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Verdir la finance numérique

BEIJING – La finance numérique s’est révélée être un outil révolutionnaire inattendu, par le simple fait qu’elle permet une inclusion financière à bas coûts. Grâce aux nouvelles technologies financières (regroupées sous le terme Fintech), les consommateurs peuvent facilement faire leurs achats, les immigrants peuvent à moindre frais envoyer l’argent durement gagné à leurs familles et les épargnants peuvent par eux-mêmes définir les investissements en vue de leur avenir. Mais pour que la Fintech réalise son potentiel d’avancement du bien public mondial, un autre facteur doit être pris en compte: l’environnement.

Le 22 février 2017 à 15h41

Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a récemment publié un rapport, Fintech and Sustainable Development: Assessing the Implications, (La Fintech et le développement durable: évaluer les conséquences) qui explore les manières dont la finance numérique peut être utilisée pour dégager des avantages environnementaux. Comme le souligne ce rapport, en réduisant les coûts et en améliorant l’efficacité, la Fintech mobilise déjà la finance verte, permettant aux plus pauvres d’avoir accès à des sources d’énergie propre grâce à des systèmes de paiement novateurs et en facilitant l’épargne verte, pour les riches comme pour les pauvres.

La start-up suédoise Trine, par exemple, permet aux épargnants de Stockholm de financer des installations d’énergie solaire situées à plusieurs milliers de kilomètres de là. Au Kenya, l’entreprise M-KOPA Solar tire parti de l’énorme succès du service national de paiement par téléphone portable M-Pesa pour proposer des kits solaires aux communautés les plus démunies du pays. D’autres initiatives illustrent le potentiel écologique des blockchains et des crypto-monnaies.

Les gains de telles initiatives pourraient être substantiels – pour les ménages, les prestataires de services financiers, l’économie et l’environnement. Dans cette optique, une coalition d’entreprises de la finance numérique, Green Digital Finance Alliance (l’Alliance de la finance numérique verte), a été lancée lors de la réunion du Forum économique mondial de cette année à Davos, Suisse.

Accéder à des sources d’énergie propre grâce à des systèmes de paiement novateurs

L’une des entreprises fondatrices de l’Alliance, ANT Financial Services, comprend une plate-forme de paiement par téléphone portable qui compte quelques 450 millions d’usagers, rien qu’en Chine. ANT collabore actuellement avec le PNUE pour proposer une application expérimentale "énergie verte" qui offre une compensation financière aux usagers qui réduisent leur empreinte carbone.

La Fintech est partie intégrante d’une révolution plus vaste qui comprend le Big data, l’internet des objets, les blockchains et l’intelligence artificielle. Ces technologies nous permettent d’enregistrer et de suivre le cycle de vie des produits – et même de l’argent – et ainsi de savoir précisément comment ils ont été utilisés, comment ils ont été financés, et quel est leur impact sur l’environnement. La nouvelle application de ANT sur l’énergie verte traduit ainsi en émissions de carbone les données sur les transactions financières. Cette approche, si elle était adoptée par un plus grand nombre de plate-formes numériques de paiement, pourrait inciter des centaines de millions de personne à tenir compte de la réduction des émissions de carbone en effectuant leur choix de mode de vie quotidiens.

Toutes les révolutions ont des coûts inattendus, et peuvent être détournées, voire totalement dévoyées. Il en va de même pour la révolution de la Fintech. Les atteintes à la vie privée sont le risque le plus évident; en fait, de tels préjudices semblent inévitables en dépit des efforts déployés pour la protéger. D’autres risques sont moins flagrants et sont liés à la déstabilisation des marchés existants.

Comme l’a souligné le journaliste américain Michael Lewis dans son best-seller Flash Boys: Histoire d’une révolte à Wall Street, les risques induits par le trading à haute fréquence sur les rendements financiers des pesants fonds de pension du XXe siècle sont lourds de conséquences.

Les organes de réglementation doivent d'adapter

Une autre victime sera la réglementation, du moins pour un certain temps, avant que les législateurs comprennent comment gérer au mieux un système financier de plus en plus complexe, dynamique et virtuel. Il est également possible que les effets de la mercantilisation liée au Big Data et à la vitesse des échanges sapent les conditions propices à un développement durable.

Si ces risques ne peuvent être éliminés, ils peuvent être atténués. Les organes de réglementation devront en particulier travailler d’arrache-pied pour s’adapter, du mieux qu’ils le peuvent, dans un environnement financier en mutation rapide. Leur rôle ne doit toutefois pas se limiter à ériger des garde-fous contre les risques de la Fintech; ils doivent également la guider, pour qu’elle réalise son plein potentiel. Elle doit par exemple être alignée aux Objectifs de développement durable – une approche qui nécessite de nouvelles normes, une transformation du marché et la collaboration des parties prenantes.

Tous les pays devraient intégrer la finance numérique à leurs plans de financement du développement durable. Des coalitions comme l’Alliance de la finance numérique verte peuvent soutenir ces efforts, en mobilisant une action collective de la part des institutions financières et de l’ensemble des acteurs concernés.

Les mesures multilatérales seront tout aussi importantes. Cette année, le G20, sous la présidence de l’Allemagne, mettra l’accent sur le renforcement des capacités de résistance aux risques, l’amélioration de la durabilité et la reconnaissance de la responsabilité du changement climatique – autant de domaines où le numérique doit faire partie de la solution. De même, le G7, sous l’égide de l’Italie, examinera comment financier les petites et moyennes entreprises vertes, en tirant parti des innovations liées à la Fintech.

En adoptant la bonne approche, la Fintech peut être mobilisée pour renforcer l’économie et la société, tout en contribuant à préserver l’environnement. Heureusement, il se pourrait que cette année soit celle où la finance numérique arrive à maturité.

© Project Syndicate 1995–2017

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Le 22 février 2017 à 15h41

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