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Tirer le meilleur parti du dialogue afro-européen sur le digital

La polycrise que traverse le monde a soulevé avec acuité la question de la durabilité, de la sécurité et de la résilience des chaînes de valeur. Les perturbations qui ont affecté ces dernières ont suscité des débats sur le reshoring (réinstallation d’activités industrielles chez soi), le nearshoring (localisation dans des États voisins) et le friendshoring ou allyshoring (localisation chez des États amis ou alliés) pour juguler les risques logistiques, politiques et environnementaux intrinsèques au fonctionnement des chaînes de valeur mondiales (CVM).

Le 13 décembre 2022 à 18h15

Des opportunités peuvent donc s’offrir à l’Afrique. La digitalisation, intégrée dans des politiques publiques et stratégies privées agiles, et placée au cœur d’une interlocution active avec l’Union européenne (UE), peut constituer un puissant moyen de les saisir. Elle est en effet un levier avéré d’amélioration de la productivité et de la compétitivité-coût, logiques qui ont contribué à donner aux CVM la forme fragmentée qui est la leur depuis l’avènement des technologies de l’information et de la communication (TIC).

C’est à des pistes de réflexion sur un tel dialogue bicontinental sur le numérique qu’invite un récent ouvrage collectif paru chez Routledge, intitulé Africa-Europe Cooperation and Digital Transformation. Les auteurs de la présente tribune y ont mis en avant le potentiel en matière d’industrialisation que peut revêtir la digitalisation pour les pays du continent, notamment ceux qui bordent la Méditerranée.

Certes, l’Afrique travaille déjà à son propre renforcement productif, entre autres par le truchement de l’Union africaine (UA) et l’organisation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Le financement des startups croît rapidement, ayant atteint 6 milliards de dollars américains (USD) en 2021, malgré des différences notables de performance d’un pays à l’autre. L’UA s’est par ailleurs dotée de cadres stratégiques sur le digital, dont un récent cadre stratégique en matière de données.

Un important potentiel de coopération...

Il s’agit désormais de passer de la conception de stratégies à l’action, et de nouer entre l’Afrique et l’Europe une coopération plus efficace, plus porteuse d’impacts. Une coopération qui soit à la hauteur des enjeux technologiques et productifs du moment.

L’Afrique bénéficie déjà de cadres qui ont contribué à son intégration commerciale avec l’UE. Par exemple, au nord du continent, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte sont liés par des accords d’association (AA) et de libre-échange (ALE) à l’UE dans le cadre de la politique européenne de voisinage (PEV). Le Maroc jouit d’un statut avancé avec Bruxelles, et la Tunisie y est liée par un partenariat stratégique. L’UE absorbait en 2020 respectivement 64% et 71% des exportations du Maroc et de la Tunisie. Les produits manufacturés s’y taillaient une part de 72% et 86% respectivement, indiquant que des chaînes de valeur régionales (CVR) à consolider ont déjà vu le jour.

De surcroît, depuis 2018, l’UE a fait la démonstration d’un volontarisme inédit. Dans une communication de mars 2020, elle faisait du digital et du soutien à la ZLECAF deux pierres angulaires de sa stratégie africaine. En février 2021, une communication conjointe sur la dimension méridionale de la PEV mettait en avant plus qu’aucune autre avant elle les questions industrielles et digitales dans la relation avec le sud de la Méditerranée. Le sommet de Bruxelles de février 2022 a abouti à l’annonce d’un pack d’investissement pour l’Afrique de 150 milliards d’euros, en soutien aussi bien à une vision commune pour 2030 qu’à l’Agenda 2063 de l’UA.

Le potentiel de coopération est donc important.

...qui se heurte cependant à des freins

Cependant, les lourdeurs bureaucratiques, les rigidités de la conditionnalité, l’illisibilité de cadres multiples, les faibles montants alloués à des objectifs trop nombreux ont contribué à faire de l’UE un partenaire moins attractif pour l’Afrique.

Et pour cause, l’Afrique a des besoins massifs en matière d’infrastructures digitales. La Banque mondiale (BM) estimait en 2019 qu’un investissement de 100 milliards de dollars USD serait nécessaire à l’horizon 2030 pour démocratiser en Afrique l’accès à un internet de bonne qualité. La Covid-19 n’a fait que mettre en relief l’immensité des besoins en connectivité numérique du continent. Mais l’UE est particulièrement en retard en la matière. Il est révélateur qu’en 2019, on estimait que Huawei avait construit près de 70% des infrastructures 4G en Afrique.

Sur le plan règlementaire, il convient de tenir compte des besoins des États africains plutôt que d’appliquer aux réalités et aspirations de l’Afrique l’offre européenne, en particulier le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Il demeure qu’une harmonisation des règles sur le traitement des données pourrait contribuer à l’intégration du marché commun européen avec la ZLECAF. Elle permettrait aux entrepreneurs africains d’assurer un scale-up de leurs activités en accédant à de nouveaux marchés à fort potentiel.

Engager les institutions de recherche de pair avec le secteur privé est de même primordial. C’est un constat qui semble avoir motivé Bruxelles à associer le Maroc et la Tunisie au programme Horizon Europe, qui doit permettre de débloquer 95,5 milliards d’euros sur la période 2021-27 au service de la RD&I dans l’UE et chez des États associés.

Or, des institutions académiques jouent déjà, dans les territoires, et parfois en association avec le secteur privé, un rôle moteur. Citons l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), présente dans six des douze régions du Maroc, et qui fournit aujourd’hui 80% des activités de RD&I du Groupe OCP, premier acteur industriel du pays. L’UM6P offre une palette de formations allant de la prise de décision et de la conception des politiques publiques à l’ingénierie, en faisant une place de choix à la technologie et au digital, notamment dans leur application industrielle. Plus de dialogue entre think tanks des deux continents pourrait également permettre de mieux orienter le travail technique des institutions.

Le partenariat d’égal à égal, voire la convergence, sont de vieilles ambitions du dialogue afro-européen. À l’aune de l’importance du digital dans les mutations de l’économie mondiale et des défis que celle-ci doit relever, il semble urgent de dépasser l’ère des grandes annonces pour entrer de plain-pied dans celle des détails, de la mise en œuvre et du travail concrets.

Par , et
Le 13 décembre 2022 à 18h15

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