Crise de la Samir : Les salariés disent “ça suffit”!
Plus de 600 employés entre lassitude et désespoir. Gouvernement, organes de la procédure et créanciers visés par les critiques. Une guerre annoncée contre le syndic judiciaire.
Les salariés de la Samir lancent un énième cri d’alerte. Ils exigent une solution radicale à la crise qui secoue l’unique raffinerie du Royaume, à l’arrêt depuis 5 ans et en liquidation depuis mars 2016. « Nous avons assez attendu, assez sacrifié. Aujourd’hui, c’est soit la reprise de l’activité, soit la fermeture définitive de l’entreprise. Basta ! », gronde une source syndicale interne.
Le ton et les éléments de langage ont changé. S’ils s’accrochent à l’espoir – de plus en plus infime – d’un redémarrage de l’unité, les salariés évoquent pour la première fois, sans l’espérer, la question de la fermeture. « Au bout de cinq ans, nous croyons avoir tout donné pour maintenir à flot l’entreprise », ajoute la même source.
Dernier effort de guerre, autre motif de désespoir : A l’annonce de l’exploitation par l’ONHYM des bacs de stockage de la Samir, les salariés s'étaient déployés pour lui baliser le terrain, menant travaux d’entretien et de réorganisation du personnel. Six mois plus tard, le contrat de location n’a toujours pas été signé et en interne, on pronostique déjà une suspension, voire une annulation de l’opération.
684 rescapés
L’été 2015, ils étaient près de 1.100 employés à vivre la mise à l’arrêt du raffineur. Ils sont aujourd’hui 684 à subir de plein fouet sa décrépitude. Des rescapés qui se sentent « abandonnés » à la fois par le l’Etat et les organes chargés de la liquidation.
« La situation actuelle est due en premier lieu au gouvernement et, en deuxième lieu, au tribunal de commerce. De la privatisation à la liquidation, le premier s’est dérobé à ses responsabilités. Le deuxième s’est montré impuissant dans la gestion de ce dossier et la protection des actifs matériels et immatériels de la Samir », tance ce salarié.
Les créanciers en prennent aussi pour leur grade. « Regroupés en assemblée, ces derniers devaient normalement peser pour débloquer la situation et ce, dans l’intérêt de tous. A la place, nous n’avons eu droit qu’à des batailles juridiques pour qui tiendra son rang dans la course au paiement », estime le même interlocuteur. Il nous raconte la tenue « de quatre réunions contreproductives que les salariés ont eux-mêmes financées en cotisant de leur propre argent ».
Syndic judiciaire, Abdellatif Safadi est directement pris à partie dans un récent communiqué de la Confédération démocratique du travail, syndicat le plus représentatif au sein de la Samir. Il accuse le fonctionnaire de « se soustraire au dialogue » sur la « protection des droits des salariés ». On évoque, notamment, les cotisations à la CIMR qui n’ont pas été réglées depuis 5 ans. Pourtant, « le syndic est le premier responsable de la préservation des emplois et de la gestion courante du personnel », estime une source interne.
Le syndic a toujours été évoqué dans les communications de la CDT, devenus marronnier de cet interminable feuilleton. Mais là aussi, le ton monte d’un cran. L’organe syndical se « réserve le droit de recourir à toutes les voies possibles, en vue de protéger et garantir les droits des ouvriers et dénoncer toutes les pratiques et politiques préjudiciables aux intérêts de l’entreprise et visant à l’enterrer ».
Une annonce qui, dans les faits, se traduit en ultimatum. Selon nos informations, syndic et salariés tiendront, au cours de la semaine, une rencontre pour discuter d’un éventuel accord. « Nous espérons parvenir à la conclusion d’un pacte. A défaut d’accord, nous n’écartons pas de recourir à la Justice », déclare cette source syndicale, sans s’étaler sur la nature du recours.
Dans la procédure de liquidation en cours, les salariés sont représentés par un des leurs. Lequel opère en tant que contrôleur. Avant Abdelkbir Safadi, Mohamed Krimi, syndic de la Samir jusqu’en 2018, avait été révoqué à la demande d’un autre contrôleur (Banque centrale populaire). A l’époque, le tribunal qui statué sur la destitution a motivé sa décision par « l’absence d’harmonie entre les organes de la procédure ».
Un blocage étrange, incompréhensible
L'Etat est le premier créancier de la Samir. Il pourrait récupérer au bas mot, 16 milliards de DH en cas de cession du raffineur, un montant qui serait le bienvenu en ces temps de crise économique et financière et de déficit budgétaire. A titre de créancier, il a le droit d'intervenir dans la procédure, ce qu'il ne fait pas; il se contente d'observer, n'intervenant que pour des validations de créances. Il ne joue qu'un rôle de créancier et pas de puissance publique.
La multiplication des blocages dès lors que le marché des hydrocarbures est en jeu soulève de plus en plus d'interrogations au sein des salariés et des milieux judiciaires: cession de la Samir, location des capacités de stockage de la raffinerie, conseil de la concurrence, autant de situations qui font de plus en plus parler d'une main invisible qui empêche tout changement du statu quo.
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