Les commerçants se soulèvent contre l'augmentation des droits de douane
La hausse des droits de douane sur les produits finis de consommation importés hors des pays signataires d’ALE avec le Maroc, qui sont passés de 25 à 40% entre 2019 et 2020, a causé d’énormes dégâts selon les opérateurs du commerce en réseau. Constitués récemment en fédération, ces derniers essaient aujourd’hui de faire du lobbying pour amender le projet de loi des finances et revenir au taux initial de 25%. Voici leurs arguments.
Le relèvement des droits de douane a été opéré en deux temps en 2020. D’abord dans la loi de finances 2020, où le taux des droits de douane est passé dès le 1er janvier de 25 à 30%, puis dans la loi de finances rectificative avec le passage au taux de 40% à partir du 27 juillet.
Cette hausse décidée par le gouvernement concerne toutes les importations de produits finis faites auprès de pays non signataires d’accords de libre-échange avec le Maroc.
Si la première hausse de 5 points n’a pas fait grand bruit, la seconde, elle, crée de la résistance. Les premiers à monter au créneau : les opérateurs du commerce en réseau, qui se sont justement constitués, en septembre, en fédération et ont intégré les rangs de la CGEM pour faire entendre leur voix.
Cette fédération est constituée de plus d’une centaine d'enseignes commerciales, dans la mode, les cosmétiques, l’ameublement, le sport, le bricolage, la décoration, l'électroménager, la joaillerie, les jouets… Des enseignes structurées, telles que Kitea, GoSport, Decathlon, Bricoma et d’autres, qui pour leur grande majorité commercialisent des produits importés.
Selon des membres de cette fédération, cette forte augmentation des droits de douane a causé (et causera) d’énormes dégâts sur ce secteur qui emploie quelques 1,5 million de personnes.
La hausse des droits de douane, répercutée sur le consommateur
« La première augmentation décidée en janvier est absorbable, car on n’était pas dans un contexte de crise. Mais on a été très surpris vers la mi-juillet par la deuxième augmentation à 40%, surtout après 4 mois de fermeture », raconte Amine Abouyoub, directeur général de Mercure International of Morocco, distributeur exclusif des marques Puma, Under Armour, Asics, Levis, Diadora et Arena.
Membre de la fédération du commerce en réseau, il nous informe ainsi qu’aussi bien son groupe que les autres enseignes du pays n’avaient d’autres choix que de répercuter cette hausse sur les prix.
« Nous avons des marges assez serrées, et nous ne pouvons pas supporter une hausse de 15 points sur les coûts de nos importations. On n’avait pas d’autres choix que de majorer nos prix pour sauvegarder notre modèle économique », assure un autre membre de la fédération.
Cette hausse des prix touche selon nos sources tous les types de produits, importés essentiellement d’Asie (Chine, Bangladesh, Inde…) : chaussures, électroménager, électronique, produits électriques…
Cette hausse des droits de douane que le gouvernement a instituée pour limiter les importations, c’est donc finalement le consommateur qui va la supporter. Ce qui a causé selon nos sources une baisse d’activité assez considérable au sortir du confinement.
« Cette décision touche directement le consommateur dans un contexte de crise lié à la pandémie qui a déjà fait baisser le pouvoir d’achat des ménages. Il faut savoir que nous militons depuis des années pour que les produits de marques internationales soient positionnés au même prix de vente qu’en Europe, marché de référence du consommateur marocain. Nous avons également investi énormément dans nos magasins pour créer des expériences clients aux normes européennes. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec des produits beaucoup plus chers, ce qui va mener forcément à une baisse de notre chiffre d’affaires, déjà mis à mal par les 3 mois et demi de fermeture de nos magasins pendant le confinement », explique M. Abouyoub.
Ce renchérissement des prix donnera également, selon une autre source du secteur, « du stimulant au secteur informel », les acteurs du commerce structuré ayant constaté « un phénomène d’évasion progressive des achats des consommateurs vers l’informel ».
Ce qui sape selon le patron de Mercure International tous les efforts menés pour limiter le poids de l’informel dans ce type de commerce, surtout après l’arrêt des flux de marchandises venant de Sebta et Melilia.
« Nous avons constaté depuis le début de l’année une raréfaction des produits de marques internationales dans le marché informel, ce qui s'est traduit par une amélioration de nos ventes sur les villes du nord du Maroc, comme Tanger où nos magasins ont vu l'émergence d’une nouvelle clientèle. Autre phénomène que nous vivions, le passage des clients grossistes vers le formel. Nous avons été sollicités par ces derniers pour être approvisionnés par le canal formel. Nous les avons aidés à prendre ce chemin dans une stratégie win-win. Malheureusement, avec l'augmentation des droits de douane et la hausse des prix, nous craignons un retour de ces nouveaux clients vers les circuits informels et donc une baisse inévitable de notre activité », explique Amine Abouyoub.
Des dizaines de milliers d'emplois menacés
Selon les estimations de la fédération du secteur, les pertes d'emplois dues à cette baisse d’activité pourraient atteindre les 15%, soit plusieurs dizaines de milliers d’emplois.
Ils estiment également que cette mesure n’aura aucun effet sur les recettes de l’Etat, si tel était l'objectif des pouvoirs publics. Car la hausse des droits de douane va induire une baisse des volumes importés, une baisse d’activité, et donc une baisse aussi bien des droits de douane, que de la TVA collectée ou encore de l’IS.
« Nous avons fait des calculs, et le résultat, c’est que cette mesure n’aura aucun effet sur les recettes de l’Etat. Il se peut même que ces dernières baissent à cause de cette hausse des droits de douane », explique un des membres de la fédération du secteur.
Mais l’objectif du gouvernement n’était pas seulement comptable ou budgétaire, puisque ce relèvement des droits de douane s’inscrit dans une nouvelle politique industrielle qui vise à favoriser le produit marocain face aux produits importés.
Une politique que nos sources disent comprendre et même soutenir quand l’industrie locale peut les fournir en produits. Ce qui n’est toujours pas le cas selon eux.
« On est les premiers ambassadeurs du made in Morocco. Vendre un produit marocain est d’ailleurs moins contraignant que de vendre un produit importé en raison de l’absence de coûts de stockage, des coûts d’importation et des différentes procédures pour acheminer le produit de l’international. Mais le commerçant est contraint de répondre à la demande du consommateur. Le consommateur marocain est averti et sait ce qu’il veut. S’il veut une paire de Nike, vous ne pouvez pas le détourner de son choix en lui présentant une marque marocaine… Les gens n'achètent pas que des baskets, mais des marques. Et ces marques n’ont pas d’usines au Maroc pour l’instant », explique un des acteurs du secteur.
Amine Abouyoub ne dit pas autre chose : « On est entièrement d’accord avec le consommer marocain. On a d’ailleurs des entreprises qui se fournissent au Maroc. Pour l'électricité par exemple, les enseignes de bricolage achètent à 95% leurs produits au Maroc. Pour l'ameublement, les enseignes essaient de faire fabriquer au maximum leurs produits localement. Mais on ne peut pas fabriquer des Adidas ou des Puma. Et on ne va pas attendre l'installation de ces usines au Maroc pour répondre à la demande du consommateur marocain », estime-t-il.
Lobbying politique pour un retour au taux de 25%
Armés de ces différents arguments, les acteurs du secteur ont pris leur bâton de pèlerin pour sensibiliser les autorités et les députés de la nation.
Des rencontres ont été ainsi organisées avec le ministre des Finances et le ministre de l’Industrie et du Commerce pour présenter les effets négatifs de cette augmentation des droits de douane sur le secteur.
Les acteurs du commerce en réseau ont également rencontré le directeur général de la Douane, ainsi que des présidents de groupes parlementaires pour leur exposer leur vision des choses.
Objectif : faire passer un amendement dans l’actuel projet de loi de finances proposant un retour au taux initial de 25%.
Une mesure qui sera a priori difficile à obtenir quand on sait que le gouvernement est venu dans son PLF 2021 avec de nouvelles hausses de droits de douanes… Et que le ministre de l’Industrie fait de sa politique d’import substitution une des principales pistes de relance de l’industrie marocaine.
« Le gouvernement ne peut pas faire marche arrière. Ce serait difficile politiquement, on en est conscient. Mais les parlementaires ont été sensibles à notre discours et trouvent notre revendication légitime. Nous espérons donc qu’un amendement sera introduit en ce sens et qu’il obtiendra l’adhésion de la majorité des députés », signale un des membres de la fédération.
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