souveraineté en développement durable et partagé. Analyse de Younes Mâamar, membre du bureau politique du PAM.
L'étape que nous venons de célébrer est désormais derrière nous. Après la célébration du 50e anniversaire de la Marche Verte, couronnée par la décision du 31 octobre, place maintenant au redoublement d'efforts pour réussir la seconde phase qui sera critique.
En langage simple, la première phase a consisté à gagner le titre de propriété, la nue-propriété. La seconde phase sera celle de l'usufruit, ou comment s'articulera le droit de jouissance paisible.
En langage simple, la première phase a consisté à gagner le titre de propriété, la nue-propriété. La seconde phase sera celle de l'usufruit, ou comment s'articulera le droit de jouissance paisible.
Or c'est là où la vigilance doit être de mise. Car l'usufruit doit se faire sur la base du principe de bonne foi, d'équité, de réconciliation entre Marocains.
Il doit se faire dans le prolongement des dynamiques menées depuis 26 ans, du processus de développement économique du pays, du processus démocratique et des libertés, illustré par la réforme du Code de la famille, du Code civil, du Code de la presse, du droit de grève et enfin, du processus de consolidation de l'État social, l'outil qui instaure la solidarité entre citoyens et préserve leur dignité dans un pays moderne.

Il doit se faire aussi dans le cadre du processus de la régionalisation avancée, de la lutte contre la corruption et de l'amélioration de la gouvernance et de l'éthique dans l'action publique.
Plus que de se faire dans ces cadres-là, il représente une opportunité historique pour en être un catalyseur extraordinaire. Cette seconde phase peut être le deuxième étage de la fusée qui mettra le Royaume du Maroc sur l'orbite des pays développés. Pensez-y!
Préserver la centralité de l'Etat, une caractéristique de la Nation marocaine qui lui a permis de traverser des âges!
Abdelaziz Belal, père de l'économie du développement et qui aurait été prix Nobel s’il était né ailleurs qu'à Oujda, nous explique l'importance des facteurs non économiques du développement, à la tête desquels l'architecture institutionnelle locale.
Mais il doit aussi, pour être pérenne, consacrer la centralité de l'État, car c'est cette centralité, fondement de la Nation marocaine, qui lui a permis de traverser des siècles pour être l'une des plus vieilles nations de notre planète.
Nous devons doubler de vigilance pour neutraliser les menaces, les freins, et les facteurs inertiels étrangers mais aussi internes. Le Maroc, pour la première fois de son histoire, a dépassé le seuil de 10% de son PIB en dépenses militaires, seuil propre aux pays en guerre.
Alors oui, pour réussir cette prochaine étape, il nous faut être vigilants.
Dans cette étape clé, le rôle des partis sera déterminant. "The King of Cool", première interview donnée par SM le Roi en 2000 au magazine Time, à la veille de la visite officielle aux US, SM le Roi disait : "Je ne peux pas tout faire seul", et de continuer : "Nous devons tous nous retrousser les manches".
Vigilance pour que l'usufruit ne vide pas la propriété de son sens. Le drapeau, Imarat al Mouminine, la monnaie, l'armée ne sont plus des sujets. Mais il devra en être autant sur les forces de sécurité et sur l'impôt, dans sa dimension souveraine. Une loi de finances nationale. Une création de richesse commune. Une redistribution équitable.
Concernant le dialogue : L'Histoire nous a enseigné qu'il nous faut écouter les jeunes et donner un sens nouveau à la notion de représentativité. Si les partis politiques n'avaient pas ignoré avec un peu de dédain le groupe de jeunes sahraouis étudiants à la fac de Rabat et venus plaider en 1973 contre les exactions faites aux Marocains par les colons espagnols au Sahara, nous n'en serions peut-être pas là. S'ils avaient été écoutés plutôt qu'être tabassés par les forces de l'ordre quand ils protestaient, nous n'en serions peut-être pas là.
Réhabiliter El Ouali Mostafa Essiyed, fondateur du polisario
Il nous faut reconstruire la confiance. Dépasser les haines et les démons d'hier. Pas à pas avec les hommes et femmes de l'autre pan. La politique, c'est aussi "le symbolique", particulièrement pour nous autres Marocains. Et à mon humble avis, quand on se penche sur la vie d’un Ouali Mostafa Siyed, jeune Marocain de Tantan, élève brillant et boursier qui a passé son bac à Taroudant puis a rejoint la fac de Rabat, je me dis qu'il mérite que son nom soit inscrit sur la plus belle avenue de Tan-Tan ou de Laayoune. Oui, après avoir été poussé à 20 ans dans les tentacules de nos voisins belliqueux, il fut tué dans des circonstances étranges en Mauritanie après qu'il eut tenu tête à Boumediene et refusé d'être un pion et avait pris conscience que la solution pour le Sahara était ailleurs.
Et comme la résolution réitère le besoin de renforcer l'aide humanitaire dans les camps, peut-être que le représentant du SG saura enfin exiger un recensement réel des populations dans les camps pour qu'on sache enfin à qui nous parlons !
Comme Minurso, l'acronyme polisario est devenu caduque. Mais il faut voir au-delà, il faut voir les hommes et femmes derrière ces mots nouveaux et déjà anciens. Il faut voir les combats et sacrifices de 50 ans qui ne doivent pas être perçus comme défaite ou humiliation, surtout par ceux qui y croyaient sincèrement. Oui, cette seconde phase, si nous y œuvrons avec la « niya », est de nature à apporter toute la dignité, tout l'espoir, tout le bonheur auxquels aspiraient ces jeunes marocains en 1975 et depuis.
Par contre, pour ceux qui ont fait de ce dossier un fonds de commerce, ici ou là-bas, je leur dis: il est temps de déposer le bilan aux oubliettes de l'Histoire.
Revenons à l'usufruit, maintenant que l'autonomie 'véritable' rime avec souveraineté, il doit être articulé autour de deux principes :
1. L'architecture démocratique locale dans le sillage de la régionalisation avancée.
2. La création de la richesse et sa distribution équitable.
Le Maroc s'est engagé à travailler sur le projet de plan d'autonomie pour le compléter et poser les nouveaux jalons du Sahara dans son Maroc. Il déposera la version 1.0 donc. J'ai eu l'honneur en 2007 de participer à l'élaboration de la proposition marocaine et la stratégie de plaidoyer auprès des grands acteurs du monde. Le fait même qu'elle eût été en forme "d'avant-projet" était une décision visionnaire pour ne pas hypothéquer l'avenir et pour compléter le document quand le temps viendra. Le temps est venu.
La diplomatie politique n'aura de sens, dans sa plaidoirie, que si elle se base sur la crédibilité :
1. Crédibilité du Maroc dans son effort de développement et de démocratisation.
2. Crédibilité dans l'accélération du processus de régionalisation avancée
3. Crédibilité dans le décollage économique inclusif qui se bat contre la gangrène de notre économie et de notre société : La rente.
Le PAM entend jouer ce rôle pleinement et certains de ces efforts ont donné des fruits. Sur le plan bilatéral, avec les partis politiques tels que le MK Party sud-Africain, dirigé par SE Mr Jacob Zuma, ou le Mouvement Réformateur de Belgique. Il y en a d'autres. Nous y œuvrons.
Sur le plan multilatéral, et dès Mars 2026, l'International Liberal créé en 1947 et que le PAM a rejoint l'année dernière, organisera la conférence annuelle Renew PAC au Maroc (Alliance libérale au sein du parlement européen, avec les groupes politiques des régions Afrique et Amérique du Sud). Y sera posée la notion de développement, de démocratie sous le prisme nouveau.
Pour conclure, et avec beaucoup d'émotions, je vous invite à rendre hommage aux vaillants hommes des FAR, de la Gendarmerie royale, de la Protection civile, de la DGSN, des Forces auxiliaires, tombés sur le champ d'honneur.
La Fatiha.
Younes Maamar
Membre du Bureau Politique
PAM
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