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ECONOMIE

Malgré la prudence des employeurs, les recrutements des intérimaires reprennent

Les entreprises ne cachent pas leur inquiétude au vu du contexte sanitaire et économique actuel, mais elles redémarrent malgré tout les recrutements des travailleurs intérimaires pour assurer la poursuite leurs activités, essentielle pour leur survie.

Malgré la prudence des employeurs, les recrutements des intérimaires reprennent
Solène Paillard
Le 30 septembre 2020 à 16h30 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Sur les cinq cabinets de travail temporaire contactés par Médias24, quatre font état d’une reprise dynamique des recrutements, laissant ainsi entendre que la relance progressive recensée au mois de juillet se poursuit. La redémarrage est donc bien palpable, mais il est à nuancer : en cette période de crise sanitaire et économique, les employeurs restent sur leurs gardes par manque de visibilité, notamment sur le front des investissements, voire font grise mine.

''Chez nous, les recrutements ont repris à la normale ; l’activité est même en hausse par rapport à la même période l’an dernier, surtout parce que nous avons compensé la perte de certains clients avec d’autres clients'', indique Cyril Glenisson, fondateur et directeur général de Plus Intérim.

Ce responsable dit avoir ''conservé les mêmes entreprises'' mais cessé ses activités avec une poignée de sociétés qui ne parviennent plus à respecter les délais de paiement. ''Nous les avons remplacées par d’autres, notamment dans l’industrie agroalimentaire'', précise-t-il.

Au sein du cabinet Crit, on constate également une reprise des recrutements des intérimaires, même si dans le secteur industriel, la tendance s’affiche ''en dent de scie'', indique Patrick Cohen, directeur général. Il tempère en revanche les recrutements dans le secteur du BTP, ''où peu de nouveaux projets démarrent''.

''Nous sommes actuellement très sollicités par des entreprises avec lesquelles nous ne travaillions pas auparavant. Nous rebondissons donc très bien, mais cela ne signifie pas pour autant que tout le secteur de l’intérimaire a repris'', nuance-t-il encore. A fin août 2020, le cabinet Crit fait état d’une baisse moyenne de 15 à 20% du volume d’affaires avec ses clients, par rapport à fin août 2019.

De plus, tout l’effectif des travailleurs intérimaires n’a pas été récupéré. ''Beaucoup de contrats se sont terminés et n’ont pas été renouvelés'', constate Patrick Cohen. En janvier 2020, son cabinet cumulait entre 5.000 et 5.500 travailleurs intérimaires, contre environ 4.800 actuellement. Chez Artus Intérim, le nombre de d'intérimaires a également baissé, à hauteur de 10 à 15% par rapport à janvier-février.

Chez Adéquat Intérim, les activités ont repris ''presque à hauteur de 100%'', fait savoir son directeur, Boubker Benaissa. Le réseau Adéquat Maroc, à cheval entre Casablanca et Rabat, a recruté 200 nouveaux travailleurs intérimaires sur le mois de septembre, après un mois d’août qui a connu une très faible activité. ''De nouveaux clients nous rejoignent, particulièrement les sous-traitants automobiles qui recherchent des ouvriers pour le cablâge. De nouveaux travailleurs intérimaires, aussi : ils s’ajoutent à ceux qui étaient déjà là avant la crise et que nous avons repris. Nous sommes en pleine croissance : si nous maintenons cette cadence, nous pourrons terminer l’année en beauté'', s’enthousiasme-t-il.

L’agroalimentaire, un secteur salvateur

Il n’y a pas que l’automobile qui donne un coup d’impulsion au marché de l’intérim : le secteur agroalimentaire reste le fer de lance de l’activité intérimaire. Les cabinets de recrutement contactés par Médias24 partagent le même constat que celui qu’ils avaient formulé début août : l’industrie agroalimentaire, qui a fonctionné à plein régime pendant et après le confinement, a limité la casse sur le marché de l’intérim.

Claudia Gaudiau Francisco, secrétaire générale de l’entreprise Tectra, spécialisée dans le travail temporaire, confirme le rôle central du secteur agroalimentaire pour les travailleurs intérimaires. Même son de cloche pour le cabinet Adéquat Intérim, dont le directeur assure que l’agroalimentaire recrute en cette période de rentrée. ''L’activité dans ce secteur n’a pas baissé'', nous dit-il.

Même le cabinet Artus Intérim – le seul sur les cinq à avoir fait état d’une reprise très, très lente des recrutements intérimaires – souligne l’importance du secteur agroalimentaire. ''C’est le seul qui recrute actuellement, avec les sociétés de commercialisation de produits d’entretien'', indique-t-il.

Le contexte actuel, ''une opportunité'' pour le marché de l’intérim

D’autres secteurs recrutent aussi, comme le BTP et l’industrie de la santé. ''En termes de redémarrage des recrutements, nous sommes plutôt optimistes ; l’économie reprend même si, dans le BTP par exemple, certains chantiers sont encore suspendus. Dans ce domaine, les ouvriers sont surtout recherchés pour les constructions de charpentes métalliques'', observe Claudia Gaudiau Francisco.

''Notre activité en tant que cabinet de recrutement s’accroît parce que les activités des entreprises elles-mêmes sont en croissance : elles doivent rattraper le retard accumulé sur les chantiers qui ont été suspendus pendant les trois mois de confinement, produire davantage que ce qui était initialement prévu sur les carnets de commande... Tout cela nécessite une hausse des effectifs'', ajoute-t-elle.

Quant à l’industrie de la santé, elle aussi fait appel à des travailleurs intérimaires en cette période particulière, qui nécessite une production importante d’équipements de protection individuelle (EPI), notamment les masques et les gants en latex, et dans les hôpitaux de campagnes construits pour accueillir les cas Covid.

Pour Claudia Gaudiau Francisco, la situation actuelle est ''une opportunité'' pour le marché de l’intérim. Les propos qu’elle avait tenus en août dernier sont toujours valables : ''Les entreprises vont probablement se tourner davantage vers les intérimaires que vers les contrats CDI, car ces derniers génèrent une charge salariale en plus ; ce sont des coûts fixes sur lesquels les entreprises ne peuvent pas faire d’économies.''

Mais ses clients ne cachent pas leur inquiétude, voire leur pessimisme : ''Personne n’a de visibilité. Le risque d’avoir des cas Covid dans une entreprise et de devoir à nouveau suspendre l’activité reste présent dans l’esprit des employeurs. Mais ils n’ont pas d’autres choix que de reprendre leurs activités : certains chantiers doivent être terminés fin décembre et ils ont pris trois mois de retard. S’ils ne sont pas achevés à temps, les entreprises risquent des pénalités de retard.'' Et donc de nouvelles difficultés qui viendront s’ajouter à celles déjà présentes.

Un nouveau marché pour la gestion du protocole sanitaire ?

Un nouveau marché a par ailleurs émergé pendant cette crise, constate Boubkeir Benaissa : celui des agents de sécurité et des techniciens de surface recrutés pour assurer la mise en place et le respect du protocole sanitaire.

Partenaire d’Adéquat Maroc, la société Ainsi Maroc, spécialisée dans le domaine de la sécurité, du gardiennage et de la surveillance, a créé une nouvelle cellule relative aux protocoles sanitaires et à la gestion des désinfections, dans les supermarchés, les agences bancaires, les usines et les bureaux. ''Les clients des cabinets de recrutements réclament de plus en plus la mise en place d’un système de sécurité pour veiller au respect des mesures barrières. Un marché s’est ouvert'', assure Boubkeir Benaissa.

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Tags : BTP
Solène Paillard
Le 30 septembre 2020 à 16h30

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