Vous prendrez bien un peu d’antisystème avec votre salade?
Dans un lieu, logé quelque part entre réalité et fiction, comme une sorte de "fast-food géant des astuces politiques", une élucubration à lire sans modérer son esprit imaginatif…
- Bonjour, pourrais-je avoir un peu d’antisystème s’il vous plait?
- Oui, bien sûr. Sur place ou à emporter?
- A emporter.
- C’est pour quelle époque?
- Comment ça pour quelle époque? Pour 2017, bien sûr!
- Bien sûr, bien sûr… c’est vite dit! Vous croyez que cette année est la seule à en commander peut-être?
- Ah, parce que d’autres époques ont utilisé l’antisystème? Cela me paraît pourtant tellement corrélé à notre époque.
- Quelle ignorance! Ce n’est par parce que 2017 pourrait gagner la palme de l’utilisation de l’antisystème que ce dernier y est né. Bien au contraire.
- …
- Bon, je vois, à vos yeux ronds, que vous ne voyez pas où je veux en venir. Si je vous dis que le terme de système, das system, a été popularisé par les nationalistes allemands, dans les années 20 et qu’il dénonçait la République de Weimar et ses partisans. Le sens en était clair: il y avait le système (sociaux démocrates, communistes, conservateurs, juifs…) et les "authentiques représentants du peuple réel" (les nazis); autrement dit l’antisystème. Le vocable, mot valise, comme vous pouvez le constater dès sa naissance, était "plastique, véritable auberge espagnole de l’exécration et accueillait tout ce que ceux qui l’employaient souhaitaient dénoncer".
- Mais ce qui était antisystème à l’époque ne l’est sûrement pas aujourd’hui!
- C’est ce que vous voulez bien croire. L’antisystème n’a cessé de s’enrichir, au fil des années, de tout ce qu’on veut bien y mettre. "L’auberge espagnole" s’est agrandie et accueille de plus en plus de monde. Le fond est resté le même…
- C’est peut-être parce que le système n’a, lui aussi, cessé de s’étendre?
- Le système! Ce monstre redoutable donc…
Dès lors qu’on l’accole à un qualificatif (fiscal, économique, ou encore mécanique, respiratoire, cardio-vasculaire, solaire, informatique…), il reste quelque peu acceptable puisqu’il réfère à une notion d’organisation, créée ou non par l’humain, avec des entités interdépendantes. Mais il revêt immédiatement des connotations de complot ou de machination quand il est utilisé seul… D’ailleurs, que signifie pour vous le système exactement, vous qui venez commander de l’antisystème ?
- Ce sont toutes ces personnes qui régissent le monde. Ces alliances et jeux de pouvoir (politique, économique et financier) qui privilégient leurs intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Le système est incapable de penser l’intérêt général tant il est occupé à ne considérer que les intérêts particuliers de sa classe.
- Parce que l’antisystème le peut?
- C’est bien sa raison d’être? Et nous avons besoin plus que jamais aujourd’hui!
- Le revendiquer sûrement à coup de punchline, de promesses électorales et de projets aussi hypothétiques que peu réalisables. Quant à le faire, cela est autre chose.
- Quelle mauvaise foi… digne du système!
- Prenons deux exemples plutôt récents.
Aux Etats-Unis, Donald Trump a clairement utilisé le pack antisystème en ciblant les démocrates riches en général, et la famille (voire la dynastie !) Clinton en particulier. Il s’est présenté comme le porte-parole de l’américain moyen, blanc, qui souhaite rendre sa grandeur à l’Amérique (Make America great again). Lui, le milliardaire, égomaniaque, rompu aux affaires et vedette même de show de télé-réalité… Le fait qu’il prône des idées qu’il n’applique pas ou qu’il ne personnifie pas, n’a eu, visiblement, aucune incidence. Il a été élu parce qu’il illustrait cet antisystème; alors qu’il aurait tout aussi bien pu être l’étendard du système!
En France, la dernière campagne électorale a été un vrai geyser de candidats antisystème. Marine Lepen a, peu ou prou, repris la même ligne de conduite que Donald Trump, avec moins de succès à l’arrivée. Emmanuel Macron, le nouveau président, a surfé sur la vague avec un discours de rupture; l’antisystème étant ici de ne pas jouer le jeu des partis politiques… tout en étant porté par un système oligarchique. Même François Fillon a trouvé le moyen de se qualifier de "rebelle" face à "ceux qui profitent du système".
- Ce n’est donc QUE de la communication? ça me paraît trop léger tout de même!
- Bien sûr, Dominique Reynié, professeur à Sciences Po et directeur de la Fondation pour l’innovation politique, l’a même décrit en paraphrasant Jean-Paul Sartre "Le Système, c’est les autres". Dans la locution originale "L’enfer, c’est les autres", Sartre voulait dire que si nos rapports avec autrui sont tordus, viciés; alors l’autre ne peut être que l’enfer. Il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui.
- Je ne vois pas trop le rapport avec "Le Système, c’est les autres"?
- Pourtant, c’est exactement la même chose. Quoi que les gens mettent dans le Système, ils y projetteront une vision, viciée, tordue, telle que présentée par les politiques… qui ne sont qu’un autre visage de ce même système!
- Si je comprends bien, je suis venu vous prendre un peu d’antisystème et je vais me retrouver avec un forfait système?
- Les deux sont finalement deux revers de la même médaille! Etre antisystème ne veut rien dire en soi…
Ma première question était "pour quelle époque?"; ce qui nous a menés vers cette digression sur la signification. Maintenant, je vous demande "pour quel besoin?"
- C’est très simple, comme je vois ce mot devenir une vraie baguette magique, je me suis dit que le proposer à un pays pourrait faire passer quelques pilules.
- Excusez-moi mais c’est pour quel pays exactement?
- Pour le plus beau pays du monde!
- Ah, certes. Il y a quelques jours, j’ai aperçu, furtivement certes, une intervention télévisuelle de votre 1er ministre.
- Ah, vous voyez! On a bien besoin d’antisystème dans toute cette salade, heu… discours.
- Non non. Je ne peux rien pour vous. Il y a tout de même des limites même à l’antisystème!
- Et vous n’avez pas d’autres farces et attrapes qui pourraient lui être utiles?
- Au rythme de ses apparitions publiques, je n’en vois pas l’utilité!
- Bon, je crois que je vais annuler ma commande. A la place, mettez-moi plutôt une bonne dose de patience et d’optimisme svp…
Les personnages et les situations de ce récit n’étant pas totalement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être fortuite.
à lire aussi
Article : L’Union arabe de la promotion immobilière lance son bureau régional pour le Maghreb à Casablanca
Réunie à Casablanca, l’Union arabe pour la construction et la promotion immobilière a officialisé la création de son bureau maghrébin et la nomination de Me Mohamed Rachid Tadlaoui en tant que directeur régional, dans le cadre d’une stratégie de développement de partenariats transrégionaux.
Article : Mondial 2026 : la FIFA augmente de 15% sa dotation aux équipes participantes
Le Conseil de la FIFA, réuni mardi 28 avril 2026 à Vancouver, au Canada, a décidé d'augmenter de 15% supplémentaires la contribution financière à distribuer aux 48 équipes participantes à la Coupe du monde de football 2026.
Article : Las Palmas veut une liaison maritime directe avec le port d’Agadir
Las Palmas veut renforcer sa coopération avec le port d’Agadir via une liaison maritime directe dédiée notamment aux produits de la pêche, afin de réduire les coûts, accélérer les échanges et développer des synergies dans le secteur naval.
Article : Tensions au Moyen-Orient : le gouvernement rassure sur l’approvisionnement et les prix
Face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et à leurs répercussions sur les marchés internationaux, le gouvernement se veut "rassurant" sur l’approvisionnement en énergie et en produits de base.
Article : Tanger Med boucle 2025 avec 13 milliards de DH de chiffre d’affaires, en hausse de 16 %
Porté par la dynamique de ses activités portuaires, logistiques et industrielles, le Groupe Tanger Med a enregistré en 2025 un chiffre d’affaires consolidé brut de 13 milliards de dirhams, en progression de 16 % sur un an.
Article : Ozone. Le tribunal refuse d’étendre le redressement aux filiales du groupe de Aziz El Badraoui
Le tribunal de commerce de Rabat a rejeté la demande d’extension du redressement judiciaire d’Ozone à ses filiales. La procédure reste limitée à la société mère. Les juges s'attèlent sur le cas des dirigeants, dont Aziz El Badraoui, visés par une demandes de sanctions patrimoniales pour faute de gestion.