img_pub
Rubriques

Sahara : la proposition de partition est une bouée de sauvetage pour une diplomatie algérienne désemparée

Entre ambitions d’influence régionale et manœuvres internationales, la résurgence de l’idée de partition du Sahara, évoquée par Staffan de Mistura, envoyé spécial de l'ONU, relance un débat ancien que le Maroc considère aujourd'hui obsolète et contraire à ses intérêts géopolitiques.

Le 28 octobre 2024 à 16h23

Depuis un peu plus d’une semaine, presque tous les Marocains qui suivent de très près l’évolution du dossier du Sahara à l’ONU continuent de faire part de leur perplexité – et parfois leur  profonde colère – face à la résurgence, sous les auspices de Staffan de Mistura, l’option de la partition du Sahara entre le Maroc et le polisario, ce satellite du régime algérien. Beaucoup ont notamment exprimé leurs inquiétudes devant ce qui s’apparente des manigances algériennes visant à empêcher par tous les moyens un dénouement du conflit du Sahara en faveur de l’intégrité territoriale du Maroc. Ces préoccupations sont d’autant plus pertinentes que la proposition de De Mistura est intervenue seulement deux semaines après la décision de la Cour européenne d’annuler les accords de pêche et d'agriculture entre l’UE et le Maroc.

Pour replacer la discussion dans son juste contexte, deux points clés doivent être soulignés. Premièrement, depuis les débuts de ce conflit dans les années 1950, en passant par la Marche Verte et l’intensification des tensions entre le Maroc et l’Algérie, des membres influents du Conseil de sécurité des Nations Unies n’ont cessé de rappeler la futilité, du moins d’un point de vue purement stratégique, du projet sécessionniste que soutient l’Algérie dans les provinces du sud du Royaume. Sous-tendant cette mise en garde et ce rappel historiques est la profonde conviction que le Maroc n’acceptera jamais la création d’un État qui le couperait de sa profondeur africaine. Comme l’a déclaré l’ancien envoyé de l’ONU Peter van Walsum au Conseil de sécurité lors d’un briefing le 16 janvier 2006, il n’est ni politiquement responsable ni réaliste de s’attendre à ce que le Maroc accepte la création d’un État indépendant au Sahara. En se fondant sur cette évaluation réaliste, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1754 en avril 2007, qui a jeté les bases du processus politique, mettant en avant le plan d’autonomie marocain.

La prépondérance du plan marocain d’autonomie

Deuxièmement, le Conseil de sécurité n’imposera aucune solution qui entrerait en conflit avec ou qui pourrait porter atteinte à l’intégrité territoriale du Maroc. Si le Conseil n’a pas pu forcer une solution au Maroc à une époque où la position de celui-ci était relativement fragile et n’avait pas encore acquis l’élan et le soutien international dont il bénéficie, comment pourrait-il le faire maintenant ? Peut-être faut-il rappeler qu’en 2003 déjà, le Conseil s’était abstenu d’agir lorsque l’ancien envoyé de l’ONU James Baker l’a exhorté à contraindre le Maroc et le front séparatiste à accepter sa proposition la deuxième version de sa proposition.

La position du Maroc s’est considérablement renforcée au cours des deux dernières décennies. Le Royaume a notamment réussi à orienter le processus politique onusien en accord avec ses droits historiques sur le Sahara et à préserver son intégrité territoriale. Comme je l’ai souligné dans mon récent livre et dans de nombreux articles sur le sujet, le plus grand accomplissement du Maroc au cours des vingt dernières années a été d’enterrer l’option du référendum et de faire émerger la proposition d’autonomie marocaine comme la seule solution viable au différend du Sahara.

D’autre part, il n’existe aucun lien entre la décision de la Cour européenne et la nouvelle proposition de De Mistura, ni aucun chevauchement entre les deux. Le Conseil de sécurité est le seul organe onusien ayant la légitimité d’examiner le différend et de proposer la meilleure voie d’en sortir. Cela signifie-t-il que d’autres parties n’ont aucun intérêt à tenter d’influencer la Cour européenne ou les Nations Unies dans le but de saper les récentes réussites diplomatiques du Maroc, ou du moins de ralentir l’élan positif que le Maroc a connu au cours des vingt dernières années ? Il serait naïf de penser que l’Algérie et ses alliés resteraient inactifs face aux incessantes percées diplomatiques du Maroc. Bien que l’Algérie comprenne qu’elle ne peut inverser ou annuler les progrès réalisés par le Maroc depuis 2007, elle est déterminée à redoubler d’efforts pour maintenir le différend à l’ordre du jour de l’ONU et ainsi empêcher le Maroc de le clore une fois pour toutes.

La série de percées significatives que la diplomatie marocaine a réalisées récemment, en particulier la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara, a poussé l’Algérie à agir rapidement et dans toutes les directions, dans l’espoir de freiner l'élan du Maroc. Consciente que la reconnaissance par la France de la souveraineté du Maroc sur le Sahara est un tournant décisif en faveur du Maroc, l’Algérie est terrifiée par l’idée, que ne cesse de répéter Paris depuis la fameuse lettre de Macron au Roi Mohammed VI, que la France entend aller plus loin pour aider le Maroc à consolider sa position au Sahara. Dans sa lettre annonçant au Roi du Maroc sa décision de reconnaitre la souveraineté marocaine, le président Macron a affirmé avec conviction que l’avenir du Sahara repose dans son intégration au Maroc. Face à une déclaration aussi forte, l’Algérie semble désormais percevoir que ce rapprochement diplomatique entre Paris et Rabat ne relève en rien d'un simple geste symbolique ou d'un élan passager.

En effet, le représentant permanent de la France auprès de l’ONU devrait donner devant le Conseil de sécurité le 28 octobre un briefing qui fera part au Conseil de l’engagement de son pays à préserver la souveraineté du Maroc sur ses provinces du sud. L'Algérie craint que ce briefing ne comprenne une demande explicite au Conseil de sécurité de rendre effectif son soutien à la proposition d’autonomie marocaine comme étant la seule option viable pour parvenir à une résolution finale du conflit. Ainsi donc, le gouvernement algérien espère que la tentative de De Mistura de relancer la proposition de partition pourrait inciter les membres du Conseil de sécurité à au moins maintenir le même langage adopté dans les résolutions depuis la résolution 2440 en octobre 2018, même si ce langage est favorable au Maroc.

Un bref répit pour le bateau séparatiste chancelant

Bien que la proposition d’autonomie du Maroc se soit indéniablement imposée comme la voie la plus réaliste pour une résolution durable du dossier du Sahara, le réseau de soutien qu’a construit l’Algérie au cours des quatre dernières décennies dans de nombreuses capitales européennes continue de maintenir une emprise sur la majorité des universitaires, militants des droits de l’Homme et experts occidentaux. Sachant que ses arguments continuent de faire écho dans les cercles intellectuels et militants malgré la consécration politique et diplomatique du plan marocain comme étant la meilleure voie à suivre pour un futur de stabilité et de prospérité au Sahara, l’Algérie continue de travailler sans relâche ces derniers pour saper les percées diplomatiques du Maroc et jeter le doute sur la légitimité ou la légalité des accords que le Maroc a signés avec ses partenaires européens. On peut donc dire que la décision politiquement motivée rendue par la Cour européenne plus tôt ce mois-ci, annulant les accords de pêche et d’agriculture avec l’Europe, sert le récit que l’Algérie cherche à promouvoir -à savoir que le statut juridique du Sahara n’a pas changé depuis l’avis consultatif de la CIJ de 1975 et que la communauté internationale ne reconnaît pas la souveraineté du Maroc sur la région.

Bien que De Mistura ne se fasse pas d’illusions quant aux perspectives de sa proposition de partition, sachant que des tentatives similaires ont échoué dans le passé et que le Maroc n’acceptera jamais de se laisser entrainer sur une telle voie, la simple mention de la possibilité de partition constitue une sorte de bouée de sauvetage pour l’impossible rêve algérien de séparatisme dans le sud du Maroc. Quoi qu’il en soit, Alger voit dans la tentative désespérée de De Mistura de maquiller son échec au Sahara une occasion en or de redonner espoir aux séparatistes démoralisés et à leurs sympathisants, aussi visiblement désillusionnés devant la régularité des prouesses diplomatiques du Maroc. Par exemple, Alger pourrait utiliser la proposition de De Mistura comme preuve que le plan d’autonomie marocain n’est pas aussi dominant dans les cercles de l’ONU que beaucoup l’avaient pensé ; que les amis ou sympathisants du polisario peuvent encore, avec un minimum d’influence au sein de l’ONU, faire dérailler ou retarder de manière significative l’exécution des termes du plan marocain d’autonomie.

Ce que cache la proposition partition

Des rapports provenant de sources internes indiquent que De Mistura aurait cherché à relancer la proposition de partition sous l’influence de l’Algérie et de son réseau d’alliés, de plus en plus restreint, en Europe et ailleurs. Il se pourrait même que cette idée lui ait été soufflée lors de sa visite surprenante et controversée en Afrique du Sud en janvier dernier. Jamais aucun envoyé de l’ONU avant lui n’avait visité un pays qui n’est officiellement pas partie au conflit et qui est reconnu pour son hostilité envers le Maroc. Même Christopher Ross, cet envoyé de l’ONU dont l’hostilité à la position marocaine est un secret de polichinelle dans les milieux diplomatiques n’a jamais visité l’Afrique du Sud.

Ainsi, il ne faut pas se laisser tromper par le communiqué de presse dans lequel la direction du polisario a déclaré rejeter la proposition de partition de De Mistura. Car celle-ci visait avant tout à semer le doute dans le paysage médiatique. Plus fondamentalement, son objectif est de créer l’impression que le polisario contrôle son propre destin, et que l’Algérie n’est ni partie prenante au conflit, ni ne dicte les décisions du groupe séparatiste. Au fond, dans le scénario peu probable où le Maroc montrerait même la plus légère inclination vers cette option de partition, le polisario ne s’opposerait pas à l’objectif à long terme de l’Algérie d’établir un État satellite dans le sud du Maroc. L’hypothèse selon laquelle l’idée de partition aurait été soufflée à De Mistura par l’Algérie et ses alliés est d’autant plus crédible que le gouvernement algérien a déjà emprunté cette voie à deux reprises dans le passé.

Dans les deux cas, la proposition de diviser la région entre le Maroc et le polisario a été présentée par l'ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika. La première fois, c'était en juin 1978, lors d'une réunion entre l'ancien dirigeant algérien et le secrétaire d'État américain Cyrus Vance. Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères de l'Algérie, a proposé à son interlocuteur américain la partition du Sahara entre le Maroc et le polisario. Il a notamment rassuré Vance que l'Algérie et le polisario séparatiste ne s'opposeraient pas aux plans du Maroc de conserver une partie de la région, y compris les mines de phosphate et une portion de la côte, à condition que le polisario puisse contrôler le reste, alors sous contrôle mauritanien. À cette époque, la Mauritanie faisait face à une campagne militaire féroce de l'Algérie et du polisario pour la forcer à céder la zone qu'elle contrôlait.

L'Algérie a fait une deuxième tentative en novembre 2001. Devenu entre-temps président de l'Algérie, Bouteflika va rencontrer James Baker à Houston, au Texas. La rencontre a lieu quelques mois seulement après que Baker, alors envoyé personnel de l’ONU pour le Sahara, ait présenté son premier plan de résolution du dossier du Sahara, connu sous le nom d’Accord-cadre, que le Maroc avait accepté. Cette proposition -que Baker a présentée après avoir reçu du Maroc des garanties et assurances quant à son engagement à transférer des pouvoirs aux habitants du territoire -stipulait que le Sahara jouirait d’une autonomie pendant cinq ans, et que ceci serait suivi d’un référendum d’autodétermination impliquant tous les résidents de la région qui y avaient vécu au moins un an.

Bien que la proposition accorde au Sahara de larges pouvoirs, elle maintenait également la souveraineté du Maroc à tous égards. Plus important encore, elle préservait l'intégrité territoriale du Maroc, excluant toute tentative de sécession de l'intérieur ou de l'extérieur de la région. Cette proposition a été soutenue par des membres influents du Conseil de sécurité, dont les États-Unis et la France. Cependant, l'Algérie et le polisario l'ont catégoriquement rejetée, comme exprimé dans des lettres envoyées par le président Bouteflika et le secrétaire général du polisario de l'époque, Mohamed Abdelaziz. Lors de sa rencontre avec Baker, Bouteflika a de nouveau évoqué la proposition et exprimé la volonté de son pays et du polisario de discuter de l'option de diviser le Sahara comme solution pour parvenir à un règlement définitif. Cependant, le Maroc a exprimé son rejet catégorique de cette proposition.

De Mistura, qui devrait connaitre toute cette histoire, aurait dû savoir que l'idée d'une éventuelle partition tient de la géopolitique magique, où les vœux pieux sont érigés au-dessus de la réalité politique et des complexités socio-historiques.

Déjà en 1980, au plus fort de la guerre d’usure entre le Maroc et le polisario soutenu par l’Algérie, le Roi Hassan II a fermement écarté toute discussion sur une possible division du territoire. Dans une interview qu’il a accordée au New York Times le 8 mars de cette année-là, le monarque marocain a farouchement rejeté une proposition franco-américaine de partition du territoire. "Les revendications du Maroc sur ce territoire ne sont pas seulement immuables, mais à mon avis, elles ne peuvent faire l'objet d'aucun compromis", a-t-il déclaré.

Fait intéressant, les commentaires de De Mistura après avoir avancé la proposition de partition suggèrent qu’il est bien conscient que les dynamiques de pouvoir dans le dossier du Sahara ont décisivement, et presque irréversiblement, basculé en faveur du Maroc au cours des deux dernières décennies. Cela était particulièrement évident lorsque l’envoyé de l’ONU a adopté un ton plus réaliste en parlant du plan d’autonomie marocain.

En fait, il semblait reconnaître que le plan d'autonomie marocain est largement considéré comme la seule base solide pour une résolution finale de ce conflit régional. Citant judicieusement des exemples de conflits qui ont été résolus par une autonomie élargie, notamment l’Écosse et le Groenland, De Mistura entendait insister, peut-être pour se prémunir contre toute hostilité marocaine à son égard, qu’il n’est pas fondamentalement hostile à l’option d’une résolution par la voie d’autonomie. Néanmoins, a-t-il martelé, privilégier une telle voie dans le cas du Sahara exige du Maroc qu’il explique clairement à l’ONU les modalités de mise en œuvre de son plan.

L’empressement d’un De Mistura désespéré joue en faveur de l'Algérie

A lire hâtivement le briefing de l’envoyé de l’ONU, il semble contenir des implications négatives pour le Maroc. Et l’on pourrait, de ce fait, estimer que De Mistura tente de ramener le processus politique à son point de départ, chose tragique quand on sait le parcours qu’a connu ce dossier depuis les années 50. Cependant, après une lecture attentive et un examen minutieux de chaque mot qu’il a prononcé, il apparaît plutôt que son exposé portait une reconnaissance claire de la part des Nations Unies que l’option de référendum n’est plus viable, comme cela a été réaffirmé par toutes les résolutions du Conseil de sécurité depuis la fin de 2003 jusqu’à aujourd’hui.

Par ailleurs, conscient de la fermeté avec laquelle le Maroc tient à son plan d’autonomie ; de l'intransigeance de l'Algérie et du polisario, surtout de leur refus d'explorer toute possibilité de parvenir à une solution politique basée sur la proposition marocaine, l'envoyé de l’ONU semble être arrivé à un point où il se devait de précipiter un dénouement impossible afin de justifier sa démission d’une mission impossible.

En ce sens, plutôt qu’une certaine hostilité envers le Maroc, il y a surtout du désespoir et de la désillusion dans la dernière sortie de De Mistura. Dans son discours devant le Conseil de sécurité, il a souligné que si aucun progrès n'était réalisé dans les six mois à venir, le Secrétaire général devrait reconsidérer la prolongation de son mandat. Son dernier briefing était donc, en quelque sorte, une annonce officieuse de sa démission à la fin des six mois restants de son mandat en cours. Quoi qu’il en soit, du point de vue du Maroc, toute discussion sur la partition du Sahara est inacceptable. Parler de division du territoire alors que la communauté internationale se rallie de plus en plus à la position marocaine offre à l’Algérie et son front séparatiste un semblant de victoire stratégique éphémère sur la lancée diplomatique marocaine.

Alors que l’Algérie rejette depuis des décennies un recensement à Tindouf et qu’elle fait passer pour de "vrais Sahraouis" des personnes qui n’ont aucun lien primordial avec le territoire en question, il est intrigant d’exhorter le Maroc à "donner" à la communauté internationale, surtout aux pays qui supportent son plan d’autonomie, "plus d’explications et de détails" concernant la mise en place de celui-ci. Si l'on poursuit dans cette voie, il faudra également exiger que le régime algérien fasse la lumière sur la provenance réelle de nombre de "réfugiées sahraouies" venus pour la plupart de pays voisins, tels que la Mauritanie, l'Algérie et même le Mali.

Selon un rapport du Bureau de la recherche et du renseignement américain datant de décembre 1977, "les camps de réfugiés là-bas contiennent également un nombre significatif (et peut-être même une majorité) de Sahariens venus d'autres régions du désert (Algérie, Mauritanie, Mali et même Maroc), soit pour échapper à la sécheresse du Sahel, soit parce que les porte-parole algériens et du polisario les ont incités à venir".

Ainsi, en supposant que la proposition de partition soit une option réalisable et réaliste, sur quelles bases spécifiques serait-elle fondée ? Qui, par exemple, serait éligible à la citoyenneté de l'État imaginaire qui serait établi dans la partie la plus méridionale du territoire ? Les Algériens, les Mauritaniens, les Maliens et même les Marocains des villes marocaines de Tan-Tan et de Zag -qui ont rejoint le polisario -seraient-ils également éligibles pour faire partie de cet État ? Le simple fait qu'ils aient passé cinq décennies dans les camps de Tindouf leur donne-t-il le droit de revendiquer une appartenance au territoire ?

Le jour où l'Algérie acceptera qu'un recensement soit effectué dans les camps pour permettre au Conseil de sécurité de l'ONU d'évaluer le nombre de véritables Sahraouis, et lorsqu'elle acceptera de négocier sur la base de la proposition d'autonomie marocaine, l'envoyé de l'ONU serait justifié de mettre la pression sur le Maroc concernant la réalisation de son plan.

L’autodétermination sahraouie est le dernier des soucis de l’Algérie

En remettant sur la table l'idée de la partition et en exprimant des regrets quant au manque de réponse des parties concernées, De Mistura a clairement montré son ignorance de la raison principale pour laquelle l'Algérie soutient l'agenda séparatiste dans le sud du Maroc. Il est certain que les efforts incessants de l'Algérie pour empêcher tout progrès vers la résolution du conflit du Sahara ne sont pas seulement dus à la crainte que le Maroc puisse un jour soulever la question du Sahara oriental. Plus fondamentalement, l'Algérie a désespérément besoin d'un accès à l'océan Atlantique, une ambition qu'elle espère concrétiser pour asseoir sa domination sur la région du Maghreb.

Depuis l’indépendance en 1962, l'élite politique et militaire algérienne a été imprégnée de la conviction profonde que le seul moyen de devenir la puissance régionale incontestée et de sécuriser une voie sûre pour exporter ses ressources naturelles situées près du Sahara est d'obtenir un accès à l'Atlantique sans avoir à passer par le territoire marocain. Du point de vue algérien, cela ne peut être réalisé qu'en créant un État satellite dans le sud du Maroc. Cet Etat fictif, en raison de son économie fragile et de sa petite population, serait politiquement, économiquement et idéologiquement dépendant de l'Algérie.

Si ce scénario idéal (mais surréaliste) pour l'Algérie venait à se concrétiser, il permettrait de réaliser deux objectifs : 1) Isoler le Maroc géographiquement, en le coupant de sa profondeur africaine. 2) Priver le Maroc des ressources naturelles du Sahara, lui refusant ainsi des revenus financiers cruciaux pour le développement local et pour les aspirations de leadership régional et continental du Royaume.

Plutôt qu'une prétendue croyance en la sacralité du "droit des peuples opprimés à disposer d'eux-mêmes", a conclu une note des services de renseignements américains datant du 12 décembre 1977, la motivation principale dans le dossier du Sahara est la poursuite de ses intérêts stratégiques.

"Bien que le motif apparent de l'Algérie pour soutenir le polisario soit le principe de l'autodétermination, la rivalité historique avec le Maroc pour la domination en Afrique du Nord-Ouest est la principale force motrice. L'objectif de l'Algérie dans ce conflit est d'établir une République sahraouie indépendante sur laquelle elle s'attend à avoir une influence significative", explique la note. "Cela priverait le Maroc des importantes ressources économiques de la région et entraverait les efforts du Maroc pour restreindre l'accès futur de l'Algérie à l'océan Atlantique. En résumé, Boumédiène s'oppose à l'intégration du Sahara occidental par le Maroc car cela remettrait en cause les ambitions de domination de l'Algérie en Afrique du Nord".

Près de cinquante ans plus tard, la stratégie de l’Algérie vis-à-vis du Sahara reste inchangée : derrière ses flamboyantes déclarations de soutien de principe à la "détermination des Sahraouis à l’autodétermination", l'establishment algérien est fondamentalement motivé par une seule et unique urgence : accéder à l'Atlantique et couper le Maroc d'une région qui revêt une importance historique pour l’identité marocaine et qui devient de plus en plus économiquement cruciale pour les aspirations africaines du Royaume.

Ainsi, toute tentative de relancer l'option de la partition offre automatiquement à l'Algérie un nouveau sursis pour gagner du temps. Et ce faisant, il ne sera pas surprenant que, dans les jours et mois à venir, le Maroc désavoue De Mistura et son idée fictive d’un dénouement impossible.

Par
Le 28 octobre 2024 à 16h23

à lire aussi

Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”
NATION

Article : Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”

Le Honduras a annoncé la suspension de sa reconnaissance de la pseudo “rasd”, une décision officielle notifiée à Rabat et aux Nations Unies.

Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc
AGRICULTURE

Article : Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc

Entre le blocus d'Ormuz qui paralyse la production indienne, les restrictions chinoises à l'export et la crise agricole américaine, le marché mondial des engrais phosphatés traverse une période de turbulences sans précédent. Dans ce contexte, l'Inde, plus exposée que jamais à la désorganisation des flux, consolide sa dépendance au Maroc.

Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay
Quoi de neuf

Article : Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay

Prévu pour l’été 2026 aux portes d’Agadir, l’établissement comptera 250 chambres avec vue sur l’océan, plusieurs espaces de restauration et 600 m² dédiés aux réunions et événements.

La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain
Santé

Article : La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain

Cinq directeurs généraux nommés par le Roi, des indicateurs présentés comme probants dans une région pilote, mais des syndicats qui contestent et des décrets toujours manquants. La réorganisation du système de santé public marocain autour de groupements sanitaires territoriaux s'accélère. Le plus dur reste à faire.

Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer
Régions

Article : Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer

Le Mégarama de Casablanca ne fait l’objet d’aucun projet de destruction, a indiqué à Médias24 une source autorisée au sein de l’établissement, réagissant à des informations relayées en ligne sur une possible démolition de plusieurs installations du littoral.

SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente

Partenaire officiel du SIAM, Maroc Telecom présente ses dernières innovations Agritech fondées sur l’IoT, l’intelligence artificielle et la 5G, afin d’accompagner la transformation digitale du secteur agricole.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité