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ECONOMIE

L'activité de location de voitures paralysée par le Covid-19

Le secteur de la location de voitures est paralysé par la crise du covid-19. La situation ne s’améliore pas avec le déconfinement, puisque 78% du chiffre d’affaires est habituellement réalisé avec les touristes et les MRE.

L'activité de location de voitures paralysée par le Covid-19
Kenza Khatla
Le 8 juillet 2020 à 18h50 | Modifié 11 avril 2021 à 2h47

Les loueurs de voitures traversent une période difficile, qui a démarré bien avant le confinement, nous confie Mohamed Alami, président de l’Association des loueurs d’automobiles sans chauffeur au Maroc (ALASCAM).

"Cette situation dure depuis décembre, après l’apparition du virus en Chine. Au moins 7 groupes de touristes chinois, prévus au Maroc durant ce mois, ont été annulés, entraînant une cascade d’annulations des réservations des voitures de location".

En effet, quelques jours après l’apparition du covid en Chine, les autorités de ce pays avaient interdit à leurs ressortissants de voyager à l’étranger. Une décision qui a provoqué une baisse des touristes chinois dans le monde, notamment au Maroc durant les premiers mois de l'année 2020.

140.000 voitures à l’arrêt

"Nous n’avons jusqu’à présent aucune visibilité quant à la reprise de l’activité, puisque nous dépendons du tourisme et de la réouverture des frontières".

En effet, 78% du chiffre d’affaires du secteur de la location des voitures est réalisé avec les étrangers et les MRE, d'après M. Alami.

140.000 voitures sont complètement à l’arrêt depuis des mois, et "les pertes sont énormes pour 80% des agences, qui n’arrivent plus à honorer leurs engagements", nous apprend pour sa part Abdellah Aida, secrétaire général de la FALAM (Fédération des associations de location automobiles au Maroc). Certaines sont même au bord de la faillite.

"Au Maroc il y a 10.000 agences de location de voitures, dont 200 représentent 60% du CA du secteur. Le reste est composé de petites entités, qui n’arrivent pas à s’en sortir, même en temps normal" ajoute M. Alami, qui rappelle à l’occasion la problématique du cahier des charges dont souffre la profession depuis une vingtaine d’années.

En effet, les loueurs de voitures ont longtemps dénoncé un cahier des charges dépassé, mais en vain. Le capital minimum exigé par le ministère des transports pour créer une agence de location est de 500.000 DH, avec un minimum de 5 voitures. Les loueurs demandent une augmentation du capital à 1 million de DH, et le nombre de voitures minimum à 10.

"Nous avons déjà transmis une étude réalisée par nos soins au ministère, qui montre qu’une agence de location qui dispose de 5 voitures ne peut pas couvrir toutes ses charges, à savoir la maintenance et l’entretien des voitures et des pneus, la vidange, les coûts du bureau (électricité, eau, loyer…), en plus des salaires du personnel. Une agence avec 10 voitures arrive à peine à payer toutes ses charges en plus d'une petite marge au propriétaire. C’est au-delà de 15 voitures qu’une agence de location devient rentable", souligne M. Alami, notant que "le taux d’utilisation de chaque véhicule doit toutefois dépasser 75%".

Des licenciements programmés

Par ailleurs, "l’attitude des banques et des compagnies d’assurance durant le confinement est pointée du doigt. Rien ne les a empêchées de facturer des frais et des intérêts aux professionnels du secteur", accuse notre interlocuteur.

Du côté du personnel, "pour chaque 100 voitures, nous avons besoin de 4 à 5 employés". Si on fait le compte, au moins 7.000 emplois sont menacés. 

"Les aides financières de l’Etat ont pris fin en juin. Les grandes sociétés envisagent de licencier 50% à 60% du personnel, et la majorité des agences ont opté pour une baisse des horaires de travail (travail à mi-temps), pour garder un minimum d'emplois", poursuit M. Alami.

Mesures d’urgence

Lors une réunion tenue vendredi 2 juillet dernier avec le secrétariat général du gouvernement, les loueurs de voitures ont proposé un ensemble de mesures d’urgence pour sauver le secteur.

Concernant la partie administrative et organisationnelle, ils demandent :

- L’accélération de la mise à jour du cahier des charges.

"Dans notre secteur, l’offre est supérieure à la demande, et les prix sont en baisse, ce qui ne nous permet pas de payer nos charges quotidiennes, estimées à près de 170 DH par voiture, un montant qui prend en compte l’amortissement du véhicule, l’assurance et les échéances de crédit", nous explique M. Aida.

"Nous demandons également le respect des distances entre les agences. Il n’est pas normal de trouver 5 à 6 agences dans un même immeuble".

"Nous avons déjà proposé un nouveau cahier des charges avec toutes ces précisions au ministère, mais nous n’avons pas encore eu de réponse".

- La réalisation des visites techniques une fois par an au lieu de chaque semestre, pour soulager la trésorerie des entreprises.

En effet, pour démarrer leur activité, les agences de location acquièrent des voitures neuves. Des visites techniques sont effectuées chaque an, durant les deux premières années, puis chaque 6 mois au-delà de la 2e année d’exploitation.

- La simplification des procédures de déclaration des infractions.

- L’élaboration d’un contrat standard, reconnu par les autorités compétentes, qui préserve les droits et devoirs des professionnels.

En ce qui concerne le volet économique et fiscal, les agences demandent :

- Le report des crédits pour plus d’un an et demi;

- L’exonération de la vignette annuelle, la réduction de l’impôt sur les sociétés, et l'application d’une TVA de 10% au lieu de 20%;

- La baisse des primes d’assurance, qui sont excessivement élevées et handicapantes pour les opérateurs de la location de voiture;

- Permettre aux professionnels de profiter de crédits bancaires avec des taux d'intérêt ne dépassant pas 2%;

- La réduction des taux d'intérêt et l'exonération de la TVA de 20% lors de l’achat des voitures.

Des packs pour encourager le tourisme interne

Selon M. Alami, "le chiffre d’affaires habituel réalisé avec le tourisme interne ne dépasse pas les 37% du total".

"Les gens n’osent pas encore voyager, et encore moins louer une voiture. Ce marché ne suffira donc pas pour couvrir toutes nos charges". 

"En temps normal, c’est durant les trois mois d’été -juin, juillet, août- que l’activité augmente. On est déjà au mois de juillet et nous n’avons pas encore de visibilité."

"Dans la région de Casablanca, les loueurs vont proposer des tarifs promotionnels pour encourager le tourisme local. Nous sommes également en train de préparer, avec d'autres prestataires, des packs hôtels+voitures de location et autres. L’important pour nous c’est que les voitures roulent".

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Kenza Khatla
Le 8 juillet 2020 à 18h50

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